Musiques de Cinéma pour Petites Oreilles

Et nos enfants alors ?

Disques • Publié le 15/06/2013 par

Musiques de Cinéma pour Petites OreillesMUSIQUES DE CINÉMA POUR PETITES OREILLES (2013)
Compositeurs : John Williams, Ennio Morricone, Henry Mancini, Francis Lai, Nino Rota, Vangelis, John Barry, Lalo Schifrin…
Durée : 76:00 | 26 pistes
Éditeur : Naïve

 

4 out of 5 stars

Il en est immanquablement quelques-uns parmi vous pour qui vivre intensément une passion, s’y adonner pleinement, implique de prononcer tacitement un vœu de célibat ou tout du moins de renoncer à toute velléité de fonder un foyer véritable. A ceux-là, d’emblée ce simple et aimable avertissement : à moins de vouloir choyer un filleul singulièrement réceptif ou, pourquoi pas, d’exercer un métier au contact d’enfants (animateur, professeur des écoles), cette chronique n’est de toute évidence pas pour vous. Aux autres par contre, pères et mères de famille, cette simple question : lequel (laquelle) d’entre vous n’a pas caressé, même subrepticement, l’idée d’initier sa descendance dans le secret espoir de voir l’un ou l’autre de ses enfants alimenter un jour à son tour le même feu que celui qui réchauffe votre cœur et illumine votre âme depuis tant d’années ?

 

A cet effet, on se souvient encore de la séduisante initiative de Gallimard Jeunesse qui, en octobre 2000 (il y a donc déjà treize ans !), faisait paraître dans sa collection Musique son Alphabet de la musique de film, un document pédagogique sous la forme d’un livre-CD impeccablement conçu derrière lequel on percevait indéniablement la patte de son auteur : en un peu moins d’une cinquantaine de pages et un programme audio somme toute relativement pointu, Stéphane Lerouge invitait notamment filles et garçons à partir de dix ans à découvrir, selon cette jolie formule, «vingt musiques de films pour rêver avec le septième Art» et, parmi elles, Le Mépris de Georges Delerue, Cyrano de Bergerac de Jean-Claude Petit, Un Singe en Hiver de Michel Magne, Microcosmos de Bruno Coulais ou encore Sylvie et le Fantôme de René Cloërec.

 

En cette année 2013, voilà que le label Naïve se penche à son tour sur le sujet par le biais d’un disque seul à destination, cette fois, des enfants dès l’âge de six ans. Cette nouvelle initiative prend elle-même place au sein d’une collection plus vaste dite «pour petites oreilles» qui fait aujourd’hui autorité dans le domaine des premières découvertes musicales. Après plusieurs volumes didactiques où un simple narrateur retrace d’une voix professorale les grandes dates de la musique classique, du jazz et du blues, du rock et de la soul ou de la musique du monde, le catalogue prit ensuite une tournure plus ludique en mettant en situation des dialogues entre un guide adulte et un ou plusieurs enfants. C’est ainsi par exemple qu’une mère feuillette avec sa fille un album photo consacré à sa carrière de danseuse étoile (Musiques de ballet pour petites oreilles), qu’une visite au château de Versailles s’agrémente d’une passionnante rencontre avec le responsable d’une exposition d’instruments anciens (Musique Baroque pour petites oreilles) ou qu’un chef d’orchestre profite d’une répétition pour décrire chaque section instrumentale à deux petits curieux (Les instruments de l’orchestre pour petites oreilles). Aux côtés d’autres titres consacrés pareillement à la musique de cirque, aux grands airs d’opéras et à la comédie musicale américaine, ces albums bénéficient de l’expérience et du savoir-faire de Jean-François Alexandre, enseignant et compositeur à qui l’on doit par ailleurs un joli lot de références pour la jeunesse disséminés chez plusieurs éditeurs, dont quelques disques-imagiers à succès (Chansons et comptines de notre enfance, de nos régions, L’imagier des bruits, des lettres et des mots, des chiffres et des formes…), la non moins excellente série de disques Fées Do Do (parfaite initiation aux instruments de musique) et une tripotée de contes et histoires mis en musique par ses soins. C’est dire à quel point la collection «pour petites oreilles» forme un ensemble hautement recommandable, et qu’on pouvait légitimement attendre beaucoup d’un volume dédié spécifiquement à la musique au cinéma.

 

La trame est une fois de plus très simple : un oncle venu des Etats-Unis profite de sa visite en France pour faire découvrir à sa nièce en un court week-end son métier de compositeur tout juste installé à Hollywood. Au programme donc, séances DVD et soirée pizza pour faire découvrir quelques « tubes » de notre répertoire favori : Star Wars (La Guerre des Etoiles), Once Upon A Time In The West (Il était une fois dans l’Ouest), The Pink Panther (La Panthère Rose), The Third Man (Le Troisième Homme), Love Story, The Godfather (Le Parrain), Chariots Of Fire (Les Chariots de Feu), en tout une petite dizaine de titres sensément incontournables qui sont autant de prétextes à aborder sur un ton badin différents sujets spécifiquement lié au septième Art et expliquer en quelques mots choisis ce qu’est un générique, un Oscar, un navet et un western spaghetti, mais aussi et surtout évoquer la relation liant compositeurs et réalisateurs, la comédie musicale, la question des accompagnements au temps du muet, le recours à la musique classique au cinéma, ce que signifie orchestrer et arranger, l’évolution des procédés mono et stéréophoniques, l’arrivée des synthétiseurs, la création du thème de James Bond ou les carrières des compositeurs John Williams, Ennio Morricone, Henry Mancini et Lalo Schifrin. Qu’on ne se méprenne pas : les notions abordées le sont d’une manière extrêmement succincte et excessivement simple, sans jamais perdre de vue qu’il s’agit de les rendre en priorité accessibles à des enfants dont le niveau scolaire se situe entre la toute fin de la classe de grande section de maternelle et les cours préparatoire et élémentaires. De ce point de vue le programme, d’une durée de 76 minutes tout de même, est sans conteste une réussite. Tout juste aurait-on pu espérer des échanges entre les deux protagonistes (Jean-François Alexandre lui-même et la jeune Capucine Fourleignie), par trop artificiels parfois, qu’il en émane la même espièglerie complice, quasi magique, que celle qui animait si bien le volume précédemment consacré aux comédies musicales américaines (avis aux amateurs, ce dernier est assez formidable). Ce n’est cependant ici qu’un détail.

 

Le seul véritable reproche, ou tout du moins le regret, prend pour nous autres passionnés valeur d’avertissement, et plus encore pour les puristes les plus intraitables qui devront faire fi de leur sévérité coutumière au moment de considérer l’achat de ce disque. Alors que les autres volumes de la collection ont en toutes circonstances bénéficié d’un soin particulier quant à la provenance des extraits musicaux présentés (enregistrements originaux même lorsque la qualité sonore accuse son âge ou, dans le cas des répertoires classiques, interprétations de bonne tenue issus du catalogue Naïve très riche dans ce domaine), on ne pourra s’empêcher de déplorer que celle des morceaux retenus ici est bien souvent très discutable. Une partie est en effet tirée du médiocre album CinéMusique à l’Olympia, datant de 2008, témoin discographique d’un concert parisien de triste mémoire par l’Orchestre Philharmonique de Prague, ce qui n’est finalement qu’un moindre mal lorsqu’on apprend que les autres sont carrément des réinterprétations particulièrement bon marché par le Hollywood Session Group et le Studio Group, à l’évidence des habitués des compilations de supermarché. Au bout du compte, outre l’évocation de Fantasia par l’intermédiaire d’un long segment du Sacre du Printemps par l’Orchestre National du Capitole de Toulouse (dirigé par Tugan Sokhiev), on ne comptera guère que deux enregistrements originaux, le James Bond Theme par le John Barry Seven et le célèbre Singin’ In The Rain fredonné par Gene Kelly.

 

Tous ces choix sont, on l’imagine volontiers, inhérents à la difficulté d’accéder sans se ruiner aux droits d’utilisation de versions plus officielles. La chose est sans doute très compréhensible en ces temps de frilosité financière au sein l’industrie du disque et il serait malvenu de s’en offusquer plus que de raison, d’autant que certains argueront également, et ils n’auront pas forcément tort, que des enfants de l’âge ciblé feront de toute façon fort peu cas de telles considérations. Gageons donc que chaque passionné aura à cœur de rectifier lui-même le tir plus tard, dès que l’occasion se présentera, en sortant de sa discothèque personnelle les enregistrements qu’il jugera lui-même les plus adéquats. En attendant, il ne saurait être question de bouder l’inestimable plaisir d’offrir à nos petits curieux en culottes courtes un disque qui a véritablement, quoi qu’on en pense, toutes les chances de les ravir. Qui sait ce qu’ils en feront…

 

Fantasia