Young Sherlock Holmes (Bruce Broughton)

La résurrection de Sherlock Holmes

Disques • Publié le 05/05/2014 par

Young Sherlock HolmesYOUNG SHERLOCK HOLMES (1985)
LE SECRET DE LA PYRAMIDE
Compositeur :
Bruce Broughton
Durée : 103:43 | 34 pistes
Éditeur : Intrada

 

5 Stars

Après avoir passé plusieurs années à œuvrer pour la télévision, le compositeur américain Bruce Broughton est propulsé sur le devant de la scène en 1985 avec Silverado, qui sera nominé à l’Oscar de la meilleure musique. Le compositeur enchaîne avec Young Sherlock Holmes, pour lequel il ne dispose que de quatre semaines et demi pour écrire le score. Emballé par le film, qui enchaîne les scènes à un rythme soutenu, Broughton délivre un score majeur, extrêmement construit, reposant sur une thématique riche qui reflète à la fois la période, l’enthousiasme des jeunes personnages et la complexité de l’enquête. Interprété avec panache par le Sinfonia of London et enregistré aux mythiques studios d’Abbey Road, Young Sherlock Holmes connait, presque trois décennies après sa sortie, une édition officielle grâce au label Intrada.

 

Pour situer la période historique du film, Broughton, par ses choix de composition et de couleurs orchestrales, recrée une ambiance à la Elgar qui évoque parfaitement le règne de la reine Victoria. Afin de coller aux scènes d’hallucination, il propose également des passages atonals dérivés de l’orientalisme russe du XIXème siècle, mais aussi de Lutoslawski, Penderecki, Henze ou encore Stravinski. Comme les couleurs orchestrales de ces sections atonales sont les mêmes que celles des passages tonals, le score bénéficie d’une réelle homogénéité, en dépit de toutes ces influences.

 

Young Sherlock Holmes s’ouvre sur deux thèmes, présentés successivement dans le Main Title. Le premier, exposé par le picolo, est lié à l’enquête. Le second, une marche lumineuse, intervient dès qu’il est question d’aventure. Ces deux thèmes constituent les fondements du score et sont utilisés de manière récurrente et sous toutes sortes de variations de tempi et d’orchestration. Le personnage d’Elisabeth permet l’apparition d’un thème d’amour très tendre. Bien que coupé finalement au montage, l’originalité du personnage d’Elisabeth, qui était davantage impliquée, reposait sur le fait que c’est d’elle que Holmes tire l’origine de son célèbre raisonnement hypothético-déductif. Voilà pourquoi le thème d’amour est dérivé du thème de Holmes. La proximité mélodique des deux thèmes lie les deux jeunes gens, tels des âmes-sœurs, dès la première apparition d’Elisabeth dans le film. L’oncle d’Elisabeth, l’excentrique inventeur Waxflatter, bénéficie lui aussi d’un thème, un peu bizarre, tout à fait approprié à sa personnalité. Mais Broughton n’en fait pas un thème comique pour autant, et le décline d’ailleurs d’une façon sinistre lorsque le vieil homme meurt et lorsqu’Elisabeth a une hallucination macabre le concernant plus tard dans le film.

 

Holmes & Watson prennent leur envol

 

La secte égyptienne possède un thème dérivé de O Fortuna, le célèbre passage choral du Carmina Burana de Carl Orff. Lors de la confrontation finale entre Holmes et le professeur Rathe, qui s’avère être derrière tous les méfaits de la secte, Broughton construit la musique de la scène sur un motif de neuf notes et sur ses variations, avec le thème de Holmes inséré aux moments appropriés. L’écriture évoque parfaitement le duel à l’arme blanche que se livrent Holmes et son ennemi juré, dont on ne découvrira la réelle identité qu’après le générique de fin.

 

Comme sur l’édition promotionnelle de 2002, Intrada présente le score complet sur deux disques. La répartition peut sembler déséquilibrée, avec le premier disque totalisant 33 minutes et le second 71 minutes. Mais Intrada a ainsi respecté l’architecture du score qui, après un premier tiers d’exposition des personnages, s’intensifie dans les deux tiers restants. Et pour assurer une transition entre les deux disques, le Love Theme, qui fut enregistré spécialement pour le 33 tours, achève fort à propos le premier disque. Un quart d’heure de bonus est présenté en fin du disque 2. On y découvre la version finale du générique du début, une version alternative du combat final entre Eh Tar et Holmes, deux musiques de source, la version sans les chœurs de Waxing Elisabeth et les chœurs seuls de Rame Tep (et non de Waxing Elisabeth comme l’indique à tort le tracklisting).

 

Il existe une controverse quant au nouveau mixage de Young Sherlock Holmes. Les mécontents reprochent à Douglas Fake (et Broughton, qui a supervisé le travail) d’avoir sous-mixé les chœurs et les cuivres dans Rame Tep et dans Waxing Elisabeth. Quiconque écoute attentivement les versions promo et officielle de ces pistes constate qu’effectivement, le nouveau mixage est différent. Les voix sont en effet légèrement en retrait et les cuivres (notamment le tuba) qui saturaient presque, paraissent plus éloignés tandis que les cordes et les bois sont davantage mis en lumière. Le résultat pourrait paraître fade, mais ces morceaux ne sont pas dénaturés pour autant : le son du promo est beaucoup plus « épais » tandis que la version MAF permet d’entendre distinctement chaque pupitre. Pour la première fois, Intrada a pu en effet partir des bandes multipistes conservées en parfait état par le studio Paramount. Tout le score brille d’un nouvel éclat, les immenses qualités de la composition, très fouillée, et de l’interprétation de Young Sherlock Holmes en sont décuplées. Alors même si le promo peut rester cher à votre cœur parce que vous êtes habitués au mixage des deux morceaux précités, pour lesquels il faut ici un peu de temps pour s’habituer, acquérir la version MAF de Young Sherlock Holmes s’impose comme une évidence.

 

Waxing Elizabeth

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude