Islands In The Stream (Jerry Goldsmith)

L'Île aux Enfants

Disques • Publié le 10/02/2020 par

Islands In The StreamISLANDS IN THE STREAM (1977)
L’ÎLE DES ADIEUX
Compositeur :
Jerry Goldsmith
Durée : 50:49 | 13 pistes
Éditeur : Intrada

 

5 Stars

 

Jerry Goldsmith ne s’en est jamais caché : de tout son énorme répertoire, Islands In The Stream comptait parmi ses œuvres préférées. Alors qu’il était à Budapest, en 1986, pour enregistrer la musique du nouveau film de son ami réalisateur Franklin J. Schaffner, Lionheart, il s’est attelé simultanément à un nouvel enregistrement de sa partition tant chérie sous l’égide de Douglass Fake, boss d’Intrada Records. Ravi de cette opportunité, Goldsmith, insatisfait de l’enregistrement original tant dans la prise de son que dans l’exécution, sauta sur l’occasion de diriger la musique de Islands In The Stream à la tête du Hungarian State Symphony Orchestra.

 

Le film est basé sur une œuvre posthume d’Ernest Emingway et raconte la trajectoire intime d’un homme (le toujours impeccable George C. Scott) qui s’est exilé, loin des tourments de la seconde guerre mondiale, sur une île des Bahamas. Sa vie sera bientôt bouleversée par l’arrivée de ses trois enfants. Le film ne rencontrera pas son public malgré un beau succès critique, une performance d’acteur très remarquée et une superbe photographie de Fred Koenekamp, nommé à l’Oscar. Encore aujourd’hui, le film reste assez confidentiel mais mérite amplement qu’on y jette un œil.

 

La partition débute par un morceau impressionniste que n’auraient renié ni Claude Debussy ni Bernard Herrmann (on pense notamment, par le biais de cette clarinette qui imite le crescendo/decrescendo des vagues et de longs glissandi de harpe, à The Ghost And Mrs Muir). Mais la mélodie centrale, portée d’abord par le hautbois, puis le cor anglais dans une superbe interprétation, et enfin par des cordes lyriques en diable, ne doit, elle, rien à personne. Elle sera reprise, avec ou sans variations, à la flûte et au hautbois (dans les excellents Night Attack et The Boys Leave), par le biais de superbes développements (The Boys Arrive ou encore Is Ten Too Old?) soutenus tantôt par une harpe céleste, tantôt par un vibraphone aussi discret que mystérieux ou des cordes enveloppantes et ultra-lyriques (The Letter).

 

George C. Scott et David Hemmings dans Islands In The Stream

 

Certains morceaux, plus dramatiques, font penser au Papillon du même réalisateur (ce n’est sans doute pas un hasard) pour lequel Goldsmith avait là aussi écrit une partition rien moins qu’essentielle. Mais le plat de résistance de ce réenregistrement tient quasi tout entier dans le monumental Marlin de douze minutes. On croirait carrément entendre un mouvement de symphonie, avec son thème central, ses développements, ses contrepoints, ses harmonies changeantes.

 

Entre classicisme et modernité, la musique de Goldsmith, entièrement orchestrale, reste assez unique dans l’immensité de son œuvre et, en termes de lyrisme pur, il est difficilement possible de trouver mieux (si on excepte quelques moments de Legend, score lui aussi emblématique de son auteur mais où le mariage entre orchestre et synthés est très poussé). Dans l’ensemble, il s’agit d’un opus paisible, romantique (au sens XIXème siècle du terme) dans son approche orchestrale, parfois très bucolique et souvent touchant, notamment vers la fin du film où Goldsmith déploie des trésors d’invention et ne tombe jamais dans l’excès, toujours en équilibre entre émotion pure et retenue pleine de sagesse (It Is All True).

 

Il faut saluer ici la prise de son et le mixage de Mike Ross, d’une précision redoutable, qui laisse assez loin derrière le pourtant excellent CD sorti par Film Score Monthly en 2010 et contenant l’enregistrement original avec quelques défauts d’interprétation, en tout cas notés comme tels par Goldsmith lui-même.

 

George C. Scott dans Islands In The Stream

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez

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