Resident Evil: Apocalypse (Jeff Danna)

Déjà mort

Disques • Publié le 06/11/2012 par

Resident Evil: ApocalypseRESIDENT EVIL: APOCALYPSE (2004)
RESIDENT EVIL : APOCALYPSE
Compositeur :
Jeff Danna
Durée : 39:39 | 18 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

3 Stars

Pour le second opus, le réalisateur Alexander Witt a créé la surprise en se tournant vers Jeff Danna, qu’on n’aurait jamais attendu sur ce genre de production. Frère du compositeur Mychael Danna et comme lui habitué aux scores ethniques (Green Dragon) et / ou intimistes (« O » [Othello 2003]), Jeff avait néanmoins signé en 2003 une partition plus ambitieuse avec The Gospel Of John, interprétée par un orchestre et des chœurs fort respectables, ce qui pouvait laisser entendre qu’il avait désormais la carrure pour un film à grand spectacle mêlant action et horreur. Cela dit, des producteurs frileux ont dû penser que Danna et le genre fantastique, cela n’allait pas de soi, si bien qu’ils ont également embauché un autre musicien plus expérimenté dans ce domaine : Elia Cmiral (Stigmata, Bones). Relégué au rang de compositeur additionnel pour la seule fois de sa carrière, ce dernier fournit un travail qu’il est difficile d’évaluer puisqu’entièrement absent de l’album édité par Varèse Sarabande. En outre, l’orchestrateur Nicholas Dodd, collaborateur attitré des frères Danna, a sans doute veillé à harmoniser l’ensemble à tel point qu’on ne sait vraiment plus qui a fait quoi.

 

Dans Resident Evil : Apocalypse, pas l’ombre d’une chanson à l’horizon et c’est tant mieux : Danna a ainsi toute latitude pour imposer sa vision pleine de fureur d’un futur chaotique. Il livre une musique ultra-percutante assumant d’abord l’héritage laissé par Marilyn Manson et Marco Beltrami par l’usage du synthétiseur, d’une batterie très rock et d’une guitare électrique, pour s’en éloigner rapidement par la suite et s’orienter vers des sonorités beaucoup plus symphoniques. À plusieurs reprises les nappes planantes et les expérimentations électroniques glaçantes débouchent sur des envolées de violons tourmentés et des attaques de cuivres hurlants soutenues par des percussions massives décuplant l’impact de bon nombre de scènes du film, par ailleurs très médiocres. La tonalité épique de la plupart des scènes d’action (notamment l’impressionnant Alice Battles The Nemesis) est garantie par le grand orchestre que dirige d’une main de maître Nicholas Dodd, donnant souvent l’impression d’entendre une nouvelle partition de David Arnold composée pour un film de Roland Emmerich ou un James Bond. Plus mélodique et beaucoup plus grisante que la précédente, cette musique s’écoute par conséquent avec un plaisir bien supérieur, évitant à tout moment la cacophonie.

 

Certains auditeurs pourront se dire que le compositeur a contourné la difficulté du genre horrifique en se limitant à l’action pure, mais c’est aussi le choix effectué par le réalisateur, ce qui fait que Danna n’a pas à verser dans les jump-scares de rigueur et concentre toute son énergie dans la rage salvatrice de titres virtuoses comme Umbrella Is Watching, Cain’s Demise ou encore Dogs In The Kitchen. Bien sûr, on trouve quelques pistes de peur « traditionnelles » telles Zombies In Church, insidieuse et couinante, mais surtout des morceaux plus atmosphériques, mystérieux ou mélancoliques (Ashford’s Plan, The Anti-Virus) qui élaborent de vraies mélodies et qui font preuve d’un sens avisé de la tension dramatique, tout cela sans recourir systématiquement à la dissonance et à l’agression sonore facile, ce qui est loin d’être toujours le cas dans les scores horrifiques. Au final, la musique de Resident Evil : Apocalypse, ni originale ni particulièrement passionnante, se révèle la plus réussie de la saga, fort bien maîtrisée et par moments étonnamment lyrique, confirmant le talent de Jeff Danna à défaut d’une réelle personnalité musicale, pas vraiment distincte de celle de son frère. C’est déjà largement suffisant.

 

Resident Evil: Apocalypse

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak