Highlander (Michael Kamen)

There can be only one Michael Kamen!

Disques • Publié le 02/12/2013 par

HighlanderHIGHLANDER (1986)
HIGHLANDER
Compositeur :
Michael Kamen
Durée : 22:09 | 5 pistes
Éditeur : Edel

 

4.5 Stars

Au choix, il y a les homériques joutes à travers les âges, le déchaînement de feu et de lumière du Quickening ou encore le fameux ricanement syncopé de notre Totophe préféré. Et puis bien sûr vient également à l’esprit, lorsqu’on évoque Highlander, la chanson titre scandée toutes cordes vocales dehors par un Freddie Mercury extatique. Dans le microcosme de la musique de film, nombreux sont ceux qui considèrent aujourd’hui avec une pointe d’animosité les hululements stridents du moustachu de Zanzibar, en l’absence desquels la musique composée par Michael Kamen ne dépérirait fort probablement pas au milieu d’un décourageant embrouillamini juridique. Mais le béophile, entité par essence optimiste, persiste à croire envers et contre tout à la parution future de l’intégrale de cette mémorable partition, véritable pierre angulaire dans l’œuvre de son auteur. Rien n’est parvenu à atténuer l’éclat de son aura, ni un tombereau de piètres séquelles foulant au pied la légende des Immortels, ni la disparition prématurée de Kamen, ni le scandaleux néant éditorial où ce dernier s’est vu contraint de vagabonder durant de longues années.

 

Quoi de surprenant à cela ? Avec cette extravagante histoire de demi-dieux croisant le fer dans le tumulte des siècles, Kamen n’ignorait pas qu’il avait tiré le bon numéro. Depuis les Hautes Terres verdoyantes d’une Ecosse médiévale jusqu’aux venelles brumeuses d’une mégalopole inhumaine, depuis des haines séculaires jusqu’à la lente agonie de l’amour, qui, contrairement à ce qu’a toujours chanté le poète, n’a rien d’éternel, son merveilleux éclectisme ne manquait pas de matière pour s’épancher. Dans ce bouillonnement créatif, le thème principal se détache avec une éblouissante netteté, au point de figurer parmi les plus somptueux jamais imaginés par Kamen. Farouchement lyrique, il confond dans un même élan la rude beauté des Highlands et le destin solitaire qu’apprend peu à peu à accepter Connor MacLeod. Rejeté par les siens, qui méprennent sa «résurrection» pour une sorcellerie maudite, notre infortuné héros ne saura pourtant leur en garder longtemps rancune et conservera fièrement le nom de son clan, symbole de bravoure et de liberté. Kamen, sur une longueur d’onde identique, donne la parole à des cuivres éclatants pour magnifier ces indomptables guerriers, versant dans un premier degré héroïque qui, quelques années plus tard, inondera les veines de Robin Hood: Prince Of Thieves et de The Adventures Of Baron Munchausen avec une splendeur pas moins grisante.

 

Kurgan

 

Bon courage en revanche à quiconque tenterait de relever la moindre trace de cette noblesse chez Kurgan, terrifiant Némésis des Immortels. D’abord chevalier noir empoisonnant les temps jadis d’un effroi superstitieux, il devient à notre ère un Hell’s Angel caparaçonné de cuir. Les yeux exorbités et l’intimidante stature de Clancy Brown en apprennent beaucoup à eux seuls sur le fléau qu’il représente, les guitares électriques de Queen font le reste en saturant l’air de riffs belliqueux. Il ne peut en rester qu’un, et Kurgan a la ferme intention de tout essayer pour être celui-là. Dans son sillage, les têtes se désolidarisent de leurs épaules par dizaines, y compris celle de Ramirez, flamboyant hidalgo et mentor de Connor MacLeod. Leur combat par une nuit de tempête occasionne une redoutable furia symphonique, traversée par les ostinati convulsifs des cordes et hérissée de percussions en noir et rouge. Lorsqu’elle s’achève sur une ultime exclamation discordante, le triomphe du monstrueux géant est consommé.

 

MacLeod, heureusement pour lui, n’a pas été laissé sans défense par son défunt cicérone. La scène d’ouverture du film le trouve d’ailleurs en pourparlers guère amicaux avec un autre Immortel, qu’il terrasse dans un duel à mort. Rusé tel le caméléon qu’il a toujours été, Kamen se coule aussitôt au creux d’une esthétique glacée, celle, non pas de la majestueuse Ecosse d’antan, mais d’un parking souterrain criblé de néons et cadré au grand angle. Là, l’usage pertinent de l’électronique, greffée sur les plus traditionnels (mais spectaculaires !) soubresauts de l’orchestre, fait corps avec la vision pessimiste d’un «futur» désincarné, où les hommes ont oublié leur instinct grégaire pour marcher comme des spectres. Pourtant, par-delà les trompettes enragées et les hachures du piano, les glorieux souvenirs des Hautes Terres n’ont pas disparu. Connor MacLeod est resté un être de chair et de sang, et les sinistres amoncellements de béton, bien qu’ils aient transformé les citadins en cosses exsangues, ne sont pas parvenus à tuer en lui tout espoir de rencontrer, un jour, un nouvel amour.

 

Heather & Connor MacLeod

 

Les fans de Queen vont peut-être crier haro, mais tant pis ! En son âme et conscience, votre serviteur pense que Who Wants To Live Forever, sans doute le seul vrai hit de Highlander avec A Kind Of Magic et Princes Of The Universe, aurait bien davantage fait profil bas s’il n’avait pu s’articuler autour de la superbe mélodie écrite par Michael Kamen. Cette dernière, d’une sincérité limpide, peut à l’occasion se parer d’accents tragiques et sombres (témoin, entre autres, l’intervention d’une guitare mélancolique lorsque l’écoulement du temps sépare notre héros de sa première dulcinée) mais ne perd fondamentalement rien de sa volupté. C’est à l’écoute de pièces aussi radieuses, aussi belles et passionnées que celle-ci que le masque de Kamen, trop souvent catalogué spécialiste de l’action rentre-dedans, se craquèle et tombe, révélant le sourire épanoui d’un grand romantique. Le sifflement des lames s’entrechoquant est chose sérieuse dans Highlander, mais sous la baguette enchantée du musicien, les frémissements du cœur ne sont jamais en reste.

 

Pour toutes ces raisons, et d’autres encore que ces modestes lignes ont été impuissantes à traduire, il faut impérativement, messieurs les éditeurs, que vous donniez à cette remarquable partition l’écrin qu’elle mérite. A l’heure actuelle, le béophile acculé au désespoir ne peut se rouler dans tant de luxuriance musicale qu’au moyen de compilations diverses, seulement nanties d’une maigre poignée de morceaux, ou bien en empruntant des voies dissidentes que la morale réprouve sans ambages. Curieusement, le bootleg qui circule dans les arcanes du Net est souvent présenté comme un album tout ce qu’il y a d’officiel, peut-être parce que la société apocryphe qui est censée l’avoir produit porte fallacieusement le même nom de scène qu’Immortal Records, un label d’obédience rock, bien réel lui (même s’il n’a plus donné signe de vie depuis 2007). Détaillés avec le pragmatisme le plus clinique, les problèmes de droits qui retiennent Highlander cloîtré dans les limbes paraissent insolubles. Mais après réflexion, ne vivons-nous pas à l’époque des miracles et des rééditions jaillies de nulle part ? Alors qui sait, peut-être qu’un jour… En espérant cependant qu’il sera prochain, car à l’inverse des Immortels, nous n’avons pas l’éternité devant nous.

 

Connor MacLeod

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse