Escape From The Planet Of The Apes (Jerry Goldsmith)

Le Chaînon Manquant

Disques • Publié le 17/11/2009 par

Escape From The Planet Of The ApesESCAPE FROM THE PLANET OF THE APES (1971)
LES ÉVADÉS DE LA PLANÈTE DES SINGES
Compositeur :
Jerry Goldsmith
Durée : 28:10 | 14 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

3.5 Stars

En 1971, trois ans après sa partition légendaire pour Planet Of The Apes (La Planète des Singes) de Franklin J. Schaffner, Jerry Goldsmith revenait à la saga simiesque avec cet Escape From The Planet Of The Apes (Les Evadés de la Planète des Singes). On connaissait déjà cette musique par la suite de seize minutes proposée en bonus de l’intégrale de Planet Of The Apes, éditée en 1997 par Varèse Sarabande. Le même label nous offre maintenant l’intégralité de la partition dans son CD Club… c’est à dire douze minutes de plus ! C’est peu, même si le nouveau séquençage permet incontestablement d’«entrer» davantage dans la musique. Les extraits inédits comprennent heureusement des séquences dramatiques (l’interrogatoire de Zira et l’enchaînement de scènes d’action de la fin du film) qui comptent parmi les meilleurs passages de la partition.

 

Dans ce troisième volet de la série, trois singes rescapés de l’explosion qui a détruit leur monde (notre terre dans le futur) débarquent aux Etats-Unis au début des années 70. La première moitié du film relève plutôt de la comédie, les singes découvrant certains aspects de la société américaine : consommation, mouvement féministe, télévision… C’était compter sans un expert scientifique de la Maison Blanche qui réalise la menace que peuvent représenter ces singes intelligents et lance l’armée à leurs trousses. Sur le plan visuel comme dans son propos, le film de Don Taylor est d’un intérêt bien moindre que celui de Schaffner, mais Goldsmith a régulièrement montré sa faculté à faire preuve d’imagination sur les sujets les moins stimulants.

 

Evidemment, après un chef d’œuvre musical aussi puissant et abouti que Planet Of The Apes, il était difficile de faire mieux, ou même aussi bien, dans le même univers esthétique. Le compositeur a donc choisi, en accord avec le sujet du film, de «revenir sur terre». Le dépaysement sonore total et les recherches instrumentales du premier film laissent ici la place à une écriture plus conventionnelle, mais portant toujours la griffe du maître.

 

Escape From The Planet Of The Apes

 

Du premier opus, Goldsmith a repris certains motifs et certains instruments, comme le fameux bass slide whistle (le sifflement étrange qui revient régulièrement tout au long du film) et quelques percussions exotiques (marimba, steelpan), ajoutant à son orchestre une section rythmique qui donne à certaines plages un son soul/pop typique de l’époque : batterie (tenue par l’infatigable Shelly Manne), guitare électrique, basse. Le compositeur flirte même parfois avec le lounge (Shopping Spree), comme il savait si bien le faire (que l’on se souvienne simplement des deux Flint ou de The Last Run [Les Complices de la Dernière Chance], exactement contemporain). Il nous offre surtout un vigoureux thème principal au profil mélodique déhanché et anguleux très typique, qui fleure bon l’aventure seventies et rappelle certains de ses thèmes de séries télévisées.

 

On notera simplement, parmi les procédés d’écriture qui contribuent au sentiment d’excitation créé par cette pièce, le motif «cassé» de flûtes et xylophone qui sous-tend la première entrée de la mélodie, puis les petites ponctuations décalées du steelpan qui accompagnent sa reprise aux cordes. Il nous réserve également quelques moments de délicatesse, comme dans Mother And Child, dont l’atmosphère d’un lyrisme étrange (solo de flute et sitar) est parfois proche de The Illustrated Man (L’Homme Tatoué).

 

Bien évidement, une musique de Goldsmith ne se conçoit pas sans quelques unes de ces pages orchestrales de tension et de mouvement qui ont fait sa réputation. De ce point de vue, Escape From The Planet Of The Apes, sans être sa contribution la plus démonstrative, contient des pièces d’excellente facture comme The Labor Continues et The Hunt, qui raviront les amateurs. On y trouve certains traits orchestraux, comme les jappements des trompettes dans le premier ou les accents à contretemps du piano préparé dans le second (que l’on trouvait presque à l’identique dans le Main Title de Tora! Tora! Tora!), annonçant la manière stravinskienne qui s’imposera progressivement au fil des années 70.

 

Escape From The Planet Of The Apes

 

Interrogation est peut-être une des pièces les plus marquantes du disque. Goldsmith y entretient un climat de mystère et de menace en adoptant une écriture contemporaine, ponctuée d’effets inquiétants de percussions ou de résonances métalliques qui rappellent le premier Planet Of The Apes ou les passages avant-gardistes de The Mephisto Waltz (Satan Mon Amour). Dans ces registres non-thématiques, le musicien se distingue toujours par une certaine qualité de concentration, là où d’autres laisseraient vite une impression d’éparpillement.

 

La composition de Goldsmith comprend donc ses moments forts, dont la qualité est en soi comparable à ce qu’il nous offrait de mieux à cette époque (ce qui n’est pas peu dire), mais elle souffre dans son ensemble d‘un certain manque d’originalité et de variété, si on la compare à certaines des partitions mentionnées ci-dessus. S’agissait-il donc de l’événement important dans la discographie du compositeur tel qu’annoncé par Varèse ? Probablement pas. C’est plutôt le «petit» Goldsmith type (à l’instar par exemple de Breakout [L’Evadé] ou Ransom [Un Homme Voit Rouge]), efficace, concis, sans fioriture, pas forcément indispensable mais jamais ennuyeux, et contenant assez de surprises orchestrales pour faire le plaisir du béophile raffiné.

 

Le film comportant relativement peu de musique, le disque est très court, une petite demi-heure, mais comprend l’ensemble de la musique enregistrée par Jerry Goldsmith. Un minutage qui achève néanmoins de faire de cette parution un objet destiné avant tout aux fans du compositeur et aux complétistes.

 

Escape From The Planet Of The Apes

Stephane Abdallah

Stephane Abdallah

Contributeur
Mélomane professionnel, cinéphile bénévole, plumitif compulsif, critique expéditif, promeneur invétéré, apprenti dilettante, sarrusophoniste pervers, il dévore très jeune les critiques enthousiastes de Bertrand Borie dans l’Ecran Fantastique et découvre ainsi, médusé, les noms de Jerry Goldsmith, Georges Delerue et autres Arié Dzierlatka, dont les noms côtoient bientôt chez lui ceux de Stravinsky, Ravel et Bartok. Depuis, il n’a de cesse de convaincre un monde incrédule des beautés coruscantes de la musique d'écran, à grand renfort d’images audacieuses, de métaphores contrapuntiques, d’analyses fleuries et d’envolées pindariques.
Stephane Abdallah