Johnny English Reborn (Ilan Eshkeri)

Agent zero zero

Disques • Publié le 06/12/2011 par

JOHNNY ENGLISH REBORN (2011)
JOHNNY ENGLISH : LE RETOUR
Compositeur :
Ilan Eshkeri
Durée : 46:20 | 24 pistes
Éditeur : Varèse Sarabande

 

4 Stars

Contre toute attente, les premières aventures de Johnny English, qui remontent à 2003, semblent avoir eu suffisamment de succès pour permettre de relancer la franchise huit ans plus tard, avec un Rowan Atkinson ayant toujours bon pied bon œil. On se souvient encore de l’excellent score d’Edward Shearmur pour le premier opus et c’est pourquoi l’annonce d’un nouveau compositeur sur le projet a pu en décevoir certains. Ce compositeur, Ilan Eshkeri, nous avait tout d’abord éblouis avec Stardust avant de retomber rapidement dans l’anonymat avec des travaux insipides tels Ninja Assassin et The Young Victoria (Victoria, les Jeunes Années d’une Reine).

 

Fort heureusement, Eshkeri a reçu pour consigne de marcher sur les traces de son prédécesseur en adoptant quasiment les mêmes choix musicaux : prendre le film 100% au sérieux (c’est-à-dire un peu plus que précédemment), conférer une tonalité héroïque aux exploits du personnage principal et illustrer avec compassion ses déboires, sans oublier de noyer généreusement l’ensemble sous un torrent d’accents à la James Bond plus proches de John Barry que de David Arnold. S’il ne reprend pas le thème savoureux composé par Howard Goodall et Edward Shearmur, le nouveau compositeur en propose un autre tout aussi valable, plus emphatique qu’ironique et exposé pleinement dans London à grand renfort de cuivres criards. Instantanément séduisant et facile à retenir, ce thème reviendra fréquemment dans toute la partition sous une forme tantôt épique tantôt élégiaque avec une conviction égale, ce qui est le propre d’un thème réussi.

 

Johnny English Reborn (et remaquillé)

 

Les nombreuses scènes d’action, sans atteindre le brio de l’indépassable Truck Chase (morceau composé par Shearmur pour le premier film), s’avèrent entraînants en diable et font sans doute de Johnny English Reborn (Johnny English, le Retour) l’un des exercices de style les plus convaincants dans le registre jazz-rock-symphonique depuis… les derniers James Bond de David Arnold, tout simplement ! Usant abondamment des cuivres, très présents du début à la fin, des percussions et de la guitare électrique, Eshkeri entraîne le spectateur à la suite du héros dans une succession haletante d’aventures rocambolesques parfois complètement over the top, à l’image du dithyrambique Wheelchair et pour notre plus grand bonheur !

 

Autre motif de réjouissance : le fait que la nouvelle mission de Johnny English l’entraîne en Chine donne l’occasion au compositeur de jouer agréablement avec les clichés, faisant appel ici et là à quelques instruments (flûte, violon) évoquant instantanément l’Extrême-Orient et agrémentant l’action d’une touche de couleur locale fort bienvenue dès le très dynamique Hong Kong. Tout en gardant un ton très premier degré, l’humour est toujours présent avec non moins d’habileté que dans le premier Johnny English : envolées jouissives car excessivement triomphales rappelant The Mummy Returns (Le Retour de la Momie) d’Alan Silvestri dans Commandeering The Vessel, chœurs planants et saxophone sexy dans Hypnotification, thème cuivré ultra-dramatique à la John Barry pour le méchant (Karlenko Arrives, Ambrose), parodie de chant grégorien dans Church Escape… La liste des réjouissances est longue et garantit à l’auditeur un plaisir permanent. Avec Johnny English Reborn, Ilan Eshkeri crée donc la surprise en signant l’un des scores les plus rafraîchissants et les plus recommandables de l’année 2011. Enjoy!

 

Johnny English Reborn

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak