In Harm’s Way (Jerry Goldsmith)

Goldsmith monte à l'assaut

Disques • Publié le 12/06/2009 par

IN HARM’S WAY (1965)

PREMIÈRE VICTOIRE

Compositeur : Jerry Goldsmith

Durée : 35:59 | 15 pistes

CD : Intrada Records

Rating: ★★★★★

 

 

La musique composée en 1965 par Jerry Goldsmith pour In Harm’s Way (Première Victoire) d’Otto Preminger n’est pas seulement une œuvre d’une grande force dramatique, aux registres très variés : c’est aussi l’un des premiers témoignages d’un jeune compositeur entrant en pleine possession de son style. Et quel compositeur ! Goldsmith trouve en effet ici pour la première fois matière à déployer de larges forces orchestrales sur un film d’action de grande ampleur et à dimension historique (l’histoire se déroulant  dans le Pacifique pendant et après l’attaque de Pearl Harbor). Le moins qu’on puisse dire est qu’il a su saisir l’occasion pour nous offrir une véritable démonstration de son art.

 

Si on sentait parfois dans les partitions de cette époque un musicien d’un talent fou cherchant encore ses marques (voir la fantaisie et  l’invention un peu composite de The Prize [Pas de Lauriers pour les Tueurs] ou de The Satan Bug [Station 3 Ultra Secret]), ici la maîtrise de l’orchestre et la force de la personnalité qui s’exprime subjuguent immédiatement. On est frappé dès l’abord par la manière dont le compositeur va droit à l’essentiel, avec une conscience parfaitement claire des effets qu’il veut obtenir et des moyens musicaux à mettre en œuvre. Il suffit d’écouter The Rock, avec son introduction de caisse claire et sa rude scansion des cuivres avant l’entrée du thème à la trompette, pour réaliser que nous tenons là une des plus belles et des plus énergiques marches jamais composées, pour le cinéma ou en dehors. La vigueur et la verve rythmique jubilatoire de Attack font de cette pièce un pur régal, tandis que One Way Ticket est peut-être le premier de ces allegros trépidants et survoltés qui feront ensuite la réputation du compositeur. Dans toutes ces pièces, on ne peut s’empêcher d’admirer la sûreté et la variété des effets et la force avec laquelle Goldsmith se saisit de l’orchestre. La relative raideur qui caractérisait parfois certaines de ses pièces un peu développées cède ici la place à une extrême mobilité orchestrale.

 

Autre caractéristique de cette musique, la grande diversité des styles employés par le musicien. Si une grande partie de la partition est écrite pour un orchestre symphonique mettant en avant cuivres et  percussion, Goldsmith a également composé plusieurs pièces dans le style des big band des années 40 (comme Night On The Beach et Medley From In Harm’s Way), et on ne peut ici encore qu’être admiratif de la fluidité et de la légèreté élégante de ces compositions, comme de leur suavité mélodique. Dans Change Of Command, une introduction au lyrisme tendre et à la couleur très americana évoque déjà certains passages de Patton, la pièce se concluant sur un choral de cuivres majestueux et dans une atmosphère de recueillement qui n’est pas non plus sans évoquer la musique du film de Franklin Schaffner.

 

Pour couronner cette succession de pages déjà superbe, le disque se termine par un des plus puissants et des plus amples finales du compositeur, First Victory. Malgré son titre, il s’agit d’une pièce plutôt sombre, dont la violence contenue éclate dans les derniers accords, après un lent crescendo magnifiquement mené sur le plan orchestral (on sait que Goldsmith affectionne ce type de construction).

 

Certains passages sacrifiant à la couleur locale comme Native Quarter et surtout Hawaian Mood sont d’un intérêt plus anecdotique. La pièce d’ouverture, Love Theme From In harm’s Way, n’est pas non plus sans faiblesse, avec sa mélodie d’une grâce un peu facile et prévisible, mais cela ne pèse guère en regard des pages éclatantes qui figurent sur ce disque !

 

Le programme ici présenté est identique à celui qui figurait sur la première édition LP (36 petites minutes de bonheur…). Remarquons au passage que le son de ce CD Intrada, même «nettoyé», reste plutôt inférieur à celui de l’édition vinyle japonaise, que quelques chanceux détiennent encore.

 
 
 
 
 
 

01. Love Theme From « In Harm’s Way » (02:30)
02. Liz In Harm’s Way (02:03)
03. The Rock (01:35)
04. Native Quarter (02:01)
05. Goodbye (02:45)
06. Positive Identification (01:33)
07. Battle Theme From « In Harm’s Way » (02:28)
08. Night On The Beach (02:08)
09. Attack (02:05)
10. The Rock And His Lady (02:50)
11. Hawaiian Mood (02:00)
12. Change Of Command (03:28)
13. Medley From « In Harm’s Way »: Try Again / Moonburn (02:47)
14. One-Way Ticket (01:49)
15. First Victory (02:44)


 
 
 
 
 
 

FICHE TECHNIQUE


Direction d’orchestre : Jerry Goldsmith

       
       
       
       
       
       
   

 

Stephane Abdallah

Stephane Abdallah

Contributeur
Mélomane professionnel, cinéphile bénévole, plumitif compulsif, critique expéditif, promeneur invétéré, apprenti dilettante, sarrusophoniste pervers, il dévore très jeune les critiques enthousiastes de Bertrand Borie dans l’Ecran Fantastique et découvre ainsi, médusé, les noms de Jerry Goldsmith, Georges Delerue et autres Arié Dzierlatka, dont les noms côtoient bientôt chez lui ceux de Stravinsky, Ravel et Bartok. Depuis, il n’a de cesse de convaincre un monde incrédule des beautés coruscantes de la musique d'écran, à grand renfort d’images audacieuses, de métaphores contrapuntiques, d’analyses fleuries et d’envolées pindariques.
Stephane Abdallah

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