Vladimir Cosma prend la plume

Mes Mémoires : du Rêve à Reality

Livres • Publié le 02/12/2022 par

MES MÉMOIRES : DU RÊVE À REALITY (2022)
Auteurs : Vladimir Cosma
Langue : Français
Format : Broché| 512 pages
Éditeur : Plon

 

 

 

4 out of 5 stars

Un compositeur pour le cinéma qui raconte dans un livre une carrière presque achevée, cela devient moins rare, tant mieux ! Et quelle carrière ! Certains, dont je faisais partie, le réduisaient à d’excellents films d’Oury, Zidi, aux comédies Gaumont ou de papy Dassault, et à quelques films de bons auteurs. Il aura fallu ses indispensables coffrets d’inédits, raretés et introuvables (quatre à ce jour), pour qu’enfin on le découvre ou le retrouve, oreilles émerveillées, à l’origine d’un nombre impressionnant de réussites de musiques, à travers souvenirs et nouvelles émotions. Après le premier coffret, cette impression s’est approfondie avec les suivants, résumant un parcours riche et de haute volée, bien au-delà des clichés cités.

 

On sait qu’il est parti, jeune, de Roumanie pour la France. On sait moins qu’il y avait commencé une carrière prometteuse. Il raconte donc le jeune Vladimir qui nous est inconnu, jusqu’à rencontrer des artistes phares qui le feront avancer, comme Nadia Boulanger et Michel Legrand. Pour ce dernier, il a réalisé arrangements, direction d’orchestre et compositions, des travaux complets à des moments d’occupation intense, dont il révèle les titres. Puis arrive la rencontre fondatrice avec Yves Robert, metteur en scène installé, le premier qui lui donnera sa chance pour Alexandre le Bienheureux. Beaucoup d’anecdotes avec des artistes connus, mais aussi pour des films qui le sont moins, sont contenues dans ce livre très sincère et chaleureux. Cosma nous en apprend beaucoup sur la mécanique, ou plutôt l’artisanat si délicat film-musique, de l’intérieur, et souvent de façon inattendue et cocasse. Les nombreux chapitres de l’ouvrage, épais de 500 pages, détaillent les collaborations marquantes, bien sûr avec Pierre Richard et Claude Zidi, mais aussi celles moins connues avec Beinex, Boisset, Scola, Mocky et bien d’autres… Un chapitre entier se devait de développer son apport à la télévision. Il y a en effet connu de grands succès comme L’Amour en Héritage, mais aussi des téléfilms plus obscurs, tout aussi riches en bonnes musiques et en anecdotes croustillantes. Le compositeur prend le temps de dérouler pour nous le film de sa vie bien remplie. A la lecture, on perçoit l’éclectisme de l’artiste : du symphonique au jazz, de la chanson au dessin animé, il aura tout fait. Plus d’une fois il a été appelé comme « docteur/dépanneur » pour des objets filmiques en danger : il le raconte de façon savoureuse. Des chapitres spéciaux sont consacrés au jazz (notamment avec Chet Baker, pour leur disque en commun), aux concerts, mais tout au long du livre, on assiste à une longue farandole de grands noms de la musique, solistes qui ont croisé Cosma pour une ou plusieurs partitions. En conclusion, il nous offre ses réflexions sur la musique et le cinéma, en toute humilité et intelligence, dans un chapitre où il approfondit sa pensée sur son art, et sa façon de l’aborder.

 

Le livre, grosso modo chronologique, s’organise néanmoins en thèmes (quoi de plus normal pour un musicien!) qui permettent digressions, passerelles et allusions à d’autres périodes, d’autres rencontres. Il se clôt par sa filmographie, en deux parties distinguant cinéma et TV, qui ne comptent portant pas la grosse dizaine de productions de début de carrière, comme celles interdites au mineurs à l’époque et certains travaux pour le compte d’autres. Un livre très utile, instructif et passionnant pour tout amateur de musique de film, et de tout cinéphile en général.

 

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