The Awakening (Claude Bolling)

Bande(lettes) à part

La décade prodigieuse • Publié le 01/03/2019 par

The AwakeningTHE AWAKENING (1980)
LA MALÉDICTION DE LA VALLÉE DES ROIS
Compositeur :
Claude Bolling
Durée : 54:25 | 19 pistes
Éditeur : Frémeaux et Associés (2009)

 

4 Stars

 

Diantrement malin celui qui, sans l’avoir déchiffré au préalable sur la pochette de l’album, associerait le nom de Claude Bolling aux bandelettes décomposées garrottant la vieille Egypte. Lui, enfant chéri du petit monde lénifiant de la variété et jazzman toujours sur son trente-et-un, appelé soudain à la rescousse pour musicaliser un film fantastique au pays des pharaons ! Néanmoins, une fois dissipée sa stupeur première, et repoussé le réflexe instinctif de décliner l’offre, le compositeur se mit très sérieusement à l’ouvrage. Pas comme l’aurait fait Miklós Rózsa, avec grandiloquence et fracas, malgré le mensonge insidieux soufflé par un titre français qui, grisé peut-être par la présence au générique de Charlton Heston, rêve tout haut de CinemaScope. La sensualité de l’épouvante, son magnétisme noir source d’autant de violents frissons que d’envoûtement, est au cœur d’une écriture raffinée et des misteriosos que dispose artistement celle-ci dans des écrins de velours. On sait Bolling attiré comme une pie par tout ce qui brille, il le prouve une fois encore en conférant à cette farandole de hiéroglyphes maléfiques une élégance à l’épreuve des jump scares aux dents ébréchées. Au passage, faisant honneur à sa réputation de mélodiste émérite, il se fend d’un Love Theme de toute beauté. The Awakening, ou comment jeter gaillardement sa gourme tout en ne molestant à aucun moment sa nature primordiale.

  C'est un peu bling comme truc, non ?

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse