The Last Man On Earth (Paul Sawtell & Bert Shefter)

Je marche seul

La décade prodigieuse • Publié le 21/01/2019 par

The Last Man On EarthTHE LAST MAN ON EARTH (1964)
JE SUIS UNE LÉGENDE
Compositeurs :
Paul Sawtell & Bert Shefter
Durée : 54:31 | 46 pistes
Éditeur : Monstrous Movie Music (2012)

 

3.5 Stars

 

Ne vous y trompez pas ! Si The Last Man On Earth continue d’être distingué parmi l’abondante production fantastique des années 60, il ne le doit pas exactement à ses qualités intrinsèques, qui ne légitimeraient en rien qu’on leur consacrât des pages et des pages d’une exégèse torride, mais à l’héritage capital qu’il légua en toute innocence. Sans son noir et blanc un rien nauséeux, sans ses hordes de revenants lymphatiques titubant à la poursuite de Vincent Price, Night Of The Living Dead aurait-il vu le jour ? Peut-être, oui, mais alors orphelin d’une part de sa beauté crépusculaire… Musicalement, en revanche, George A. Romero, qui fit longtemps preuve en ce domaine d’une raideur guindée, ne s’appesantit guère sur le labeur du terrific duo de l’épouvante Paul Sawtell et Bert Shefter. Il aurait pudû. Car l’on y trouve du caractère et de l’invention à revendre. A l’ère du thérémine roi et de la chair de poule gothique, les deux complices n’ont d’yeux que pour une étonnante préciosité romantique. De leurs mains éprises de raffinement, ils brodent un riche manteau orchestral où la peur, qui rôde certes à proximité, peut s’émouvoir aussi du murmure esseulé du hautbois. Comble du culot, le concert de plaintes des monstres, explosant affreusement aux oreilles du dernier homme sur terre, résonne à celles des spectateurs envoûtés avec toute la séraphique grâce du chant des néréides.

  Vincent Price, le dernier homme

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse