Possessed (Franz Waxman)

Obsession Fatale

Disques • Publié le 03/08/2020 par

Franz Waxman: Legendes Of Hollywood - Vol. 2POSSESSED (1947)
LA POSSÉDÉE
Compositeur :
Franz Waxman
Durée : 71:01 | 9 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

4 Stars

 

Franz Waxman avait déjà traité, musicalement, le sujet de l’obsession avec le chef d’œuvre impérissable d’Alfred Hitchcock Rebecca. Dans Possessed (La Possédée), brillamment interprétée par Joan Crawford, Louise tombe amoureuse de David (Van Heflin), le voisin de la famille pour laquelle elle occupe plus ou moins les fonctions d’aide-soignante. Elle développe progressivement une obsession amoureuse pour celui-ci. Malheureusement, ce coup de foudre n’est pas réciproque, et des troubles mentaux apparaissent chez elle. Obligé de quitter la ville, David lui fait ses adieux. Quelques temps plus tard, le hasard fait à nouveau se croiser leurs routes. Essuyant une seconde fin de non recevoir, Louise, accablée, dans un sursaut de haute schizophrénie, finit par tuer David. Le psychiatre de Louise, atterré par ce qu’il n’a pas pu empêcher alors qu’il pressentait le drame, tente alors de la soigner.

 

L’histoire, aux contours sombres de la psyché humaine, permet à Waxman d’écrire une partition riche, dense, avec une remarquable utilisation d’un des thèmes écrit par Robert Schumann dans son court recueil de pièces pour piano intitulé Carnaval (Opus 9). Le compositeur utilise cette mélodie comme une manifestation du thème de l’amour qu’éprouve Louise pour David (qui le joue à plusieurs reprises dans le film) et une base pour sa partition orchestrale. Lorsque Louise réalise que David ne l’aimera jamais, ce thème, joué à l’écran par David, semble-t-il, toujours de la même manière, est alors perçu différemment à la fois par Louise et le spectateur. Waxman en produit une version modulée, amputée de tous les bémols et dièses qui existent dans la version originale. L’effet, étrange et décalé, complète à merveille le jeu d’actrice de Joan Crawford qui sombre peu à peu dans la folie. De violents accords de piano, déchirants d’ultra-romantisme, façon Rachmaninov, entrent en conflit avec l’orchestre. Pourtant à l’écran, pas de quoi agiter un compositeur comme Waxman, habitué à plus de péripéties hollywoodiennes. Tout ici est finesse et dentelle. 

 

Possessed

 

Mais l’écriture, la plupart du temps retenue, est un miroir des émotions de Louise. Son être intérieur d’abord bouillonne pour David lorsqu’elle en tombe amoureuse et Waxman illustre ce sentiment à merveille. De même, lorsqu’il la quitte, la musique se fait noire, ténébreuse et quasi désespérée. Puis, quand il réapparait dans sa vie, c’est l’exaltation romantique (grand rubato de piano, porté par l’orchestre) jusqu’à ce qu’elle commette l’irréparable. Le final du film, porté par un crescendo éblouissant, permet à Waxman d’écrire l’une des plus belles pages de son immense répertoire.

 

Possessed n’est probablement pas la musique la plus connue de Waxman. D’ailleurs, aucun label n’a jamais pris le risque de l’éditer en intégralité. Mais Varèse Sarabande en a réenregistré une merveilleuse suite de douze minutes (avec Peter Rosenfelt au piano) sur l’album intitulé Legends Of Hollywood: Franz Waxman – Volume 2, interprétée en 1990 par le Queensland Symphony Orchestra sous la direction émérite de Richard Mills. Cet album, recommandable à plus d’un titre, contient huit autres suites orchestrales tirées de quelques uns des films mis en musique par Waxman. On pourra citer, notamment, l’excellent Captains Courageous (Capitaines Courageux), le très gershwinesque et coplandesque The Adventures Of Huckleberry Finn (Les Aventures d’Huckleberry Finn), le très profond The Nun’s Story (Au Risque de se Perdre) ou encore la fameuse Danse Macabre de The Bride Of Frankenstein (La Fiancée de Frankenstein). Comme le premier volume, il s’agit là d’un album indispensable.

 

Possessed

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez

Derniers articles de Christophe Maniez (voir tous ses articles)