It’s Alive (Bernard Herrmann)

Quand l'embryon part braconner

La décade prodigieuse • Publié le 03/01/2019 par

It's Alive CoverIT’S ALIVE (1974)
LE MONSTRE EST VIVANT
Compositeur :
Bernard Herrmann
Durée : 47:46 | 24 pistes
Éditeur : Film Score Monthly (2012)

 

3.5 Stars

 

Profession : pyromane. Il n’y a de prime abord rien de très sérieux dans la carrière de Larry Cohen, qui accumule caïds blacks, toqués de Dieu chancelant sous le joug d’extra-terrestres, gargouilles destructrices et yaourt diabolique comme autant de pochades d’adolescent monté en graine. Mais sous le glacis de la farce ronflent les flammes du bûcher auquel Larry le trouble-fête s’ingénia sans relâche à livrer les institutions américaines, qu’il conchie. Avec It’s Alive, c’est au tour de la sacro-sainte Famille blindée de sourires gluants de goûter à l’iconoclasme d’un plaidoyer criard pour la contraception. Même arrivé à la fin de sa vie, Bernard Herrmann la grande gueule ne pouvait qu’éprouver une féroce admiration pour une tête brûlée du genre de Cohen. Malgré tout, celui-ci ne foule pas l’humanité aux pieds, s’employant au contraire, avec l’aide de la viole d’amour dont le compositeur tire de funèbres soupirs, à peindre toute la détresse d’un père surpris par l’intensité de ses sentiments envers son horrible progéniture. Tant d’émotion trouble fait le prix secret de cette minuscule série B, où les agressifs sursauts de l’orchestre, pas ce qu’Herrmann a écrit de mieux il est vrai, cherchent autant à rivaliser de mordant avec les mâchoires meurtrières du petit monstre qu’à lapider les expérimentations souterraines d’une industrie pharmaceutique âpre au gainc.

 It's Alive

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse
  • The Vikings