World Soundtrack Awards Concert 2012

Le triomphe de l'émotion

Évènements • Publié le 23/11/2012 par

Le Festival International du Film de Gand réserve toujours des surprises. Entre l’hommage rendu à Pino Donaggio et la venue de James Newton Howard, le programme du World Soundtrack Awards Concert qui alimentait les expectatives a bien entendu fini par emporter l’adhésion sans réserve, ou presque, des spectateurs.

 

Après la célèbre World Soundtrack Awards Fanfare d’Elmer Bernstein, ouverture élégante et enjouée de la soirée, le prix Sabam pour le meilleur jeune compositeur européen a permis d’entendre les trois compositions choisies pour illustrer l’extrait imposé de The Big Combo (Association Criminelle) de Joseph H. Lewis. Toutes trois assez différentes, mais tout aussi intéressantes, les versions proposées par Peter Bateman, Valentin Hadjadj et Michail Palaiologou ont été données au public avant l’annonce du vainqueur. Exercice difficile pour les jeunes musiciens, mais expérience enrichissante pour l’assistance puisqu’entre suspense, action et empathie pour les personnages, ce sont les émotions qui se démarquaient les unes des autres, éclairant de différentes manières l’apport de la musique à un film.

 

 

Lauréat du prix de la révélation 2011, Alex Heffes a vu deux de ses morceaux joués par le Brussels Philharmonic et le Flemish Radio Chorus : Execution issu de The First Grader, dont les lents mouvements de cordes étaient enjolivées de la voix évocatrice de Sona Joberteh, et le Finale de The Rite (Le Rite), superbe morceau alliant le sacré et l’horreur avec un enjeu émotionnel au plus proche de la triste histoire du personnage incarné par Anthony Hopkins.

 

Contre toute attente, l’hommage à Pino Donaggio fut également riche en émotions grâce au ton particulier des scores du vétéran italien. C’est avec une suite consacrée à Brian De Palma que nous avons pû apprécier un lyrisme lorgnant volontiers vers le romantisme, une esthétique qui contrastait avec la violence des extraits projetés de Carrie, Body Double et Dressed To Kill (Pulsions), contraste cultivé par le binôme et mentionné par le présentateur de la cérémonie pour établir l’identité particulière de Donaggio et sa place dans le 7ème Art. Cette De Palma Suite s’est terminée de manière plus sobre et moins tourmentée avec Ending, morceau issu de Passion (dernier film en date de Brian De Palma) joué pour l’occasion en avant-première mondiale.

 

 

Après l’entracte, le groupe de The Broken Circle Breakdown, un film belge de Felix Van Groeningen, nous a gratifié d’une jolie musique bluegrass aussi fraîche qu’inattendue. Évidemment, ces deux chansons, si sympathiques soient-elles, ne pouvaient pas vraiment combler l’attente de plus en plus pressante du public : la venue de James Newton Howard provoquait une certaine fébrilité, d’autant que son programme s’annonçait particulièrement enthousiasmant.

 

La sélection autour de M. Night Shyamalan figurait parmi les moments les plus attendus et The Hand Of Fate, le finale de Signs (Signes), agrippa le public pour ne plus le lâcher. Puis The Gravel Road, le magnifique thème principal de The Village (Le Village), donna l’occasion au premier violon Henry Raudales de nous régaler de ses talents, avant que Cole’s Theme issu de The Sixth Sense (Sixième Sens) vienne terminer ce triptyque inspiré et bouleversant. Mais peut-être ce dernier aurait-il eu plus d’impact si la sélection avait été inversée ?

 

Autre regret concernant un travail par ailleurs tout à fait admirable, le choix des deux seuls morceaux accordés à King Kong – le Main Theme présentant le motif du singe géant et le lent mouvement romantique Empire State Building – manquait d’un peu d’action qui eût été à même d’en parfaire l’équilibre. Mais celle-ci fût tout de même au rendez-vous avec une suite tonitruante et absolument palpitante de Snow White And The Huntsman (Blanche Neige et le Chasseur), témoin de l’inspiration toujours vive de JNH, y compris dans sa filmographie récente.

 

 

Puis ce fût au tour du compositeur lui-même de (nous) mener (à) la baguette le temps d’un morceau en dirigeant la Fanfare de Grand Canyon, non sans avoir auparavant manifesté son émoi quant à sa venue à Gand et ce concert qui lui était consacré en grande partie : «Je suis très ému aujourd’hui car je compose depuis presque trente ans et c’est la première fois que l’on joue ma musique en concert d’une manière substantielle.» Malgré sa direction quelque peu rigide, que l’on prendra pour une profonde marque de confiance envers le Brussels Philharmonic, son émotion transparaissait dans ses paroles et sa voix. Un moment certes programmé mais dont la sincérité n’est pas à mettre en doute.

 

La suite de la représentation mettait en avant la collaboration du compositeur avec le studio Disney, grisant les spectateurs au son de l’introduction de Dinosaur (Dinosaure) et d’une suite regroupant Treasure Planet (La Planète au Trésor) et Atlantis (Atlantide, l’Empire Perdu). L’aventure était encore une fois au rendez-vous, avant que Rue’s Farewell, musique plus sobre issue de The Hunger Games, et The Harvey Dent Suite (The Dark Knight) ne concluent le concert… sans tambour ni trompette. Malgré l’indéniable engagement de JNH dans ces deux scores, c’est donc en demi-teinte que le concert s’est achevé. Nous avions rêvé d’une conclusion avec d’autres incontournables du compositeur, mais notre apparent manque de satiété n’était-il pas avant tout causé par le plaisir ressenti à l’écoute des autres grands morceaux qui ont précédé ? Car il est clair que ce concert nous a fait revivre certains moment dont seul James Newton Howard a le secret. Loin de se contenter d’une gloire passée, ce dernier s’est montré bel et bien vivant, confortant son assise dans la musique de film hollywoodienne, faisant oublier ses quelques impairs et nous incitant à parier sur un avenir musical inspiré. Un plaisir et un espoir que Gand, ville d’Art célébrant la musique de film, nous fait vivre depuis déjà douze ans. A l’année prochaine…

 

 

 


Rédaction : Sébastien Faelens

Réalisation vidéo : Sébastien Faelens, Olivier Galliano & Olivier Desbrosses

Montage vidéo : Olivier Galliano

Photographies : DR

Remerciements à Tom Heirbaut, Flip Vermeersch et toute l’équipe du Festival de Gand

Sebastien Faelens

Sebastien Faelens

Rédacteur
Cinéphile depuis sa plus tendre enfance, ce n’est qu’à ses dix-huit ans que Sébastien commence réellement à écouter la musique de film en dehors de son support. Effectivement, il s'écoulera de nombreuses années d’errements dans les vidéo-clubs de Beauvais à la recherche de films bien trop violents pour son âge, avant sa rencontre pendant ses études avec Vivien Lejeune, qui deviendra rapidement un ami et un premier guide passionné dans l’univers de la B.O. Puis c’est l’escalade : la rencontre avec Olivier Soudé, puis la participation aux magazines Dreams to Dreams et Cinéfonia finiront de rendre le jeune métalleux complètement accroc aux trames sonores, ce qui a longtemps conforté ses parents dans l’idée qu’il avait probablement des fréquentations peu recommandables malgré son apparente tranquillité. Mais le célèbre magazine périclite en 2006 et c’est après trois ans d’une retraite bien méritée qu’il reprend du service comme rédacteur puis secrétaire de rédaction d’UnderScores : les années ont passé mais la passion est restée intacte !
Sebastien Faelens