Seiji Yokoyama (1935-2017)

Le compositeur des Chevaliers du Zodiaque a rejoint les étoiles

Portraits • Publié le 18/07/2017 par

C’est un quotidien de la ville d’Hiroshima, le Chugoku Shimbun, qui a le premier annoncé la triste nouvelle : le compositeur Seiji Yokoyama est décédé le 8 juillet dernier, des suites d’une pneumonie, à l’âge de 82 ans. Son nom vous dit-il seulement quelque chose ? Certainement, si vous êtes un passionné de culture japonaise et un adepte, en particulier, de la série animée Seinto Seiya, plus connue chez nous sous le titre Les Chevaliers du Zodiaque. La tentation est grande, d’ailleurs, de résumer une carrière toute entière à cette seule entreprise de longue haleine pour la Toei Animation et sur laquelle s’est presque entièrement bâtie depuis 1986 sa renommée internationale, lui apportant la reconnaissance d’une immense communauté de fans. L’œuvre de Seiji Yokoyama est pourtant d’une toute autre richesse, constituée d’innombrables projets de toutes natures.

 

Né le 17 mars 1935, il décroche son premier engagement professionnel à l’âge de 20 ans en tant qu’arrangeur pour le Tokyo Ballet Theater, alors qu’il est encore étudiant au conservatoire Kunitachi de la capitale japonaise, dont il sort diplômé en 1957. Il travaille alors, pendant des années, sur divers feuilletons radiophoniques, et compose également sa première musique de film en 1958 pour Yoru Ha Ore No Mono Da, produit par la Nikkatsu, avant de collaborer avec Seijun Suzuki sur Kaikyô, Chi Ni Somete (Le Détroit Couleur de Sang) en 1961. Au cours des années qui suivent, il signe de nombreux arrangements pour diverses productions, et écrit pour l’un des segments d’une importante émission éducative japonaise, Monoshiri Hakase, puis pour une série pour enfants, Appo Shimashima Gû, mettant en scène des marionnettes. Il rejoint entre temps les studios Mushi Productions de Osamu Tezuka en 1967 en tant que chef d’orchestre sur la série animée Ribbon No Kishi (Princesse Saphir).

 

Il compose plus tard pour trois courts métrages inspirés de l’œuvre du fameux mangaka : Wonder-Kun No Hatsu Yume Uchû Ryôkô (Le Premier Rêve de Wonder-Kun, le Voyage Intersidéral), Minami e Itta Misuke (Misuke s’en va vers le Sud) et Koori No Kuni No Misuke (Misuke du Pays des Glaces). Il supervise également les musiques de Isao Tomita pour l’animé érotique Senya Ichiya Monogatari (Les Mille et une Nuits) et arrange des chansons pour la célèbre série Kagaku Shinobu Monotai Gatchaman (La Bataille des Planètes). En 1973, il signe la partition du film de guerre Hyôsetsu No Mon puis, en compagnie de Tomita, les musiques des quatrième et cinquième saisons du drama télévisé Daikon No Hana. Il participe aussi à la deuxième série animée Konchû Monogatari Shin-Minashigo Hutchy (Le Petit Prince Orphelin / Micky l’Abeille) et, en 1977, au mecha animé Chôgattai Majutsu Robo Gingaizer.

 

Albator, le Corsaire de l'Espace

 

A partir de l’année 1978, Yokoyama met en musique l’univers de Leiji Matsumoto au travers du feuilleton radio Space Fantasy Emeraldas et surtout, bien évidemment, de la fameuse série animée Uchû Kaizoku Captain Harlock (Albator, le Corsaire de l’Espace). Malheureusement pour nous, ses musiques seront entièrement escamotées lors de l’adaptation et de la diffusion des épisodes en France. Les sollicitations s’enchaînent alors. Outre un super sentai nommé Honô No Chôjin Megaloman, divers long métrages, des documentaires, des émissions radios, entre bien d’autres choses, Yokoyama travaille notoirement en 1980 pour Yami No Teiô Kyûketsuki Dracula, un animé qui lui vaut alors de retenir l’attention de Yoshifumi Hatano. Ce dernier saura s’en rappeler, six ans plus tard, lorsqu’il s’agira de dénicher un compositeur pour sa toute dernière production, l’adaptation télévisuelle du shônen Seinto Seiya (Les Chevaliers du Zodiaque).

 

Fort de cette confiance, Yokoyama va y développer toutes les facettes de sa personnalité musicale, créant ce que certains n’hésitent pas à qualifier aujourd’hui de véritable « opéra rock », d’une richesse de styles faisant autant appel à la musique baroque et au romantisme wagnérien qu’à la pop et au hard rock, parcouru de mélopées irrésistibles portées par la voix de la chanteuse Kazuko Kawashima. Le compositeur mettra ainsi en musique les arcs Sanctuaire, L’Anneau d’Or, Hasgard et Poséidon ainsi que les films Seinto Seiya Gekijôban (Eris : la Légende de la Pomme d’Or), Seinto Seiya Kamigami No Atsuki Tatakai (La Guerre des Dieux), Seinto Seiya Shinku No Shônen Densetsu (Les Guerriers d’Abel) et Seito Seiya Saishû Seisen No Senshi-Tachi (Lucifer : le Dieu des Enfers). Certaines de ces musiques seront par ailleurs réutilisées en 2002, faute de moyens, lors de la création de la série Seinto Seiya Mei-ô Hâdesu-Hen (Saint Seiya : Hadès) avant que le film Tenkai-Hen Josô : Overture en 2004 ne donne au compositeur l’occasion d’écrire de nouveaux morceaux originaux.

 

Les Chevaliers du Zodiaque

 

Le succès immédiat et phénoménal de la série originale et l’impact de ses musiques vont encore booster un peu plus la carrière de Seiji Yokoyama. A la fin des années 80 et tout au long des années 90, il compose nombre de musiques pour des téléfilms policiers et de grandes sagas historiques, ainsi que pour les séries animées Chôjinki Metalder et Anime Sekai No Dôwa (Les Contes les Plus Célèbres), le long métrage d’heroic fantasy Xanadu – Dragon Slayer Densetsu, la comédie sentimentale Magical Tarurutokun (Tailulu le Magicien) ou encore Tokkei Uinsupekutâ (Winspector), une franchise des séries Metal Hero. Au début des années 2000, le compositeur quitte Tokyo et s’installe définitivement dans sa ville natale, Hiroshima, à laquelle il a d’ailleurs dédié quelques-unes de ses pièces musicales personnelles.

 

Car outre ses musiques pour l’image et la radio, Seiji Yokohama est aussi l’auteur de nombreuses musiques de concert dont une symphonie sur la nature et les oiseaux (Kotori No Symphony), une autre sur les insectes (Mushi No Symphony), une fantaisie pour orchestre de mandolines, le poème symphonique Yam Kinneret, un concerto pour violon et orchestre, et surtout plusieurs pièces mettant en avant l’un de ses instruments fétiches, le marimba : un divertimento (pour deux exécutants), un caprice avec piano, une rhapsodie avec saxophone… Il collabora par ailleurs plusieurs fois avec la compagnie théâtrale Ginga Tetsudô pour des adaptations pour enfants de Hansel et Gretel, Jack et le Haricot Magique et Le Magicien d’Oz.

 

Chapeau, Maestro.

 

Seiji Yokoyama

Florent Groult

Florent Groult

Rédacteur en chef adjoint
Né en 1974, originaire de Normandie, Florent Groult grandit au contact de la musique classique et, par trois coups de baguette (le King Kong de 1933, Forbidden Planet et Jaws) assénées au travers d'un écran TV, est touché assez tôt par la magie du cinéma. Il était sans doute inévitable que les deux finissent un jour ou l'autre par se conjuguer en une seule et même passion. Ce sera chose faite en 1993, à l'occasion de la sortie française du Dracula de Francis Ford Coppola. Fasciné dès lors par l’interaction entre musique et image qui lui révèle des horizons infinis de découvertes, il rejoint d'abord les membres de l’association caennaise CinéScores, contribuant modestement à leur fanzine et leur émission de radio sur une antenne locale (1994-1999), avant de participer à la création de l'association Colonne Sonore / L'Ecran Musical (1999-2002). En 2008, il co-fonde avec Olivier Desbrosses- UnderScores : le Magazine de la Musique de Film pour lequel il occupe depuis le poste de rédacteur en chef adjoint. En 2011, il contribue à l'ouvrage collectif intitulé John Williams : Un Alchimiste Musical (Editions L'Harmattan) et signe ses premières notes de livret pour le label spécialisé Music Box Records. Il devient par ailleurs cette même année membre de l'International Film Music Critics Association (IFMCA). La passion plus que jamais vivace, l'aventure continue aujourd'hui...
Florent Groult
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