Emmanuelle 4 (Michel Magne)

Ah ! My Goddess

La décade prodigieuse • Publié le 25/02/2019 par

Emmanuelle 4EMMANUELLE 4 (1984)
Compositeur : Michel Magne
Durée : 35:21 | 13 pistes
Éditeur : Music Box Records (2011)

 

 

3.5 Stars

 

Est-ce sous le coup de la gêne et de l’embarras, ces émotions si peu naturelles chez elle, qu’Emmanuelle abandonna le visage de son interprète « historique » Sylvia Kristel pour l’incognito du charmant et inexpressif minois de Mia Nygren ? De retour aux affaires après un long silence, elle ne put que mesurer d’un air effaré l’ampleur de la catastrophe : impitoyables, les années 80 avaient sonné le glas de l’érotisme à papa, remisant au placard les chastes étreintes rebelles aux débordements sudorifères et même ce bon vieux fauteuil en osier. Pour autant, seule la physionomie de notre héroïne marrie s’en trouva bouleversée au terme d’une surréaliste scène de chirurgie esthétique. Mais le conservatisme a du bon ! Appelé sur le pont après Pierre Bachelet, Francis Lai et Gainsbarre, excusez du peu, Michel Magne, bricolo génial s’il en fut jamais, déploya toute son astuce afin de perpétuer la haute exigence musicale de la série. Les alexandrins nunuches, honorant d’une ode cucul-la-praline la très sentimentale d’Emmanuelle, n’en sont certes pas la plus éclatante preuve. C’est à tout le reste, bric-à-brac pas économe de surprises, qu’il faut tendre une oreille avide : exotisme fier de puiser ses racines dans le présentoir à cartes postales, musique baroque pastichée dans de grands éclats de rire rabelaisiens, easy listening collant un coup de chaud au mercure… La chair est peut-être triste, mais la musique ? A l’autre extrémité du spectre, elle refuse de faire grise mine.

  Emmanuelle avant/après

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse