Maleficent (James Newton Howard)

L'éveil de la belle au bois dormant

Disques • Publié le 27/06/2014 par

MaleficentMALEFICENT (2014)
MALÉFIQUE
Compositeur :
James Newton Howard
Durée : 71:46 | 23 pistes
Éditeur : Walt Disney Records

 

5 Stars

Porté à l’écran par le décorateur oscarisé d’Avatar Robert Stromberg(1), Maleficent marque les retrouvailles de James Newton Howard avec les studios Disney, pour lesquels il avait au début des années 2000 remarquablement mis en musique Dinosaur (Dinosaure), Atlantis (Atlantis, l’Empire Perdu) et Treasure Planet (La Planète au Trésor). L’adage voudrait que plus le méchant est réussi, plus le film est bon… A entendre le nouvel opus de JNH, il semblerait qu’Angelina Jolie, parfaite dans le rôle-titre de la plus belle sorcière de l’univers Disney, ait considérablement impressionné le compositeur.

 

Près d’une décennie. C’est le temps qu’il aura fallu à Howard pour revenir à une œuvre symphonique débarrassée de tous les tics propres à l’écurie Remote Control qui phagocytent sa musique depuis Batman Begins. Dix ans pour s’en extraire et reconquérir sa voix. Orchestrale, chorale, d’une puissance narrative enfin retrouvée, la musique de Maleficent est plus qu’une bonne nouvelle sous les cieux bas dominés par les ostinati de cordes, les boucles rythmiques et les accords copiés-collés entendus à longueur de blockbusters hollywoodiens. Maleficent, c’est la résurrection du JNH qui avait fait tomber de leur fauteuil les spectateurs de Flatliners (L’Expérience Interdite), Wyatt Earp, Signs (Signes) ou encore The Village (Le Village).

 

Ce qui frappe et ravit dans Maleficent, c’est non seulement le retour à cette écriture symphonique remarquable, prenant son temps pour se développer, mais également une incroyable clarté des pupitres. Alors que nos oreilles se sont hélas habituées ces dernières années à une musique, certes souvent symphonique, mais massive, fondant les sonorités des instruments dans un amalgame disgracieux, Maleficent laisse les instruments donner de la voix au sein de l’orchestre. Si l’on considère les cuivres par exemple, on distingue nettement les trombones, cors, trompettes et tubas. La majorité du score est toutefois constituée de morceaux doux, oniriques rêveries laissant l’esprit sans cesse revisiter l’univers merveilleux de la lande où règnent les créatures magiques du récit.

 

Maleficent

 

A travers sa maîtrise de l’orchestre enfin retrouvée, on jubile de retrouver les tics passés du compositeur, notamment son écriture pour le piano, ses combinaisons de cordes, de bois et de cuivres et son utilisation des chœurs, très présents y compris au sein des morceaux d’action. Ces derniers peuvent paraître en deçà du reste, génériques et peu novateurs. Ils sont à l’écran noyés sous un déluge d’effets sonores qui de toute façon les rend quasi-inaudibles. A l’écoute seule, le score propose tout de même quelques morceaux épiques absolument formidables, comme Maleficent Is Captured ou encore Battle Of The Moors, qui lorgne vers une écriture virile, convoquant les cuivres et des sonorités électroniques discrètes pour ce morceau d’action que n’aurait pas dénigré le légendaire Jerry Goldsmith, dont on sait depuis The Fugitive (Le Fugitif) a quel point il a influencé Howard.

 

Le compositeur nous gratifie également d’une palette de thèmes reconnaissables, identifiables en quelques mesures. Celui de Maléfique, tantôt mélancolique et séduisant, tantôt inquiétant ; celui d’Aurore, souvent accompagné d’un chœur féminin ; celui, superbe, noble et romantique du Prince Philippe… Le compositeur termine sur un final formidable, reprenant quasiment l’ensemble de ses thèmes : la Maleficent Suite qui ouvre l’album est en fait le générique de fin, entendu après la chanson Once Upon A Dream de Lana Del Rey. La voix grave de la chanteuse posée sur la mélodie de Tchaïkovski, associée à une orchestration orchestrale et chorale qui évoque celle du score, sied parfaitement à l’ambiance du film.

 

Est-ce vraiment pour rendre hommage à la beauté de Maléfique que Howard a composé ce score proprement merveilleux ? A-t-il été stimulé à l’idée de passer après le score du dessin animé de 1959 ? Une des bonnes marraines de la Princesse Aurore s’est-elle penchée sur son cas, le délivrant finalement d’un enchantement décennal ? Seul l’avenir pourra le confirmer, pour peu que James Newton Howard se voie proposer davantage de films fantastiques propres à enflammer sa plume… En attendant, profitons du moment présent pour nous passer en boucle ce qui constitue d’ores et déjà l’un des meilleurs scores de l’année.

 

(1) Le réalisateur et décorateur Robert Stromberg est le fils du technicien d’effets spéciaux et réalisateur William M. Stromberg et le frère du compositeur, orchestrateur et chef d’orchestre William Stromberg.

 

Maleficent

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2010-2016)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine. Olivier Soudé participe à UnderScores depuis 2008.
Olivier Soude

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