Batman v. Superman: Dawn Of Justice (Hans Zimmer/Junkie XL)

The Dark Knight v. The Man Of Steel : avis de « DC » ?

Disques • Publié le 08/06/2016 par

Batman v. Superman: Dawn Of JusticeBATMAN V. SUPERMAN: DAWN OF JUSTICE (2016)
BATMAN V. SUPERMAN: L’AUBE DE LA JUSTICE
Compositeurs :
Hans Zimmer & Junkie XL
Durée : 90:27 | 18 pistes
Éditeur : WaterTower Music

 

3 Stars

Courant mars 2016 : le film Batman v. Superman: Dawn Of Justice est projeté pour la première fois. Les critiques sont mitigées. 23 mars 2016 : le blockbuster tant attendu (appelons-le BvS pour aller plus vite) sort dans les salles et ne cesse de faire l’objet d’avis plus négatifs les uns que les autres. 30 mars 2016 : Hans Zimmer déclare publiquement qu’il ne composera plus de musique pour des films de super héros, son travail sur BvS (en collaboration avec Junkie XL) lui ayant fait prendre conscience qu’il a fait le tour de la question. Le compositeur le plus controversé des années 2000, tant adoré (vénéré ?) que détesté, en a-t-il soupé de se coltiner à chaque décennie le thème d’une énième version de Batman, lui qui s’était deux ans auparavant attaqué à la seconde vision de Superman au cinéma avec Man Of Steel (MoS)? Très certainement. Il faut dire que la lassitude est présente dans la musique de BvS, bien que s’inscrivant dans la continuité de MoS. En cela, si vous n’avez aimé ni MoS ni sa musique, il y a fort à parier que vous serez foncièrement hermétique à tout ce qui est relatif à BvS tant le tout s’inscrit dans une continuité artistique qui va sûrement devenir la marque de fabrique du DC Cinematic Universe. On y retrouve les forces et les faiblesses de MoS. Et ce n’est pas le nom de Junkie XL écrit à côté de celui de ce bon vieux Hans qui va changer la donne, puisqu’il officiait déjà, dans l’ombre, sur le précédent.

 

Qui dit forces et faiblesses de MoS dit également forces et faiblesses du style Zimmer. À l’image du métrage, l’album de BvS, aussi bien produit soit-il (du moins la Deluxe Edition qui nous sert de référence), est sans surprise. Il réserve de jolis moments touchants au piano, de lourdes plages d’ambiances sonores inutiles en écoute isolée et de la grosse musique d’action qui tache, celle dont Hans s’est fait le spécialiste, lui et ses disciples du studio Remote Control Productions (RCP).

 

Superman et ses fans

 

Mais s’il y a un point sur lequel le compositeur n’a pas été avare, et cela s’annonçait déjà avec MoS, c’est la présence de nombreux petits thèmes (ou leitmotiv). On retrouve en majorité ceux déjà introduits dans MoS, certains avec plaisir, d’autres moins. Il y a donc un thème pour Superman, pour Clark Kent (si, si, on vous assure qu’il s’agit de deux personnes différentes!), pour Krypton (et par extension la kryptonite), pour Wonder Woman, pour Lex Luthor, pour Bruce Wayne et ses parents, pour Batman, pour l’affrontement proprement dit… Alors certes, ils sont de qualité très variable, mais ils ont le mérite d’être présents. Ils ne sont toutefois ni décelables à la première écoute ni d’une grande subtilité, et les passionnés reconnaîtront çà et là quelques phrases musicales entendues dans d’autres œuvres, qu’elles soient de Hans Zimmer (Tears Of The Sun) ou non (un petit relent du Batman Forever de Elliot Goldenthal).

 

L’album débute sans aucune subtilité avec le leitmotiv associé à l’affrontement Batman/Superman, le fameux « poiiin poin poin poin poin (…) » saturé à grand renfort de chœurs grandioses et de cuivres démesurés. Efficace mais… digne d’une musique de bande-annonce. Heureusement, cela ne dure que les premières secondes car la piste, intitulée A Beautiful Lie, enchaîne immédiatement avec une reprise du même thème, cette fois au piano, pour accompagner le flashback (stylisé à outrance) de l’assassinat du couple Wayne. Suit, toujours au sein de la même piste, un leitmotiv « maternel » avec une lointaine voix féminine (à partir de 2:38) qui n’est pas sans rappeler la piste Goodbye My Son de MoS. Enfin, la piste s’achève (dès 3:11) avec l’exposition d’un thème associé à Batman qui, comme nous l’annoncions plus haut, évoque curieusement celui de Batman Forever (Main Titles & Fanfare à partir de 0:14) voire The Lords Of The Rings (comparatif à faire aussi entre Is She With You? de 0:32 à 0:40, et l’un des thèmes de Gollum). La seconde piste (Their War Here) offre l’occasion de réentendre les phrases musicales du thème de Batman avant d’enchaîner avec du Zimmer un peu plus classique. Et pour cause, Their War Here est directement déterré de MoS, avec un aspect autant appuyé sur la violence de l’affrontement de fin du premier film (Superman contre Zod), vu à hauteur d’homme, que sur l’impact émotionnel engendré par l’effondrement du siège des Entreprises Wayne. Les ficelles sont grosses, c’est d’une facilité certaine et déconcertante mais ça marche, et la fin de cette piste (à partir de 3:27) nous le prouve, non sans avoir rappelé le thème associé à Superman (1:43). On démarre donc sur les chapeaux de roues avec ces deux premières pistes, efficaces à défaut d’être originales ou mémorables, y compris en écoute isolée si l’on se laisse prendre au jeu. 

 

Batman et sa lampe de poche

 

Souvent, chez Zimmer, comme pour la trilogie du Dark Knight ou Inception, les éditions sorties à ce jour ne rendent pas suffisamment hommage à son travail, indépendamment de l’appréciation qu’on peut en avoir. Heureusement, BvS fait un peu figure d’exception en la matière car, chose assez rare pour mériter d’être signalée, on retrouve sans problème sur le CD 80 à 85 % de la musique entendue dans le film. Mais cela ne fait pas obstacle, hélas, à des séquences flagrantes de remplissage où il ne se passe musicalement rien. On peut ainsi citer Must There Be A Superman? (dont le titre correspond bizarrement plus au contenu de la piste précédente, Day Of The Dead, déterrée elle aussi de MoS) dont l’écoute est ardue et symbolise une partie de ce que les détracteurs de Hans Zimmer peuvent ne pas supporter dans son style trop versé « console de mixage ». En cela, la piste dont l’écoute se révélera la plus intéressante demeure sans nul doute Men Are Still Good (The Batman Suite), un medley de 14 minutes assez représentatif de l’ensemble des bonnes idées du score, avec rappel des différents thèmes. Seul celui de Wonder Woman manque à l’appel, mais si vous voulez à tout prix vous faire votre idée sur le sujet, Is She With You? l’introduit assez rapidement, et vous le reconnaîtrez aisément avec sa guitare rebelle. Concernant les autres pistes, rien de bien intéressant à signaler. On notera qu’elles font en moyenne toutes 4 à 5 minutes, ce qui est relativement long quand une grosse partie consiste en des nappes sonores. Mais celles d’action pure envoient du lourd pour tous ceux qui adorent la patte bourrine du style Zimmer. Do You Bleed? décoiffe littéralement pour la scène accompagnant la poursuite en Batmobile, Black & Blue s’avère assez entraînante mais se dissocie difficilement de la scène concernée (l’affrontement Batman v. Superman proprement dit) et enfin l’apogée (l’overdose?) est atteinte avec This Is My World, même si celle-ci permet de reprendre notre souffle à mi-parcours avec une ambiance sonore assez calme et reposante.

 

Enfin, difficile, quand on écoute la Deluxe Edition, de faire abstraction du deuxième CD qui complète un peu le tout avec quelques pistes intéressantes. Si Fight Night (composé pour la séquence où Bruce Wayne prépare son arsenal) est assez belliqueux, May I Help You, Mr. Wayne? (avec une introduction furtive du thème de Wonder Woman à 0:04) et There Were Hunters permettent de rappeler que Hans Zimmer ne se limite pas qu’à l’action pure et dure, et sait instaurer des ambiances autres que de la nappe sonore. The Red Capes Are Coming et Problems Up Here en sont un bel exemple, avec le thème de Lex Luthor. Pour une musique de film que l’on était prêt à détester avant même de l’avoir écoutée intégralement, le produit fini n’est pas le désastre annoncé. Il offre même des moments particulièrement efficaces, pour peu que l’on adhère à cet esprit très sérieux et premier degré qui caractérise dorénavant les productions DC Comics. Zimmer fait du Zimmer (avec ou sans Junkie XL) et il le fait bien et mieux que les autres. Mais ça reste du Zimmer.

 

Batman V. Superman: Dawn Of Justice

Vincent Delhomme

Vincent Delhomme

Contributeur
Tout petit déjà, Vincent regardait en boucle certaines scènes de films sur VHS car il appréciait les passages musicaux qui les accompagnaient. C'est à la fin de l'année 2001, avec la sortie du premier film adapté de la saga littéraire Harry Potter, qu'il s'éprend du célèbre « Hedwig's Theme ». Quelques mois plus tard, sa mère lui offre le CD de la musique du film, qu'il écoutera un nombre incalculable de fois sur sa première chaîne hi-fi. Au fil des années, il découvre d'autres compositeurs, en ayant une préférence toute particulière pour ceux dont l'écriture est thématique. A partir des années 2010, il commence à écrire des petits articles sur la musique de film avant de rejoindre, en 2015, les rangs d’UnderScores.
Vincent Delhomme
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