Antarctic Journal (Kenji Kawai)

L'inquiétant journal de Kenji Kawai

Disques • Publié le 04/01/2011 par

Antarctic JournalNAMGEUK-ILGI (2005)
ANTARCTIC JOURNAL
Compositeur :
Kenji Kawai
Durée : 59:51 | 22 pistes
Éditeur : Warner Music Korea

 

3.5 Stars

Alors que l’on pensait que Kenji Kawai avait exploré à fond le côté obscur de son écriture en travaillant sur la trilogie horrifique de Hideo Nakata (Ring, Ring 2 et Dark Water), il fait une expédition sur l’Antarctique dans un film pas tout à fait horrifique et pas du tout japonais. Antarctic Journal, du coréen Pil-Sung Yim, s’éloigne des kwaidan bien connus, mais s’offre une musique originale que l’on pourrait étiqueter comme étant un pendant poétique à Dark Water. La parenté réside dans l’utilisation des mêmes instruments, comme les cordes du groupe d’Akira Uchida ou le water drum, le désormais fameux instrument métallique que l’on remplit d’eau avant d’en frotter les tiges avec un archet. Mais la poésie (morbide) prend tout de même légèrement le pas sur la peur, non seulement parce que les stridences du water drum se font tout de même moins envahissantes et plus subtiles, mais aussi parce que le compositeur déploie son dispositif synthétique pour diffuser une ambiance moins menaçante et plus énigmatique, se rapprochant d’une musique contemplative comme le sont parfois celles de la trilogie Patlabor. Il est clair que Antarctic Journal laisse les synthétiseurs prédominer pour créer une atmosphère parfois éthérée et souvent tendue.

 

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L’ensemble s’avère très contrasté et ne manque pas de consistance pourvu que l’on aime se plonger dans des eaux un peu… glaçantes. Par exemple, le violoncelle joue dans Death Of The Briton une longue note très basse, apportant de la profondeur et une certaine tension dramatique, tandis que certains passages comme Flag ou la fin de Stormy Voice sont guidés par des percussions à la fois lointaines et résonnantes qui, en égrenant le temps, installent une pesanteur presque paralysante. A ce titre, le compositeur va plus loin avec Deja Vu, en minimisant l’accompagnement et en plombant le morceau sur ses trois minutes. Autre évolution instrumentale : alors que White Out fait gentiment vibrer les cordes pour provoquer de petits frissons, White Shadow laisse monter une boucle de chœurs synthétiques parfaitement tétanisante. Mais la partition ne se résume pas à d’inquiétantes montagnes russes, Kawai n’ayant pas négligé l’utilisation de thèmes, certes peu nombreux mais ciblant précisément leur but au sein de la narration.

 

Le disque s’ouvre sur un très beau thème chanté par une certaine Hyung-Joo Lim dont la voix éthérée est mêlée de nostalgie, voire de tristesse, le tout se révélant en fait assez grave dans le ton, par son évolution au sein du morceau mais également dans les deux reprises entendues plus tard dans White Desert et Ending Theme. Mais le thème principal n’est pas le seul : les cordes de Persuasion nous donnent un bref moment d’espoir et la fin de Great Insanity laisse s’installer un thème lent, également joué par les cordes mais perverti par le water drum. Un autre thème intervient dans le dernier quart de la bande originale, avec Do-hyung And Min-jae. Celui-ci commence de manière assez simple et surtout fragile car les notes avancent par groupes de quatre dans sa première partie synthétique pour déboucher sur un autre thème joué par les cordes et plus impliqué au niveau émotionnel. Au-delà des ambiances étrangement belles et quelque peu angoissantes dans l’évocation d’un milieu hostile, d’une menace insaisissable et de la défiance au sein d’un groupe, cette partition mystérieuse, même si elle est réellement glaciale, ne sacrifie pas l’émotion à l’oppression et interpelle grâce à cette tristesse tragique en filigrane.

  Antarctic Journal

Sebastien Faelens

Sebastien Faelens

Rédacteur
Cinéphile depuis sa plus tendre enfance, ce n’est qu’à ses dix-huit ans que Sébastien commence réellement à écouter la musique de film en dehors de son support. Effectivement, il s'écoulera de nombreuses années d’errements dans les vidéo-clubs de Beauvais à la recherche de films bien trop violents pour son âge, avant sa rencontre pendant ses études avec Vivien Lejeune, qui deviendra rapidement un ami et un premier guide passionné dans l’univers de la B.O. Puis c’est l’escalade : la rencontre avec Olivier Soudé, puis la participation aux magazines Dreams to Dreams et Cinéfonia finiront de rendre le jeune métalleux complètement accroc aux trames sonores, ce qui a longtemps conforté ses parents dans l’idée qu’il avait probablement des fréquentations peu recommandables malgré son apparente tranquillité. Mais le célèbre magazine périclite en 2006 et c’est après trois ans d’une retraite bien méritée qu’il reprend du service comme rédacteur puis secrétaire de rédaction d’UnderScores : les années ont passé mais la passion est restée intacte !
Sebastien Faelens