James Horner : un hommage français

La parole aux acteurs français du monde de la musique à l'image

Portraits • Publié le 11/07/2015 par

Est-il encore besoin de démontrer à nouveau combien la perte brutale de James Horner a ébranlé la communauté béophile du monde entier ? Exemple parmi d’autres, le récent et long hommage que nos amis espagnols d’AsturScore viennent de dédier à la mémoire du compositeur (et à laquelle votre serviteur a eu l’honneur de participer) est là pour rappeler que l’émoi n’a pas eu de frontières.

 

En marge de nos propres témoignages, que nous n’avons évidemment pas manqué d’exprimer tout au long de cette semaine, et sans vouloir trop en faire, nous avons voulu demander à quelques-uns des acteurs français du monde de la musique à l’image, de tous âges et tous horizons, ce que cette disparition pouvait signifier à leurs yeux. Contactés, certains compositeurs s’associent bien volontiers et très simplement à cet hommage, à l’image de Ludovic Bource, qui n’a pas caché son émotion. D’autres ont eu la gentillesse de prendre la plume pour l’exprimer et la partager avec nous, en toute simplicité. Nous les remercions tous ici très chaleureusement.

FLORENT GROULT

 

MATHIEU ALVADO – Compositeur


J’ai douze ans, et c’est la première fois que je vais seul au cinéma, comme un grand. Le film se lance et je suis projeté très haut avec ce Rocketeer qui virevolte au dessus de Los Angeles dans les années 30. Mais au-delà des effets spéciaux et des cascades, c’est la musique de James Horner qui m’emporte loin. Et si mes goûts musicaux m’ont poussé par la suite vers d’autres compositeurs, je ressens régulièrement le besoin de revenir à ses partitions, particulièrement celles des années 80 qui ont accompagné ma découverte de la musique de film. Je regrettais récemment qu’il se fasse aussi discret ces dernières années car son esthétique très caractéristique, sa douceur et son élégance, sa manière très personnelle de donner un ton à une scène auraient tellement apporté aux films de studios actuels. Il a rejoint dans les airs ce Rocketeer avec lequel je l’ai découvert, et j’espère que son œuvre continuera d’inspirer de jeunes musiciens, de susciter des vocations et surtout d’imprégner la mémoire des cinéphiles.

 

JEAN-MICHEL BERNARD – Compositeur


Avec la disparition de James Horner, c’est une certaine idée de la musique de film qui s’est éteinte, celle où les larges cordes et les cors chantants avaient toute leur place. Les personnalités d’avant laissent la place aujourd’hui à un lissage musical de bon aloi (…). Adieu thèmes manucurés, harmonies audacieuses, bonjour l’uberisation de la musique de film pour reprendre un thème en vogue ! L’underscore généralisé trouve donc aujourd’hui légitimement sa place aux côtés des techniciens et autres intervenants sur le film. Les compositeurs à l’image habilités devront trouver un autre terrain de jeu pour se faire plaisir et malaxer les mélodies, harmonies et rythmiques autres que celles livrées toutes faites par internet. Soyons patients ! Un retour à la vraie et belle musique de film n’est pas à exclure, tout n’est question que de mode, n’est-ce pas ? Adieu, l’artiste au grand cœur !

 

ARTHUR DAIRAINE ANDRIANAIVO – Compositeur étudiant de la classe de JM Bernard au Conservatoire


En 1997, le monde entier fait la connaissance de James Horner pour la bande originale de Titanic qu’il a composée. Je n’oublierai jamais l’émotion que j’ai ressentie en l’écoutant pour la première fois, notamment grâce au synthétiseur qui fait toute son originalité. Dans son travail, s’il s’était fixé certaines limites, sa musique n’a jamais manqué de personnalité et d’ambition. Aliens, Le Nom de la Rose, The Amazing Spider-Man, sa carrière variée a toujours été un exemple pour moi et rapidement, il est devenu mon compositeur préféré. C’est son travail qui m’a donné envie de composer. J’ai assisté aux répétitions de Titanic Live, ces séances de travail avec l’Orchestre National d’Île-de-France et l’un de ses collaborateurs de longue date, Eric Rigler, ont été pour moi une façon de lui dire au revoir. Sa disparition est d’autant plus tragique qu’il était encore jeune et qu’il lui restait encore des chefs-d’œuvre à composer. Si le cinéma et la musique viennent de perdre un immense artiste, je viens de perdre un modèle. Goodbye and godspeed.

 

LAURENT EYQUEM – Compositeur


Il y a un peu plus de dix ans, après la perte de ma sœur et de mon père, je survivais à ce qui aurait dû être un accident fatal : une chute de 10 mètres. C’est à ce moment tragique de ma vie que j’ai découvert les musiques de James Horner. Durant près de trois années passées entre la rééducation et les opérations chirurgicales, je me suis forcé à m’entraîner à composer sur des films dont les bandes originales m’inspiraient, et il se trouve qu’un grand nombre d’entre elles étaient signées Horner. Quelques années plus tard, lorsque je composais la musique du film américain Copperhead, c’est son travail sur Legends Of The Fall qui m’inspira, notamment dans la richesse de ses orchestrations. Que ce soit la musique de Perfect Storm ou encore les thèmes de Braveheart, l’écriture, l’orchestration des pièces et les mélodies constituent une unité parfaite qui donnent naissance à ce que le public appelle un succès. Titanic, Apollo 13 ou encore Avatar en sont également quelques exemples. Horner était un grand compositeur qui avait le courage de se battre pour apporter des mélodies dans une industrie ou malheureusement les bandes originales, en dehors de celles de John Williams, ont pris de plus en plus la tournure de « musique de fond. » C’était également l’un des rares compositeurs qui savait orchestrer ses musiques. Il a laissé sa famille et ses proches de la même manière que ma petite sœur nous a laissé, en faisant ce qu’ils aimaient le plus : voler si haut dans ce ciel si bleu. C’était un compositeur de talent qui continuera, je n’en doute pas, à inspirer de nombreuses générations à venir.

 

SYLVIA FILUS – Compositrice


Longtemps après la séance, le thème principal de Braveheart résonnait dans ma tête, titillant mon imagination. Si mes souvenirs sont bons, je l’ai même joué au piano au retour du cinéma. A l’époque, je commençais à peine, depuis quelque temps, à m’intéresser à la musique pour l’image. J’ai donc acheté la bande originale sur CD pour raviver ma mémoire et m’approprier l’identité sonore du film. Mais James Horner, c’est également Le Nom de la Rose, avec une étrange ambiance de chants grégoriens mélangés aux sons électroniques, ou le célèbre Titanic teinté des influences musicales irlandaises. Autant de créativité débordante et éclectique, d’énergie vitale dans son mouvement perpétuel, dans une œuvre qui survit à l’artiste.

 

JÉRÔME LEROY – Compositeur


C’est avec grande tristesse que j’ai appris le décès de James Horner. Sa disparition est un choc pour nous tous au sein de la communauté des aficionados de la musique de film. Car au-delà des préférences et des goûts de chacun, l’impact énorme de ses compositions, et ce pendant plus de trente ans, n’a d’un point de vue créatif, musical et émotionnel, échappé à personne. Je retiendrais personnellement ses partitions pour Braveheart ou Titanic, qui me l’ont fait découvrir, mais aussi et surtout ses films plus intimistes comme Field Of Dreams ou Sneakers, une de mes bandes originales préférées encore aujourd’hui (et inconsciemment une énorme source d’inspiration). Car quoi qu’on en dise, et quelles que soient nos affinités personnelles, la musique d’Horner nous a tous touchés d’une manière ou d’une autre. Il n’en est ainsi que pour les plus grands. Un grand qui nous a quittés, bien trop tôt.

 

OLIVIER LLIBOUTRY – Compositeur


Les compositeurs s’en vont, leur musique reste avec nous pour toujours. Ce qui fait probablement la grandeur de la musique de James Horner, c’est sa simplicité. Loin d’en être un connaisseur, ce que je retiens surtout de ses compositions pour le cinéma, c’est cette limpidité, cette évidence mélodique, souvent empreinte de réminiscences folkloriques, portée par une simple harmonie diatonique, mais qui a su si bien remplir les grands espaces américains et accompagner les grands récits des films dont il a signé la musique. Une épure chèrement acquise, certainement… Je me souviens de ces mots de son beau-frère (mon médecin ostéopathe à Los Angeles lorsque j’y étais étudiant) : « On ne le voit jamais, il est toujours enfermé à travailler… » Et lorsque j’ai eu la chance de le croiser, à la soirée SCL des compositeurs nommés aux Oscars en 2010, dans un luxueux salon à Beverly Hills, c’est cette même simplicité se dégageant du personnage qui m’a frappée : veste en velours trop grande, Crocs aux pieds, disant quelques mots au micro en toute modestie, fuyant les mondanités, au-delà des carrières, au-delà du succès… Un grand artiste, qui a su toucher et exprimer l’Essentiel…

 

MAXIMILIEN MATHEVON – Compositeur


Il y a bien des années, je découvrais la musique d’Aliens, composée par un certain James Horner. C’était l’un des premiers albums de BO que j’achetais et je l’adorais instantanément. Depuis, sa musique m’a accompagné tout au long de ma vie. C’est par elle que j’ai vraiment connu et aimé la musique de film et c’est probablement en grande partie grâce à elle que je me suis tourné vers la composition. J’ai passé bien des heures à écouter en boucle, émerveillé, les nombreuses bandes originales d’un compositeur qui savait si bien manier et transmettre les émotions. Ah… Willow, Braveheart, Krull, Sneakers, Brainstorm… et tant d’autres ! Tous ces moments restent gravés en moi et font d’Horner un compositeur qui m’était particulièrement cher. Et si son départ prématuré me touche beaucoup, je reste avec le réconfort d’une œuvre foisonnante vers laquelle je pourrai toujours me tourner.

 

DAVID REYES – Compositeur


Si je suis devenu compositeur de musique aujourd’hui, c’est bien entendu parce que certains grands noms m’ont donné envie de faire ce métier, et si ce n’est pas spécialement le premier compositeur qui me vient à l’esprit, la musique de James Horner m’a accompagné toute ma vie en laissant l’air de rien une empreinte indélébile… Quand j’étais petit, il m’a fait rire avec le saxophone de Chérie j’ai rétréci les gosses, m’a fait peur avec les tambours de Jumanji, m’a fait rêver avec le piano de Casper et, surtout, m’a ému avec les cordes du Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles, pour moi l’une des plus belles musiques de film jamais composées (et le Festival de Cannes semble être de mon avis). Puis vient l’âge adulte, l’âge des conquêtes en tous genres, et Horner illustrait ça mieux que personne : conquête de l’espace avec Apollo 13, de la mer avec Titanic, de l’Ecosse avec Braveheart, d’autres mondes avec Avatar… C’était un maître des émotions, capable d’aller avec autant de maîtrise du plus violent (Aliens) au plus délicat (Iris). C’était aussi un maître des mélodies et des motifs, ayant même mis au point un danger motif reconnaissable entre mille (dont il abusait parfois, mais qui était une véritable signature, et peu de compositeurs ont cette capacité de pouvoir être reconnu juste en quatre notes). Sa disparition brutale a été un choc, mais sa musique restera éternelle, et continuera d’en inspirer plus d’un. Merci Maestro.

 

JEHAN STEFAN – Orchestrateur


La mort brutale de James Horner a frappé toute la communauté de la musique de film dans le monde entier ce 22 juin 2015. De nombreux collègues et amis qui l’ont connu et travaillé pour lui ont pleuré sa mort toute cette journée et encore aujourd’hui. Mais ce qui est le plus émouvant, c’est que la planète entière l’a pleuré. Il a touché le cœur de millions de gens. Beaucoup d’amis, musiciens ou non, ont dit « c’est la première fois que je pleure la mort de quelqu’un que je ne connaissais pas vraiment. » Horner était le peintre de l’âme et du cœur. Il a touché le mien quand j’étais petit : Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles, j’avais trois ans. Je me souviens que je mettais ma tête contre l’enceinte et écoutais en boucle la cassette de la chanson de Diana Ross If We Hold On Together. Cette mélodie si belle, avec la coda mélancolique aux harmonies françaises, comme dans le Requiem de Duruflé, m’ont hanté très longtemps. Je me souviens d’un cours de Biologie au collège où, au fond de ma classe, je me refaisais en audition intérieure toute la partition du générique de fin pour m’évader de cet endroit au carrelage froid.

 

Horner, c’est la musique qui a bercé mon enfance et mon adolescence. J’achetais et écoutais tous ses CDs dès qu’ils sortaient. Parfois on se moquait de moi, en lui imaginant un lien familial avec Yvette Horner. « Tu écoutes encore la musique de son frère batard ? » Une personne dont j’ai oublié le nom, en parlant du Portrait dans Titanic : « Mais qu’est ce que c’est que ce fa bécarre qui frotte contre le mi dès la mesure 2 ?!? C’est moche !!! »

 

C’est aussi grâce à Horner que j’appris l’anglais, indirectement. En effet, grâce à la revue Soundtrack! de Luc Van de Ven, je pouvais enfin lire les interviews de mon héros et suivre son actualité. Suivront ensuite les revues de Dreams to Dream…s, Cinéfonia et FilmScore Monthly. Les photos de ces magazines révélaient son lieu de travail : c’était un véritable studio d’artiste à la Leonard de Vinci, avec des maquettes en bois d’avions partout, des poupées russes sur toutes les étagères, des marionnettes… C’est aussi grâce à Horner que j’ai développé mon oreille intérieure. J’ai fait mes premières dictées orchestrales avec sa musique (CasperThe Lighthouse, en 1995). J’ai toujours ma transcription dans ma bibliothèque personnelle.

 

Le plus beau jour de ma vie fut la première fois où je l’ai rencontré… C’était à l’été 2011, à la cafétéria d’Abbey Road. J’étais en mixage ce jour-là avec le compositeur Maurizio Malagnini. La journée allait être très longue et j’avais besoin d’énergie. Au lieu de prendre les fruits « healthy » toujours proposés dans un panier dans chaque studio d’Abbey Road, j’avais décidé une petite régression en enfance, de me prendre une barre chocolatée. Et là, bam ! James Horner fait sa pause à la cafète lui aussi ! Je m’empresse de prévenir mon ami Maurizio. À notre grande surprise, il accepte de prendre de son temps pour discuter avec nous, jeunes musiciens qui débutaient dans le métier. Il a été très chaleureux et gentil. Et surtout très cool. Si détendu. A la question « Comment faites vous pour être si détendu et calme dans ce métier si fou, aux horaires tordus et aux longues nuits blanches », il a répondu : « Et bien, nous faisons de la musique au quotidien pour gagner notre vie. N’est ce pas le plus beau métier du monde? So be cool, everything will be fine. »

 

Mon amour pour la musique, toutes les musiques, vient en partie de lui. Il avait une grande culture. Ses influences allaient de la musique de la Renaissance anglaise (Tallis) à la musique contemporaine (Takemitsu, Ligeti, Crumb…), de la musique savante (Fauré, Debussy, Bartok, Prokofiev, Chosta, Britten…) à la musique populaire du monde entier (Afrique, Asie via Guo ou Kazu Matsui, Espagne, Moyen Orient via Dhafer Youssef, les pays celtiques et l’Amérique du Sud via l’extraordinaire Tony Hinnigan et Eric Rigler), sans oublier la musique électronique via Simon Franglen. Le tout enregistré et mixé par les meilleurs ingénieurs du son de la planète comme Simon Rhodes. Je pleure sa mort et pense à tous ces amis et collègues et surtout à sa famille. Je souhaite une longue vie d’amour, de partage et de musique à tous. Sa mort brutale nous rappelle que nous sommes seulement de passage sur Terre.

 

 

BÉATRICE THIRIET – Compositrice


22 juin 2015. Sidérée, j’apprends que James Horner est mort dans le crash de l’avion qu’il pilotait… 61 ans, plein de talent et couvert de gloire. Je regarde les photos de lui défiler sur le net : un large sourire, un look d’étudiant américain, une simplicité non feinte, une belle tête en vérité, vraiment sympa… Et puis je revois Rose et Jack sur le pont du Titanic : c’est ce qu’on appelle une scène mythique, qu’on a mimée des centaines de fois avec les enfants quand on joue aux «ambassadeurs». Systématiquement on mime Titanic, bien sûr on trouve et après on chante la chanson… Horner, un parcours sans faute, un compositeur complet. Il est le compositeur d’un réalisateur génial, James Cameron. Horner est aussi doué pour écrire une musique symphonique complexe qu’une chanson merveilleuse, une mélodie simple. Ce qui pour moi est tout simplement le signe de son génie : transformer une musique populaire en une musique savante, c’est de l’alchimie musicale. Mais voilà, il s’est envolé… et sa musique restera dans ma tête… « And My Heart Will Go On »…

 

Florent Groult

Florent Groult

Rédacteur en chef adjoint
Né en 1974, originaire de Normandie, Florent Groult grandit au contact de la musique classique et, par trois coups de baguette (le King Kong de 1933, Forbidden Planet et Jaws) assénées au travers d'un écran TV, est touché assez tôt par la magie du cinéma. Il était sans doute inévitable que les deux finissent un jour ou l'autre par se conjuguer en une seule et même passion. Ce sera chose faite en 1993, à l'occasion de la sortie française du Dracula de Francis Ford Coppola. Fasciné dès lors par l’interaction entre musique et image qui lui révèle des horizons infinis de découvertes, il rejoint d'abord les membres de l’association caennaise CinéScores, contribuant modestement à leur fanzine et leur émission de radio sur une antenne locale (1994-1999), avant de participer à la création de l'association Colonne Sonore / L'Ecran Musical (1999-2002). En 2008, il co-fonde avec Olivier Desbrosses- UnderScores : le Magazine de la Musique de Film pour lequel il occupe depuis le poste de rédacteur en chef adjoint. En 2011, il contribue à l'ouvrage collectif intitulé John Williams : Un Alchimiste Musical (Editions L'Harmattan) et signe ses premières notes de livret pour le label spécialisé Music Box Records. Il devient par ailleurs cette même année membre de l'International Film Music Critics Association (IFMCA). La passion plus que jamais vivace, l'aventure continue aujourd'hui...
Florent Groult