Bandes originales : Georges Delerue

L'éloge de la légèreté

DVD & Blu-Ray, Portraits • Publié le 30/03/2012 par

Georges Delerue est le troisième compositeur auquel Pascale Cuenot et Prelight Films consacrent un film-portrait, après Gabriel Yared et Maurice Jarre. Projeté à plusieurs occasions lors de festivals ou de séances spéciales, le film sera prochainement disponible en DVD, une édition sans doute très attendue des amateurs et qui complète le documentaire Musique de Film : George Delerue réalisé en 1994 par Jean Louis Comolli, coproduit et diffusé à l’époque par Arte.

 

Simplicité, c’est peut-être le mot qui résume le mieux l’art de Delerue, musicien chez qui les notions de ligne et de transparence des textures sont essentielles, et qui se caractérise avant tout par sa lisibilité immédiate. Simplicité savante parfois, il est vrai, mais simplicité toujours. Pour rendre un juste hommage à un tel artiste, il fallait donc éviter l’emphase hagiographique qui caractérise parfois ce genre de réalisation. Les auteurs y ont en grande partie réussi en alternant des témoignages concrets centrés sur la personnalité du musicien et sa collaboration avec les réalisateurs. On découvre ainsi derrière l’artiste le portrait d’un homme attachant dont la vie se confondait avec son travail, et qui, pour reprendre les propos du réalisateur Bruce Beresford, «ne s’arrêtait jamais». Parmi les témoignages les plus intéressants, mentionnons ceux de Bertrand Blier, Yannick Bellon, Oliver Stone et bien sûr François Truffaut. Deux compositeurs français d’aujourd’hui, Alexandre Desplat et Fréderic Talgorn, évoquent également leur rencontre avec Delerue dans sa maison de Los Angeles. Desplat qui souligne d’ailleurs un aspect généralement ignoré dans sa manière de travailler : sa rapidité d’écriture.

 

Georges Delerue

 

L’un des mérites du film est aussi de revenir sur la période mal connue où Delerue travaillait pour le théâtre (de la fin des années 40 aux années 50) et ses rencontres avec Jean Vilar et Boris Vian. Et de mettre en avant un aspect moins connu de Delerue, le musicien expérimental, en tout cas ouvert à une certaine modernité, comme en témoignent ses musiques pour Quelque Part Quelqu’un de Yannick Bellon ou Police Python 357 d’Alain Corneau. On retiendra également le témoignage d’Agnès Varda à propos de la musique quasi improvisée de Delerue pour son film Documenteur, perdue à l’enregistrement puis reconstruite et rejouée (Delerue n’étant plus disponible) par Michel Colombier, ainsi que la séquence d’anthologie d’un Delerue déchaîné qui se lâche sur son piano dans le petit docu-fiction Don’t Shoot The Composer de Ken Russel (1966). Sous un angle plus technique, quelques séquences nous montrent le musicien au travail avec son monteur-son et en séance d’enregistrement, notamment pour Le Complot d’Agnieszka Holland.

 

Rendons grâce également à Prelight d’avoir pensé à inclure des extraits du très beau Premier Quatuor à Cordes (1948), œuvre d’un compositeur de 23 ans, interprété en 2010 par le Traffic Quintet. Delerue est en effet l’un des rares musiciens de cinéma à avoir très régulièrement écrit pour le concert tout au long de sa carrière. On regrettera simplement les allers-retours trop fréquents entre les différentes périodes de la carrière de Delerue et l’absence de fil conducteur apparent (pourquoi passer d’un témoignage de Beresford à la Nuit Américaine ?). Malgré ces détails, on doit saluer comme il le mérite le travail de Prelight qui nous offre ici un aperçu forcément incomplet mais néanmoins représentatif des différentes facettes de l’artiste. On attend donc avec impatience les prochains films de la série qui devraient être consacrés successivement à Lalo Schifrin, Bruno Coulais et Alexandre Desplat (Howard Shore étant également prévu ultérieurement).

 

Bandes Originales : Georges Delerue

Documentaire réalisé par Pascale Cuenot

Texte lu par Fanny Ardant

Prelight Films (72 min)

 

Stephane Abdallah

Stephane Abdallah

Contributeur
Mélomane professionnel, cinéphile bénévole, plumitif compulsif, critique expéditif, promeneur invétéré, apprenti dilettante, sarrusophoniste pervers, il dévore très jeune les critiques enthousiastes de Bertrand Borie dans l’Ecran Fantastique et découvre ainsi, médusé, les noms de Jerry Goldsmith, Georges Delerue et autres Arié Dzierlatka, dont les noms côtoient bientôt chez lui ceux de Stravinsky, Ravel et Bartok. Depuis, il n’a de cesse de convaincre un monde incrédule des beautés coruscantes de la musique d'écran, à grand renfort d’images audacieuses, de métaphores contrapuntiques, d’analyses fleuries et d’envolées pindariques.
Stephane Abdallah

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