Green Zone (John Powell)

La Ligne Verte

Disques • Publié le 18/04/2010 par

Green ZoneGREEN ZONE (2010)
GREEN ZONE
Compositeur :
John Powell
Durée : 52:57 | 14 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

3 Stars

Le trio de The Bourne Supremacy (La Mort dans la Peau) et The Bourne Ultimatum (La Vengeance dans la Peau) se reforme : Paul Greengrass, Matt Damon et John Powell se sont de nouveau réunis pour Green Zone, fiction adaptée d’un livre-reportage du journaliste américain Rajiv Chandrasekaran. A priori, on ne peut qu’être ravi de retrouver le compositeur qui a accompagné Jason Bourne dans ses pérégrinations, même si le genre et les thèmes abordés diffèrent. Car si la griffe de l’auteur de Paycheck est bien présente, le style a sensiblement changé pour se radicaliser. La direction empruntée par Powell pourra désappointer celui qui s’attend à un digne successeur de la trilogie Bourne, le mètre-étalon du score d’action des années 2000. Peut-être parce qu’il était difficile de surpasser ou même d’égaler ses travaux précédents, le compositeur a repris certaines des sonorités bien connues tout en altérant son langage dans un parti pris plus radical.

 

Si l’on peut louer l’initiative et, en un sens, le courage de la démarche, il faut bien avouer que l’ensemble manque d’ampleur, de vivacité, principalement à cause du choix d’utiliser des sonorités orientées vers les basses fréquences et l’emploi de percussions samplées qui dominent littéralement le reste des instruments. Opening Book est une entrée en matière symptomatique du score qui propose, après une introduction éthérée de guitares, un crescendo de cordes assez prenant, fortement dominé par un riche lot de percussions. Les cordes n’occupent pas une place prépondérante dans l’orchestration car les rythmes installés de manière mécanique monopolisent l’espace sans toutefois donner un dynamisme particulier. Alors que les ostinati de cordes formaient un véritable moteur à la musique de la trilogie Bourne, ces instruments ne sont plus là pour injecter au récit une énergie dramatique.

 

Si les percussions sont également ostentatoires dans 1st WMD Raid et Traffic Jam, elles paraissent moins systématiques et participent davantage à la narration. Dans ces deux morceaux commence pour les cordes un travail d’esquisse mélodique, même si l’on s’aperçoit au fur et à mesure que les thèmes proposés sont sciemment tués dans l’œuf. Le parti pris de ne pas donner trop d’importance aux cordes se traduit également ainsi, ces dernières participant, au même titre que d’autres instruments comme les guitares sèches, à l’évocation du lieu où se déroule l’action sans insister sur un folklore mal avisé. Powell a plutôt composé une partition compacte dont les sonorités locales servent à rendre un climat plus tendu encore, comme la guitare effrénée qui illustre l’urgence de la situation dans la dernière partie de Helicopter / Freddy Runs.

 

Matt Damon dans Green Zone

 

C’est d’ailleurs dans ce même morceau que les percussions laissent progressivement les cordes s’exprimer, seules, pour installer le suspense, avant que l’action n’éclate de nouveau. De telles variations d’humeur aèrent cette partition qui lorgne souvent du côté de United 93 (Vol 93). Questions fait la part belle à l’électronique pour exprimer l’attente, rôle que rempliront ensuite les cordes, toujours sans développer de thème. On retrouvera également dans Miller Googles ces ostinati qui maintiennent une seule et même note, avant que leur mouvement ne commence, ne serait-ce qu’un instant, à aller de l’avant.

 

Mobilize / Find Al Rawi semble orienter la partition vers plus de mobilité, notamment dans sa première moitié, avant de faire écho par la suite au mouvement des cordes de Helicopter / Freddy Runs, cette fois sur un mode plus lent et plus grave. C’est à partir de Evac Preps Part 1 que Green Zone prend une certaine ampleur dans l’action : la narration reprend le dessus par les prises de parole successives des instruments et les variations des percussions parfois jouées en rafales. Les changements de rythme sont donc légion, se poursuivant naturellement dans Evac Preps Part 2 et surtout Attack And Chase. Cette ultime pièce d’action est celle qui offre le plus de variété, non seulement dans sa construction mais également grâce à la réutilisation des motifs entendus jusque-là. Le morceau est évolutif et éclaire l’ensemble de la partition dans une apothéose pas très éloignée des meilleurs moments de la trilogie Bourne.

 

Tout en restant très dense, le score tâche de coller à des enjeux à plusieurs échelles : géopolitique complexe, mensonges d’Etats et ennemis de l’intérieur, des éléments qui se traduisent musicalement par une véritable chape de plomb. La volonté de John Powell de s’éloigner de ses travaux précédents est évidente, mais alors qu’une majeure partie de la partition joue l’action de manière souterraine et exige une écoute attentive, ses derniers moments s’octroient des coups d’éclat fulgurants et retrouvent ainsi le panache des scores plus accessibles du compositeur.

 

Jason Isaacs et Matt Damon dans Green Zone

Sebastien Faelens

Sebastien Faelens

Rédacteur
Cinéphile depuis sa plus tendre enfance, ce n’est qu’à ses dix-huit ans que Sébastien commence réellement à écouter la musique de film en dehors de son support. Effectivement, il s'écoulera de nombreuses années d’errements dans les vidéo-clubs de Beauvais à la recherche de films bien trop violents pour son âge, avant sa rencontre pendant ses études avec Vivien Lejeune, qui deviendra rapidement un ami et un premier guide passionné dans l’univers de la B.O. Puis c’est l’escalade : la rencontre avec Olivier Soudé, puis la participation aux magazines Dreams to Dreams et Cinéfonia finiront de rendre le jeune métalleux complètement accroc aux trames sonores, ce qui a longtemps conforté ses parents dans l’idée qu’il avait probablement des fréquentations peu recommandables malgré son apparente tranquillité. Mais le célèbre magazine périclite en 2006 et c’est après trois ans d’une retraite bien méritée qu’il reprend du service comme rédacteur puis secrétaire de rédaction d’UnderScores : les années ont passé mais la passion est restée intacte !
Sebastien Faelens