DEADPOOL (2016)
DEADPOOL
Compositeur : Tom Holkenborg (Junkie XL)
Durée : 68:12 | 23 pistes
Éditeur : Milan Records

La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, c’est une morale que Deadpool ferait bien d’apprendre. Anti-héros goguenard très prisé des fans, il avait pourtant été cruellement maltraité dans X-Men Origins: Wolverine. En 2016, la Fox repart à zéro avec le même acteur pour un film solo. L’intention est directement posée, le studio prenant un réalisateur parfaitement inconnu (Tim Miller) et un compositeur encore peu connu au cinéma et biberonné au gros son hollywoodien de son maitre Hans Zimmer. Le résultat est sans surprise : une production formatée au possible. Dans cette lignée, le film est bourré de chansons jusqu’à plus soif, faisant le grand écart entre titres classiques, pop 80’s et rap moderne. L’utilisation de ces chansons est basique, jouant soit sur le contraste entre la violence à l’image et la gaieté des chansons (Angel Of The Morning, Mr. Sandman) soit dans une illustration bien trop littérale (Calendar Girl, accompagnant la vie sexuelle du couple au fil des fêtes du calendrier). La plupart des chansons viennent en plus jurer avec le style de la partition, plus proche du rap, rendant l’écoute des albums un peu étrange.
Ainsi, comme le dit Negasonic Teenage Warhead dans le film, Deadpool propose surtout des références datant d’avant les années 90. Tom Holkenborg s’est donc mis en tête d’utiliser pour le score surtout des synthétiseurs de cette époque, tels que l’ARP 2600, le Synclavier et l’Oberheim. Le thème de Deadpool, d’une simplicité confondante, se démarque donc surtout par le style utilisé. C’est le cas de tous les motifs du score. Le méchant Ajax hérite du son zimmerien dissonant (The Punch Bowl, Let’s Try To Kill Each Other), Colossus et Negasonic ont un style plus orchestral avec cordes et cuivres pour faire un lien avec le reste de la saga mutante (une simple montée en puissance dans Small Disruption, Four Of Five Moments) et le thème dramatique et romantique finit avec des cordes et des sons synthétiques langoureux (Liam Neeson Nightmares, A Face I Would Sit On).
Quand certains sont très convenus (le style de Ajax n’ayant aucune originalité, comme le personnage qu’il illustre) avec des pistes de remplissage à pâlir (This Place Looks Sanitary, Same Mistakes), d’autres présentent quelques sections plus réussies. La partie romance fait son effet (tout comme dans le film) avec le très bel enchaînement de Back To Life et Every Time I See Her. Les deux motifs commencent sur la même note, basculant ainsi subtilement du drame à l’émotion, illustrant pourquoi Wade Wilson a traversé l’enfer et est revenu d’entre les morts : son amour pour sa femme Vanessa. Dans le même genre, on apprécie l’utilisation de Careless Whisper de George Michael, promis par Wade à Vanessa au milieu du film, promesse tenue juste avant le générique de fin.
Enfin, le thème principal a aussi son charme (Maximum Effort, Going Commando…). Autour du court motif de Deadpool gravite donc tout un style rétro, rappelant allègrement Éric Serra, John Carpenter ou Hans Zimmer. En plus de sons de batterie et de guitare électrique, Holkenborg empile des sonorités synthétiques très diverses, rappelant la techno, le rap, la pop, les jeux vidéo ou encore les dessins animés des années 80-90 (Man In A Red Suit). Le morceau Twelve Bullets est un bon exemple, rassemblant autant des sonorités ridicules (une petite mélodie assez cheap au début) qu’amusantes (un son de cloche pour un côté western) et atteignant au final une certaine efficacité dans la surenchère. Très tonitruant et énergique, le thème garde un certain charme désuet et sait se faire par instants jouissif.
Finalement, la partition de Junkie XL est plus intéressante en isolé qu’à l’image, où elle est assez sous-mixée. La musique reflète parfaitement le héros en collants rouges, dans ses défauts comme ses qualités : faussement impertinente, crado, bourrine, déjantée, multiple, voire ridicule, cheap et ringarde. Toutefois, comme simplicité ne signifie pas forcément nullité, elle atteint, malgré un formatage certain mais grâce à une recherche technique et stylistique, une réelle efficacité et un côté fun dans ses moments de grâce que le film ne parvient jamais à trouver.









