Blizzard (Mark McKenzie)

Un deuxième souffle pour McKenzie

Disques • Publié le 21/12/2011 par

BlizzardBLIZZARD (2003)
BLIZZARD, LE RENNE MAGIQUE DU PÈRE NOËL
Compositeur :
Mark McKenzie
Durée : 53:37 | 21 pistes
Éditeur : Intrada

 

4 Stars

Pour composer la musique de Blizzard, le réalisateur LeVar Burton a fait appel à Mark McKenzie, musicien hélas trop peu connu et qui mériterait largement d’être placé sur le devant de la scène. Élève de Pierre Boulez et de Witold Lutoslawski, il s’est d’abord spécialisé dans l’orchestration et a travaillé avec certains des plus grands noms de la musique de film hollywoodienne : Bruce Broughton, Danny Elfman, James Newton Howard, David Newman, Alan Silvestri, John Powell, John Barry et même John Williams. Plus tard, après s’être lancé dans la composition, il s’est chargé de seconder Jerry Goldsmith sur ses dernières partitions, de 2001 à 2003, menant de front les orchestrations de Star Trek : Nemesis et l’écriture de Blizzard avec la bénédiction de son mentor. L’amitié entre les deux artistes a d’ailleurs donné lieu à un hommage très émouvant de la part du plus jeune lors de la mort du Maestro en juillet 2004, hommage retranscrit dans le livret du CD de Blizzard.

 

McKenzie est particulièrement remarquable pour son don unique de créer des mélodies enchanteresses et son talent particulier pour imprégner ses partitions d’une magie et d’une émotion qui vont droit au cœur. Ce jugement s’applique exactement à Blizzard qui, une fois encore, est l’exemple-type du film totalement anecdotique illustré par une musique au brio hyperbolique, s’affirmant finalement comme l’un des plus beaux fleurons du genre. À l’instar de Shirley Walker et de William Ross, autres orchestrateurs/compositeurs chevronnés, McKenzie fait partie de ces artistes au style difficilement identifiable et qu’on peut trop facilement accuser de copier ceux avec qui ils ont travaillé. En contrepartie, ils garantissent toujours une musique fort bien écrite et orchestrée, à la fois sophistiquée et efficace. Pour rendre justice à l’univers si spécifique, si américain des films de Noël, entre comédie et fantasy, magie et émotion, il fallait quelqu’un de vraiment talentueux : McKenzie remplit alors sa part du contrat avec une générosité et une sincérité qui forcent l’admiration.

 

Le bizarre Blizzard...

 

Le thème principal, exposé de manière flamboyante dans Blizzard Suite et dans Air Tag puis repris dans l’ensemble de la partition, est un must, un véritable hit utilisé depuis pour la cérémonie des Oscars et prouvant à quel point le style du compositeur reflète bien l’esprit de l’Americana. Fanfares glorieuses sans être pompières, mélodies sautillantes et pleines de tendresse, violons exaltés, chœurs merveilleux… L’alchimie est immédiate, la séduction, puissante, et l’énergie déployée fait décoller chaque morceau vers des hauteurs sidérales. Bien sûr, aucun cliché ne nous est épargné (clochettes de traîneau pour accompagner l’arrivée du renne, pizzicati lors des scènes comiques, clarinette malicieuse, déluge de cordes soyeuses et sentiments exacerbés en dernière partie), mais chacun est convoqué à bon escient et employé de façon toujours très touchante. Le moindre passage d’émotion est ainsi amplifié jusqu’à des proportions dithyrambiques et défie tout auditeur endurci de ne pas sentir monter les larmes.

 

Cela dit, jamais on ne peut accuser McKenzie de mauvais goût car il nous propose également bon nombre de séquences plus intimistes, mystérieuses et délicates, dont la beauté fragile évoque à merveille les émois et les rêves de l’enfance (sans parler du magistral morceau d’action Rescue, dont les élans impétueux et parfaitement maîtrisés témoignent de l’héritage de Jerry Goldsmith). Les volutes des harpes et des flûtes rappellent plus d’une fois les origines classiques du compositeur (on pense souvent à Tchaikovsky mais aussi à Mozart et à Haydn), garantie absolue de sérieux et de qualité, tandis que bon nombre de partitions incontournables de ses collègues – principalement John Williams, de Home Alone (Maman j’ai raté l’Avion) à Hook, et Alan Silvestri, de Richie Rich à Father Of The Bride II (Le Père de la Mariée II) – sont passées en revue pour le plus grand bonheur des afficionados. Édité par l’excellent label Intrada, hélas seulement à hauteur de 1000 exemplaires, Blizzard est donc une perle de lyrisme hautement enthousiasmante qui invite à (re)découvrir son auteur et à se plonger instamment dans la magie des fêtes de fin d’année.

 

Blizzard

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak