Golden Needles (Lalo Schifrin)

Bons Baisers de Hong Kong

La décade prodigieuse • Publié le 21/02/2019 par

Golden NeedlesGOLDEN NEEDLES (1974)
LES 7 AIGUILLES D’OR
Compositeur :
Lalo Schifrin
Durée : 68:48 | 24 pistes
Éditeur : Music Box Records (2014)

 

4 Stars

 

Règle d’or du cinéma d’exploitation : lorsqu’un filon prometteur fait son apparition, il convient de l’excaver, de le labourer, de mettre ses entrailles à nu jusqu’à ne plus pouvoir en soutirer un seul billet vert. Soucieux de ne point contrevenir au dogme, Robert Clouse devint l’un des hérauts occidentaux les plus assidus de ce que l’on nommait alors d’un ton sardonique le « ciné-karaté », ces opéras du bourre-pif acrobatique surgis de la minuscule Hong Kong. Après avoir dirigé Bruce Lee en personne grâce au triomphal Enter The Dragon, le réalisateur succomba derechef à la cinégénie à nulle autre pareille de l’enclave britannique, dissimulant dans ses profondeurs un mystérieux MacGuffin pour la possession duquel un sublime casting bis rivalise de coups bas. Comble du bonheur, Lalo Schifrin, qui électrisa les virevoltantes chorégraphies du Petit Dragon avec la réussite que l’on sait, s’en revint lui aussi parcourir à l’aveuglette le dédale hongkongais. Acupuncture, mysticisme de bande dessinée et torgnoles vigoureuses donnent au compositeur tous les prétextes pour récidiver dans l’orientalisme musclé d’Enter The Dragon, dont Golden Needles n’est rien de moins que le petit frère injustement méconnu. La rythmique chaloupée du thème principal, cuivrée en abondance et partant volontiers à l’assaut des graves, rappelle toutefois la carrure de taureau furieux de Joe Don Baker, qu’il ne saurait être question de confondre avec la fulgurante souplesse de Bruce Lee.

  Mais qui donc aura la plus grosse aiguille ?

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse