Joe Hisaishi au Festival de Cracovie

Carnets de voyage

Évènements • Publié le 02/06/2011 par

C’est dans le cadre du 4ème Festival de Musique de Film de Cracovie, en Pologne, que s’est tenu le 19 mai dernier le tout premier concert européen de Joe Hisaishi : un événement que les intrépides aventuriers d’UnderScores ne pouvaient rater pour rien au monde ! Nous voilà donc partis, le baluchon au dos, pour un petit séjour polonais placé sous le signe du cinéma et de la musique du pays du soleil levant.

 

Le jeudi matin, après une soirée fort agréable passée sur place chez un membre éminent de l’équipe d’UnderScores, notre départ de l’aéroport de Beauvais s’effectue dans la discrétion, tandis que notre arrivée à Cracovie se fait… en fanfare ! La raison pour laquelle les pilotes de RyanAir ont lancé cette petite musique pour notre atterrissage restera à tout jamais un mystère… Après une rapide découverte de la magnifique ville de Cracovie (et de ses charmant(e)s habitant(e)s) et une après-midi débordante d’activités passionnantes (trouver l’hôtel, récupérer nos badges presse…), nous voilà fin prêts pour voler vers le premier concert du séjour, et aussi le plus important. Joe, on arrive !

 

Un tramway nous emmène alors, assez loin de la ville, vers un énorme complexe industriel désaffecté de 18 km², vestige des années communistes. Là, une file d’attente interminable nous attend… qu’on gruge à la française (toutes nos excuses, amis polonais) ! Après le contrôle des sacs et badges, un car nous conduit sur le lieu du concert. Le moins qu’on puisse dire est que l’ambiance est assez étrange, entre tous ces anciens bâtiments rouillés, envahis par une nature reprenant ses droits, ces fumées qui se dégagent encore d’un enchevêtrement de tuyaux… La salle de concert est en fait un énorme hangar réaménagé, et un si grand espace n’est pas de trop pour accueillir les quelques 3500 personnes venues assister à cette première. Il faudra d’ailleurs un certain temps avant que la salle ne se remplisse. Joe Hisaishi arrive alors sur scène, devant un orchestre au grand complet. Le concert peut enfin débuter.

 

httpvh://www.youtube.com/watch?v=zt_bkYronHc

 

Le compositeur attaque d’emblée avec deux suites tirées de films de Miyazaki, Nausicaä et Princesse Mononoké. Le temps de relever que le travail de répétition a bel et bien porté ses fruits et voilà que le public vibre déjà à l’écoute de ces deux magnifiques partitions. Bien sûr, ceux qui ont pu visionner le magnifique concert proposé en 2008 au Budokan de Tokyo noteront immédiatement que la performance polonaise est inférieure et que la taille de l’orchestre est moins démesurée (et finalement un peu plus rationnelle), même si les arrangements sont eux en tous points identiques.

 

Si le concert a été annoncé sur la base d’une sélection de musiques des films réalisés par Miyazaki et Kitano, quelques grosses surprises sont aussi au programme, tel ce troisième morceau totalement inattendu : une très longue suite de la sublime partition du Mécano de la General, le classique de Buster Keaton que le compositeur avait revisité il y a quelques années. Nous aurons également droit un peu plus tard à une magnifique suite de Departures (même arrangement que dans le CD Melodyphony) ainsi qu’à une suite d’Akunin (composée en partie du génial Saisei) qui se conclut par Your Story, la chanson du film en anglais, accompagnée d’un montage d’images et de vidéos relatifs à la catastrophe survenue au Japon en mars dernier. La séquence est sans doute un peu trop larmoyante, mais comment ne pas s’émouvoir de l’ampleur des dégâts et du drame humain causés par le tremblement de terre et le tsunami. Le montage s’achève ainsi sur les images poignantes d’un enfant en bas âge se promenant au milieu des décombres de la catastrophe…

 

Passant aisément du piano à la direction d’orchestre, Joe Hisaishi joue ensuite quelques sélections de ses musiques pour les films de Takeshi Kitano, débutant avec un morceau percutant de Brother (Raging Men) avant d’enchainer soudainement, brutalement même, sur Hana-Bi. Vient ensuite un superbe arrangement du thème de Kids Return pour finir sur l’un des sommets du concert, L’Été de Kikujiro, un morceau qui démontre à quel point Joe Hisaishi brille d’un sacré talent d’arrangeur pour l’orchestre et souligne parfaitement l’énorme plaisir communicatif du compositeur à se produire en public (l’arrangement est là aussi le même que sur Melodyphony)

 

Le concert revient ensuite sur la fructueuse collaboration avec Hayao Miyazaki : d’abord un arrangement du Voyage de Chihiro puis une longue suite de Ponyo sur la Falaise constituée de la musique des séquences sous-marines introduisant le personnage principal et d’un arrangement totalement inédit de la chanson-titre pour orchestre et choeur. En un mot : E-N-O-R-M-E !

 

httpvh://www.youtube.com/watch?v=Keb0tn8rwz8

 

Après une longue et inoubliable standing ovation des 3500 spectateurs, Hisaishi revient par deux fois à son pupitre, d’abord pour Le Château Ambulant, puis avec la chanson du générique de fin de Mon Voisin Totoro (identique au concert du Budokan). Forcément un grand moment pour tout fan d’Hisaishi qui se respecte ! Au final, deux heures d’un concert sans entracte, extrêmement bien produit et construit, plaçant habilement les morceaux afin de reposer les différentes parties de l’orchestre et les chœurs avant de tous les rappeler pour un final homérique.

 

Bien entendu, on pourra à déplorer la qualité tout juste passable de l’acoustique des lieux et la traduction en anglais (ou même en polonais) de certains chants et chœurs. On aurait également peut-être préféré qu’Hisaishi réduise un peu sa très longue suite du Mécano de la Général et qu’il laisse de côté Le Château Ambulant (assez redondant avec le précédent) pour faire un peu de place à certains titres malheureusement absents du programme tels que Porco Rosso, Kiki la Petite Sorcière ou Le Château dans le Ciel. Mais ces quelques regrets ne sont rien face aux émotions ressenties à voir et entendre le grand Joe Hisaishi diriger ses plus belles musiques pour un événement qui restera à tout jamais gravé dans l’esprit et le coeur des spectateurs présents.

 

Le lendemain, après une conférence sûrement passionnante en compagnie de Joe Hisaishi (malheureusement, la traduction du japonais en polonais s’est avérée assez problématique pour les visiteurs internationaux), nous entamons un nouveau périple pour une soirée consacrée cette fois à l’univers du jeu vidéo au cours de laquelle Arnold Roth dirige l’orchestre philharmonique de Cracovie. Au programme, la première d’une suite symphonique pour chœur et orchestre de The Witcher 2, un jeu développé en Pologne et mis en musique par Adam Skorupa et Krzysztof Wierzynkiewicz, suivie d’une rétrospective couvrant l’ensemble des partitions créées pour la saga des Final Fantasy par Nobuo Uematsu et Masashi Hamauzu. Parfois, image et musique valent mieux qu’un long discours : vous pouvez donc visionner ci-dessous l’intégralité de The Witcher 2 et quelques-uns des meilleurs passages de ce Final Fantasy : Distant Worlds. Une précision cependant, qui constitue aussi un petit bémol vis-à-vis de l’organisation du Festival : installé sur une assise qui vibrait à chaque pas, l’espace réservé à la presse (environ 10 m²) hébergeait une demi-douzaine de caméras et une quarantaine de photographes. Ceci explique la stabilité toute relative des vidéos que nous vous proposons, ainsi que le cliquetis très agaçant des nombreux appareils photos…

 

 

THE WITCHER – Suite


 

httpvh://www.youtube.com/watch?v=AsFh2GzEP24

 

httpvh://www.youtube.com/watch?v=Lda_RO-e2M4

 

 

FINAL FANTASY VIII – Fithos Lusec Wecos Vinosec


 

httpvh://www.youtube.com/watch?v=VRe3luWTX1g

 

 

FINAL FANTASY VIII – Dont Be Afraid


 

httpvh://www.youtube.com/watch?v=QJjqB-8Hqys

 

 

FINAL FANTASY I, II & III – Suite


 

httpvh://www.youtube.com/watch?v=cN97WuSqNVU

Olivier Galliano

Olivier Galliano

Contributeur (2012-2017)
Pur produit des 70’s, né fin décembre 1979, Olivier a vite compris que la variétoche française n’était pas faite pour lui. Il préfère quand ça ne chante pas et s’est tourné très rapidement vers John Williams et son mirobolant Star Wars, la dose d’oxygène de Jean-Michel Jarre et les réfractions musicales de Vangelis, au grand détriment de ses parents (de leurs oreilles surtout). Depuis, Olivier a étudié la chimie avec son Bac S en poche, mais s’est vite tourné vers la télévision et le cinoche, parce que c’est quand même plus intéressant. Après quelques essais peu concluants en réalisation, c’est le montage qui vient accueillir le petit Olivier et ne le lâchera plus. Plus de dix ans d’émissions de cinéma, de pubs, de docus, des fictions comme la Lazy Company, et deux longs métrages en tant qu’assistant. Et en parallèle de tout ça, il participe avec joie à l’aventure UnderScores !
Olivier Galliano

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