King Solomon’s Mines (Jerry Goldsmith)

De l'or pour le roi

Disques • Publié le 26/01/2015 par

King Solomon's Mines KING SOLOMON’S MINES (1985)
ALLAN QUATERMAIN ET LES MINES DU ROI SALOMON
Compositeur :
Jerry Goldsmith
Durée : 112:53 | 33 pistes
Éditeur : Quartet Records

 

4 Stars

Mettons que Quartet, qui compte peut-être dans ses rangs d’incurables fans de Chuck Norris ou des films de ninjas, ait décidé de contribuer à sa modeste échelle aux multiples hommages rendus récemment à la Cannon. Dans le sillage du décès de Menahem Golan, cofondateur avec Yoram Globus de cette mythique (si, si !) société de production, ce ne sont pas moins de deux documentaires en forme de vastes fourre-tout qui ont pris d’assaut les salles et les linéaires vidéos ! Une réédition de la musique de King Solomon’s Mines, après tout, ne pouvait qu’idéalement les compléter… Saugrenu, répondrez-vous ? Aussi improbable paraisse-t-elle, la théorie du geste militant a toujours plus de chair que les très hypothétiques chances du label de réaliser un carton commercial. On ne peut pas dire de ce Jerry-là qu’il était réclamé à cor et à cri. Pire, il semble voué à errer jusqu’à la fin des temps parmi tous ces titres mal aimés, qui drainent telle une malédiction les sentences assassines et les lazzis dédaigneux.

 

Osons l’affirmer haut et fort : ce n’est pas juste ! L’infortuné Goldsmith, voyez-vous, a été victime ici d’une conjoncture d’éléments diantrement peu favorables, les moindres n’étant pas la nanardise rigolote du film de Jack Lee Thompson, ni le recours aux services d’un Hungarian State Symphony Orchestra ayant le don, par sa seule présence, de susciter l’ire de la population béophile. A l’arrivée, il ne demeure jamais grand-monde pour souligner les spectaculaires qualités de rythme et de dépaysement pulp de ce rollercoaster survitaminé. Presque toujours assimilé à un ersatz un peu besogneux d’Indiana Jones, King Solomon’s Mines badine pourtant moins avec John Williams qu’avec l’héroïsme joyeusement caricatural tant prisé par Michael Kamen pour les films de Terry Gilliam. Et pourquoi pas ? Ca n’a rien d’un secret, Goldsmith se sentait volontiers déconneur lorsqu’il cherchait l’inspiration. Et le culte du clin d’œil, tout-puissant dans les années 80, était fait pour électriser sa fantaisie naturelle. Cette fois, c’est au tour des nazis, méchants de circonstance, d’en faire les frais : ridiculisés à l’envi quand ils investissent l’écran, ils se voient en outre affublés d’un leitmotiv délicieusement narquois, où la Chevauchée des Walkyries est métamorphosée par notre compositeur hilare en une rengaine bedonnante.

 

Réduire la musique à une curiosité bouffonne serait toutefois une lourde erreur. Si le grand film d’aventures éventuellement fantasmé par la Cannon est enseveli en un tournemain sous une avalanche de carton-pâte, les innombrables charges symphoniques, au nombre des plus ravageuses qu’ait imaginées Jerry Goldsmith durant les eighties, s’escriment sans relâche à nantir Allan Quatermain d’un profil orgueilleux. L’éreintant Forced Flight, pour ne citer que lui, est une sacrée démonstration du brio avec lequel le compositeur martelait ses figures de style favorites, la violence s’accroissant à chaque instant, le tempo s’emballant jusqu’au seuil critique de rupture, comme un bras de fer engagé entre le papier à musique noirci de notes et les membres de l’orchestre en ébullition. Comparés à de tels ouragans, les rares moments de répit ont de lumineuses apparences d’oasis. Bien sûr, le Love Theme, qui puise de la flûte et des cordes une sève délicate, vient d’emblée à l’esprit. Mais c’est Upside Down People, baignant dans un impressionnisme inattendu, qui charme et captive. Non content de faire affleurer (toutes proportions gardées) les beaux restes d’Islands In The Stream, cet épatant petit poème animiste nous ramène sans effort des décennies plus tôt, à l’époque où des écrivains comme Edgar Rice Burroughs et H. Rider Haggard, armés de leur exubérante imagination, (ré)inventaient le récit d’aventures qu’ils ouvraient à un exotisme aussi périlleux qu’entêtant. Plutôt pas mal, tout compte fait, pour une partition jugée sans grand éclat.

 

Richard Chamberlain & Sharon Stone au Club Med

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse