The Legend Of The Seven Golden Vampires (James Bernard)

The Bernard Horror Picture Shaw

Disques • Publié le 24/11/2010 par

The Legend Of The Seven Golden VampiresTHE LEGEND OF THE SEVEN GOLDEN VAMPIRES (1974)
LA LÉGENDE DES SEPT VAMPIRES D’OR
Compositeur :
James Bernard
Durée : 79:30 | 26 pistes
Éditeur : BSX Records

 

4 Stars

Les années 70, qui représentent encore aujourd’hui l’une des périodes les plus folles et outrancières du cinéma d’exploitation, auront assisté à l’émergence d’un phénomène bouillonnant, à lui seul emblématique de la frénésie consumériste qui s’était alors emparée du grand écran : le «ciné-karaté». Appellation fourre-tout destinée aux films de kung-fu en particulier et à la production hongkongaise en général, source inépuisable de calembours à l’usage d’une presse méprisante (karaté-le train, karaté-son coup) et illusoire planche de salut pour tous les genres ou studios en perte de vitesse. Dans le vain espoir de grappiller un peu du succès fulgurant de Bruce Lee, certains s’étaient en effet résolu à accommoder leurs maigres restes à la sauce soja. Le western italien, qui tirait ses dernières cartouches, a tenté sans grand succès de marier la mythologie de «l’Ouest latin» aux mystères et fantaisies martiales de l’Extrême-Orient. La légendaire compagnie Hammer, qui portait sur ses épaules presque tout le fantastique britannique, a quant à elle poussé l’expérience encore plus loin en alliant ses forces déclinantes à celles d’une autre prestigieuse société de production, la Shaw Brothers.

 

Peter Cushing dans The Legend Of The Seven Golden Vampires

 

Force est de constater que ce partenariat avec l’imposant studio de Run Run Shaw, généreux pourvoyeur de la vague anarchique du ciné-karaté, n’aura guère porté ses fruits avec, en tout et pour tout, deux malheureux titres mis en boîte. Le premier d’entre eux, The Legend Of The 7 Golden Vampires, tourné en 1974, est une tentative plutôt chaotique de réunir à l’écran nos bons vieux revenants occidentaux et leurs lointains parents chinois, les gyonshi, d’allure autrement plus sinistre. Au générique de ce film étrange se croisent donc vedettes de Hong Kong (l’acteur David Chiang, le maître-chorégraphe Liu Chia-liang) et piliers de la Hammer, tels Peter Cushing (séparé de son éternel comparse Christopher Lee), le cinéaste Roy Ward Baker et le compositeur James Bernard. Faisant fi des répréhensibles habitudes chinoises de piller sans vergogne les partitions hollywoodiennes pour offrir aux métrages locaux des scores de bric et de broc, Bernard a saisi au bond l’opportunité d’emmener ses habituels (et brillants) scores d’épouvante vers un horizon pas nécessairement neuf, mais riche de possibilités nouvelles. En résulte le sentiment parfois déroutant pour l’auditeur d’être en présence de la musique d’un énième Dracula réalisé par Terence Fisher, avant de se trouver soudain catapulté en plein cœur d’un film d’action survitaminé.

 

Les choses débutent pourtant d’une manière tout à fait traditionnelle et attendue avec Who Dares To Disturb, dont le gong sépulcral, les cordes agressives et l’inexorable crescendo de cuivres évoquent aussitôt les brumes épaisses d’une certaine crypte perdue aux confins de la Transylvanie (ce que les premières images du film révèlent très exactement, du reste). Un sentiment de familiarité que vient renforcer l’apparition triomphale du fameux motif du Prince des ténèbres, ces trois notes macabres popularisées plus de quinze ans auparavant par James Bernard lui-même dans Horror Of Dracula (Le Cauchemar de Dracula) de Terence Fisher, et qui font ici office de préambule au thème pareillement inquiétant des gyonshi. Mais, bien que la suite des réjouissances s’inscrive en plein dans ce canevas horrifique parfaitement rodé (violentes stridences et savantes montées de tension abondent au menu, donc), la cadence toujours plus frénétique à laquelle s’abandonne Bernard incline très vite à penser que ce dernier cherche, par une tonitruante fuite en avant, à se démarquer de nombreuses autres partitions de la Hammer handicapées par une approche trop sclérosée de l’épouvante, trop fertile en clichés.

 

The Legend Of The Seven Golden Vampires

 

Avait-on exigé en haut lieu que la musique arbore d’ostensibles couleurs chinoises ? Si oui, force est de constater que Bernard s’en est autant soucié que d’une guigne. Hormis le délicat Introducing Vanessa Buren, sobrement animé par une flûte solitaire, et la majesté grave de Legend Of Ancient China, la partition ne cède à aucun moment aux sirènes d’un exotisme de pacotille, tant dans les choix tout à fait classiques de l’instrumentation que dans une écriture assise sur des recettes éprouvées. Non, le vrai vecteur de l’originalité foncière de The Legend Of The 7 Golden Vampires est un fiévreux et omniprésent thème d’action, associé à David Chiang et ses frères chasseurs de vampire, qui se dessine pour la première fois dans Dracula’s Metamorphosis. Bardé de percussions en tous genres (xylophone et timbales s’y entrechoquent violemment), ledit thème impose ses cordes et cuivres déchaînés dans d’éreintants ostinatos, dont le dyptique The Siege Begins/The Battle Rages est sans doute l’exemple le plus virtuose. Bien sûr, James Bernard avait déjà prouvé par le passé son réel savoir-faire en matière d’action enlevée, même si la modeste ampleur des formations orchestrales qui lui étaient ordinairement allouées l’a sans doute empêché de donner, à ce sujet, l’entière mesure de son talent… Mais jamais, peut-être, on ne l’avait vu faire la démonstration de pareils dons rythmiques. Comme si la rapidité sans équivalent du cinéma d’action de Hong Kong avait happé le vénérable compositeur, trop heureux de délaisser, ne fût-ce qu’en partie, les sempiternelles landes inhospitalières, gousses d’ail et crucifix pour illustrer les exploits de guerriers émérites dans les décors pelés du Movieland, le fief de Run Run Shaw.

 

The Legend Of The Seven Golden Vampires

 

Le motif de Dracula (qui brille surtout par une étonnante discrétion tout au long de la partition) a beau clore presque immanquablement les débats lors du très bref End Credits, il ne parvient guère à leurrer sur la nature hybride d’une musique qui, sans jamais vraiment tourner le dos à la tradition gothique si chère à la Hammer, a su adopter avec une aisance désarmante le parti acrobatique et martial de la Shaw Brothers. On ne peut hélas en dire autant du film, foutraque et malhabile, en permanence écartelé entre possessions démoniaques et pugilats ultra-nerveux. La tentation est dès lors grande de voir dans l’existence du «Story Album» une ultime tentative de mettre sur un pied d’égalité ces deux pôles majeurs d’attraction. Avec pour toile sonore divers cris et bruitages et des portions entières du score de James Bernard (encore que certains passages semblent absents de l’album prétendument complet édité par BSX, notamment de paisibles variations autour du thème de David Chiang), le très distingué Peter Cushing prête son timbre furieusement britannique à un long monologue, qui résume sur un mode souvent emphatique les multiples péripéties du métrage. Rétrospectivement, ce texte résonne comme le chant funèbre d’une Hammer exsangue, qui voyait là sa fructueuse collaboration avec ses plus remarquables talents connaître ses derniers soubresauts. A l’instar d’un Cushing parti voir ailleurs si l’herbe était plus verte, Bernard ne devait plus jamais écrire la moindre note pour la société à laquelle il doit sa popularité, somme toute assez confidentielle mais inaltérable, auprès des amateurs d’ambiances lugubres et dévorées par les ténèbres. Et en dépit du film, triste conclusion au mythe cinématographique de la Hammer, le musicien pouvait éprouver une légitime fierté à l’égard de cette spectaculaire œuvre testament, qui réussit la gageure de brillamment résumer ses travaux passés sans pour autant s’embourber dans de pauvres auto-citations.

 

The Legend Of The Seven Golden Vampires

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse