News Of The World (James Newton Howard)

Fake news du Western

Disques • Publié le 12/03/2021 par

News Of The WorldNEWS OF THE WORLD (2020)
LA MISSION
Compositeur :
James Newton Howard
Durée : 71:48 | 19 pistes
Éditeur : Back Lot Music

 

3 Stars

 

Sud des États-Unis, 1870. Jefferson Kidd, ancien capitaine de l’armée du Texas, a tout perdu à l’issue de la guerre de sécession pendant laquelle il a servi : son imprimerie, sa femme emportée par la maladie alors qu’il était au front, leur rêve de fonder un jour une famille. Il subsiste en sillonnant les villes du coin pour y lire la presse, locale et nationale, à une population illétrée ou trop enchaînée à un vie de dur labeur. Sur la route entre deux patelins, il découvre un cadavre et non loin de là, Johanna, orpheline peu banale qui ne s’exprime quà travers un dialecte indien. Le capitaine Kidd, sur recommandation des Yankees, entamme alors un long périple pour ramener la jeune fille à ce qui lui reste de famille.

 

Tandis que le réalisateur Paul Greengrass et le compositeur John Powell avaient jusqu’ici construit une solide relation (six films en douze ans tout de même), le réalisateur Anglais collabore cette fois avec un autre des piliers d’Hollywood, James Newton Howard. Et l’annonce du retour d’Howard sur un western, plus de 25 ans après son légendaire Wyatt Earp (1994), avait émoustillé plus d’un de ses admirateurs. Pourtant, point de duel au soleil levant ici ou de chevauchées majestueuses dans le désert. Le contexte historique de News Of The World sert de prétexte à Greengrass pour faire écho à l’Amérique du 45ème président. Une Amérique divisée, comme elle l’était à l’issue de la guerre civile. Une Amérique meurtrie autant par les fake news du milliardaire devenu chef d’état que par la pandémie mondiale. Le sujet du film n’est pas l’héroïsme de la figure du cowboy, c’est l’emprise du passé sur le présent de ses personnages et, au-delà d’une critique politique à travers la scène du comté d’Erath tenue par le politicien véreux Merritt Farley, il s’agit surtout d’une quête de rédemption.

 

La longue note du réalisateur dans le luxueux livret du CD éclaire l’auditeur sur les intentions du réalisateur pour la musique : « (…) Le score devait évoquer un groupe de musiciens réunis après avoir été brisés par les années de la Guerre de Sécession, la division et la haine. Il y aurait des violons, peut-être une guitare, un peu de percussion – les instruments typiques à toutes ces petites villes du Sud Texas en 1870. Les musiciens seraient des étrangers réunis là et leur musique nous accompagnera dans un parcours de réconciliation, leurs instruments tentant de rétablir l’harmonie à chaque étape de cet effort. (…) » Nous sommes alors en novembre 2019. En mars de l’année suivante, toute l’industrie hollywoodienne suspend sa course à cause du COVID-19. Le compositeur met à profit les longs mois d’arrêt qui vont suivre pour repenser tout le score en collaboration avec son réalisateur (1).

 

News Of The World

 

À Abbey Road, Howard fait appel à un ensemble d’une quarantaine de musiciens (1), surtout des cordes (dont des violes de gambe et des fiddles anciens), des bois mais très peu de cuivres et de percussions. News Of The World se révèle être un score peu complexe, lent, presque bucolique parfois, ne versant ni dans l’Americana propre aux westerns hollywoodiens ni dans le bluegrass. Le générique de début, Captain Jefferson, a obligé le compositeur à revoir sa copie une vingtaine de fois en trois mois (1) avant de satisfaire Greengrass qui recherchait à ce que JNH puisse exprimer la solitude du personnage joué par Tom Hanks plutôt que sa tristesse. Le fiddle et le banjo en constituent la base, soutenus par la harpe pour un résultat vaporeux. La mélodie principale du score, d’inspiration gospel, n’apparait de façon franche que dans le second morceau, There Is No Time For Stories. Après une introduction faite de nappes synthétiques étirées (une des marques de fabrique du score), les cordes et les fiddles s’associent au piano qui expose le motif mélodique constituée principalement de six notes, ornementé de ses propres échos comme pour exprimer les souvenirs douloureux de la vie passée du capitaine.

 

Toutefois, ce n’est clairement pas la recherche mélodique qui a été au centre des attentions. De nombreux morceaux du disque étirent la recherche harmonique voulue par le réalisateur. Le jeu statique des cordes, les multiples effets synthétiques de textures, les quelques notes égrenées de fiddle et de banjo ici, celles tenues là par un trombone… Ces effets, tout « efficaces » qu’ils puissent être, ne convainquent guère l’auditeur, qui s’ennuie. Parce que la musique est assez austère, et parce que l’album souffre d’un vaste ventre mou, réparti principalement sur les deux premiers tiers du disque et dont le point culminant sont les neuf minutes de Dime Mountain, scène de poursuite et de duels dans un paysage escarpé entre le capitaine et trois anciens soldats en voulant à la vertu de la jeune fille. Ce qui aurait pu être un morceau d’anthologie met hélas en lumière le vide musical abyssal de la plupart des grosses productions pour lesquelles est privilégiée l’ambiance au détriment de la mélodie. Dans le film, le morceau est par ailleurs amputé de plusieurs mesures.

 

Si l’auditeur se réveille quelque peu avec What Else Can You Teach Me? et Johanna Returns Home, il faut ensuite attendre A Gift qui amorce quinze minutes (réparties sur cinq pistes) pendant lesquelles la musique raconte enfin quelque chose. Probablement parce que la résolution de l’histoire appelle enfin une des fonctions majeures de la musique : l’émotion. Celle du capitaine qui affronte les fantômes de son passé pour continuer à avancer, celle de Johanna trouvant finalement un foyer aimant. Le majestueux End Titles conclut le CD de belle manière, nous réconciliant avec cet album de News Of The World qui gagne toutefois, pour le confort d’écoute, à être condensé en une trentaine de minutes (2).

 

News Of The World

 

(1) Entretien avec James Newton Howard – SoundWorks Collection

(2) Pistes 1-2-4-7-10-13-15-16-17-18-19.

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude