Batman: The Animated Series (Shirley Walker) (3/5)

Girls, girls, girls!

Disques • Publié le 07/02/2014 par , et

Batman: The Animated Series - Volume 2 BATMAN: THE ANIMATED SERIES (1992 – 1995)
BATMAN
Compositeurs :
Shirley Walker, Michael McCuistion, Lolita Ritmanis & Peter Davison
Éditeur : La-La Land Records

 

 

5 Stars

On l’a assez dit, Batman: The Animated Series est redevable envers la série noire de presque tous ses fondamentaux esthétiques. N’importe quelle aventure du Caped Crusader comporte son lot d’énormes Cadillac, de trench-coats froissés et de venelles ténébreuses, où rôdent des faciès patibulaires que n’auraient pas reniés Samuel Fuller ou Don Siegel. Une faune aussi interlope ne pouvait se priver d’une autre figure archétypale du genre, la Femme Fatale, intrigante et vénéneuse, qui a conduit tant de privés solitaires et de flics probes à leur perte. Evidemment, les prédatrices qui règnent sur Gotham cassent quelque peu le moule : Ida Lupino n’aurait sans doute pas enfilé de bonne grâce les collants bigarrés d’Harley Quinn, et la combinaison vert pomme de Poison Ivy aurait plongé Gene Tierney dans des abîmes d’embarras. Pareilles excentricités sont du pain béni, en revanche, pour le trait dynamique et tout en rondeurs(s) de Bruce Timm, et bien sûr pour Shirley Walker. A telle enseigne qu’on soupçonnerait volontiers la compositrice d’avoir enrichi son bagage mélodique d’une nuance de solidarité féminine.

 


Harley And IvyHARLEY AND IVY (Harley et Ivy) – Épisode 56 – LLL Vol. 2

 

Elle avait pourtant tous les atouts pour devenir l’inséparable moitié du Joker : un hédonisme aussi dangereux qu’insatiable, un costume d’Arlequin bariolé auquel fait écho son propre nom, sans négliger un thème jouisseur où les battements lourds du xylophone suggèrent à parts égales une menace et un plaisir festif. Mais si Harley Quinn se consume d’amour pour son tendre Mr. J., la réciproque est loin d’être avérée. Flanquée à la porte pour la énième fois, la voici qui noue par pur hasard une association criminelle avec Poison Ivy. Ensemble, les deux beautés fatales vont terroriser les nuits de Gotham, même si cette complicité (que des dizaines de déclinaisons illustrées pousseront jusqu’au saphisme) ne trouvera guère de reflet sur un plan musical. Exit le minimalisme de velours du motif d’Ivy, dont seules subsistent quelques discrètes rémanences, et place au thème d’Harley, qui fait véritablement bombance. Cordes survoltées, cuivres en ébullition, bois facétieux, mosaïque de percussions… toutes les ressources de l’orchestre sont passées en revue, avec une mention particulière pour The Girls Escape et Crime Spree, rien moins que jubilatoires dans leur course en avant.

 

Il est assez amusant de constater que le travail d’équipe entre Harley et Ivy s’est également déroulé derrière le pupitre. Sous le couperet de délais très serrés, Shirley Walker n’a eu d’autre option que de rameuter bon nombre de ses apôtres (McCuistion, Ritmanis, Davidson), chacun ayant apporté sa pierre à un édifice étonnamment cohérent. C’est du moins ce qu’indique le très minutieux track-listing. Mais doit-on vraiment le prendre pour argent comptant ? Depuis la mort de Walker, la qualité musicale des productions DC Animated Universe n’a cessé de se dégrader, à telle enseigne qu’il y a de quoi se demander si les fourmis ouvrières ne faisaient pas office, auprès de la reine-mère, de vulgaires prête-noms. Raison de plus pour considérer les dark symphonies du Caped Crusader comme une parenthèse unique, et éminemment précieuse, dans l’histoire mouvementée du cartoon américain.

 

Charmantes colocatairesCopines de cambriolesMonsieur J., ou quand le charme agit

 


Pretty PoisonPRETTY POISON (Poison d’Amour) – Épisode 05 – LLL Vol. 1

 

Si Bruce Wayne apprécie grandement la gente féminine, celle que fréquente son alter ego est souvent dangereuse, voire carrément vénéneuse. Dès le carton titre et pendant l’inauguration du nouveau centre pénitencier de Gotham, le motif de deux notes fait l’oiseau de mauvais augure dans Ground Breaking Ceremony / Penitentiary Time Lapses, la présence de Pamela Isley / Poison Ivy étant des plus discrètes. Et alors qu’elle cachera longtemps sa double identité à Harvey Dent, sa petite musique marquera plusieurs fois par sa sensualité et son mystère : le procureur est victime d’un malaise suspect et c’est encore la rose (sauvage) qui personnifie le danger.

 

C’était sans compter les talents de détective de Batman, qui flaire comme un subtil parfum d’entourloupe chez la botaniste. Dans le mille : arrivé chez elle, le justicier se trouve immédiatement aux prises avec une plante carnivore, luttant au son d’une musique d’ascenseur que l’empoisonneuse fait écouter à ses plantes chéries. A Little Plant Muzak / The Carnivorous Plant se verra alors assortie d’attaques de cuivres ponctuant la bagarre, l’intradiégétique et l’extradiégétique faisant ainsi un astucieux mélange des genres. Après qu’un thème aux cordes cisaillantes conclue l’échange, le thème décliné d’un Batman à son tour empoisonné se fait ensuite pesant et tragique quand il provoque un incendie, ravageant les plantes et provoquant la colère de son ennemie. Les cisailles vengeresses menacent le héros pris au piège mais s’effacent rapidement quand la botaniste capitule pour sauvegarder sa rose sauvage, quitte à finir en prison. Croqueuse d’hommes à l’occasion, Poison Ivy n’a d’obsession que pour sa plante fétiche…

 

Ivy et sa roseIvy et sa robeIvy et sa plante carnivore

 


The Cat And The ClawTHE CAT AND THE CLAW (Le Chat et la Souris) – Épisodes 14 & 15 – LLL Vol. 2

 

La plus féline des habitantes de Gotham City est aussi la plus courtisée : favorite parmi les nombreuses femmes fatales ayant cherché à fendre l’armure de l’inébranlable homme chauve-souris, Selina Kyle, alias Catwoman, fait partie des personnages secondaires les plus choyés du bat-univers. Apparaissant dans trois ou quatre longs-métrages live et dans la plupart des séries animées ou non, la sensuelle cambrioleuse a enflammé l’imagination de quelques musiciens parmi les plus en vue d’Hollywood. C’est indiscutablement Danny Elfman, inspiré par les images inoubliables et tragiques du joyau de Tim Burton, qui offre à Selina la chatte son plus beau fourreau de notes, flamboyant, tragique, grandiose. Quand on sait les liens compliqués qu’entretient notre chère Shirley Walker avec la musique du diablotin roux, c’est à un véritable duel musical que l’on s’attend.

 

Mais le thème composé par la Walker ne vient pas braconner sur fief elfmanien. C’est le mystère, l’angoisse et le suspense liés aux occupations nocturnes de la belle voleuse qu’illustre son thème très herrmannien. Peu de place pour la romance au long des 27 minutes consacrées au double épisode The Cat And The Claw, riche en déclinaisons du thème de Catwoman, sur un mode parfois forain (pour le coup, Elfman n’est pas loin) et de celui du Chevalier Noir, assaisonnant les traditionnelles compositions nerveuses et entrainantes soutenant les poursuites, cambriolages audacieux et retournements d’alliances dont est fait la tumultueuse histoire de Selina et Bruce, the cat and the bat. Le chat et la chauve-souris ? Pas tout à fait.

 

Car le titre original est l’aveu du handicap qui plombe l’épisode : la Griffe, cette méchante que doivent combattre Batman et Catwoman, une éco terroriste pas bien charismatique, qui propose aux héros un mano a mano standard et avoue des motivations bien banales. Dommage ? Oui et non, tant des morceaux comme Bruce Wayne’s Chaperone / A Bumpy Ride ou Bat Draft sont parmi les plus jubilatoires de ce qu’on entend dans la série dans le registre de l’action haletante, et pourrait presque sortir d’un inédit retrouvé dans les coffres de John Barry, circa 1963. Allergiques aux ruptures de ton et aux cassures rythmiques, passez votre chemin. Amateurs de tachycardie musicale, vous tenez là un petit bijou de plus. Même si le thème de Catwoman, enfin décliné sur un ton amer à l’unisson d’une relation avec Batman, surtout faite de regrets dans le final More Than You’ll Ever Know, laisse entrevoir ce qu’aurait dû être le score accompagnant rien moins que ce qui aurait pu être la plus grande histoire d’amour du Chevalier Noir.

 

Catwoman en actionRed ClawLe chat et la souris

Sebastien Faelens

Sebastien Faelens

Rédacteur
Cinéphile depuis sa plus tendre enfance, ce n’est qu’à ses dix-huit ans que Sébastien commence réellement à écouter la musique de film en dehors de son support. Effectivement, il s'écoulera de nombreuses années d’errements dans les vidéo-clubs de Beauvais à la recherche de films bien trop violents pour son âge, avant sa rencontre pendant ses études avec Vivien Lejeune, qui deviendra rapidement un ami et un premier guide passionné dans l’univers de la B.O. Puis c’est l’escalade : la rencontre avec Olivier Soudé, puis la participation aux magazines Dreams to Dreams et Cinéfonia finiront de rendre le jeune métalleux complètement accroc aux trames sonores, ce qui a longtemps conforté ses parents dans l’idée qu’il avait probablement des fréquentations peu recommandables malgré son apparente tranquillité. Mais le célèbre magazine périclite en 2006 et c’est après trois ans d’une retraite bien méritée qu’il reprend du service comme rédacteur puis secrétaire de rédaction d’UnderScores : les années ont passé mais la passion est restée intacte !
Sebastien Faelens