The Hunchback Of Notre Dame (Alfred Newman)

La Belle et la Bête

Disques • Publié le 17/02/2020 par

The Hunchback Of Notre Dame / Beau Geste / All About EveTHE HUNCHBACK OF NOTRE DAME (1939)
QUASIMODO
Compositeur :
Alfred Newman
Durée : 63:40 | 26 pistes
Éditeur : Naxos

 

5 Stars

 

Juste avant de devenir le directeur musical de la 20th Century Fox en 1940, l’année précédente, Alfred Newman se voit confier l’immense tâche de mettre en musique une superproduction de la RKO : The Hunchback Of Notre Dame. Les producteurs de l’époque souhaitent avoir une musique temporaire et demandent à Arthur Morton (le fameux orchestrateur de Jerry Goldsmith dans les années 80 et 90) de préparer une sélection de thèmes qui pourraient convenir aux images. Morton décide d’employer essentiellement de la musique classique (des œuvres de Vaughan-Williams, Stravinsky et Chostakovitch) et quelques morceaux issus de la librairie du studio. Lorsque Alfred Newman voit le film ainsi temp-tracké, il rentre dans une colère noire et apostrophe Morton en lui disant qu’il ne voit désormais pas comment il peut rivaliser avec sa sélection. Et pourtant, il relève le défi haut-la-main avec des thèmes mémorables (celui d’Esmeralda, bien entendu, mais aussi celui du Bossu ou de Frollo).

 

Il est étonnant que, malgré l’aura que possède le film de William Dieterle au fil des décennies, aucun label ne se soit mis en tête d’enregistrer la partition foisonnante de Newman. Il aura fallu attendre la maison d’édition Marco Polo en 1997 (puis sa réédition par Naxos en 2007) pour qu’on puisse entendre, dans les meilleures conditions possibles, la fantastique et complexe musique du père de David et Thomas Newman. C’est ainsi, encore une fois, le Moscow Symphony Orchestra, sous l’énergique et experte direction de William Stromberg, qui nous offre, en première mondiale, 38 minutes du score de ce chef d’œuvre. Complice depuis maintes années du chef d’orchestre, le méticuleux John Morgan a entrepris un travail de reconstruction et de restauration digne d’éloges, une fois de plus, tant les partitions de Newman recèlent de subtilités. Il y a là les passages les plus emblématiques du film, et même quelques morceaux ne figurant pas dans le montage final.

 

Charles Laughton & Maureen O'Hara

 

Les morceaux de bravoure de cette dantesque partition sont légion. Le Main Title And Foreword, pieusement offert à une chorale, dans laquelle vient doucement se fondre l’orchestre, possède des atours religieux qui inspireront le compositeur pour The Greatest Story Ever Told (La Plus Grande Histoire Jamais Contée). The Gypsies présente brièvement le thème d’Esmeralda avant que tout l’orchestre ne fasse sonner une musique festivalière endiablée. On retrouve ce thème dans la fameuse danse d’Esmeralda qui fera chavirer le cœur de Quasimodo. Le motif de Frollo, l’archidiacre protecteur de l’infortuné bossu, connaitra son développement le plus identifiable dans le superbe Thank You Mother Of God. La cruauté de la scène de la flagellation de Quasimodo est admirablement rendue dans Whipping et ses cordes tourmentées. S’en suit le superbe Esmeralda Walks Up Steps où le thème de la gitane se teinte d’harmonies sombres, voire désespérées, alors qu’elle apporte un peu de réconfort au bossu injustement torturé, et les cordes reprennent le motif choral de l’ouverture du film.

 

Le roulement des timbales, allié aux cordes si expressives de Newman, fait merveille dans A Woman Has Bewitched Me et permet au compositeur de pervertir le thème de Frollo par la présence de celui d’Esmeralda. Il s’agit ici d’un tour de force orchestral, plein de sens, tandis que le prêtre devient de plus en plus obsédé par la présence de la belle gitane. Il faut ensuite écouter attentivement Esmeralda In Bell Tower dans lequel Newman essaie de donner plus d’assurance au thème «bancal» de Quasimodo sans y parvenir totalement, celui d’Esmeralda restant irrémédiablement hors d’atteinte, traduisant ainsi l’impossible amour du bossu claudiquant pour la belle danseuse. L’intrusion de la foule dans la cathédrale, que Quasimodo prend pour une agression envers Esmeralda et lui-même, explose dans le diptyque Clopin Calls Charge et Victory At Notre Dame, impressionnant d’intensité. La musique de The Hunchback Of Notre Dame offrira une septième nomination à l’Oscar pour Alfred Newman.

 

Le superbe album produit par Naxos propose par ailleurs une courte suite orchestrale pour le non moins magnifique thème de All About Eve (Eve) qui voit Newman recevoir une autre nomination à l’Oscar en 1950. Passer sous silence la présence d’une vingtaine de minutes de musique tirée de Beau Geste serait une insondable erreur car elle montre de manière assez nette à quel point Alfred Newman était à l’aise dans tous les genres y compris, comme ici, dans le registre improbable du drame d’aventure où trois frères sont forcés de quitter leur mère adoptive pour s’engager dans la Légion étrangère. La musique de Newman, vive et ouvertement mélodramatique fait la part belle aux cuivres, aux timbales qui se déchainent et aux cordes qui virevoltent tout autant que les bois.

 

The Hunchback Of Notre Dame

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez

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