Adventures Of Don Juan / Arsenic And Old Lace (Max Steiner)

Max et le Ferrailleur

Disques • Publié le 01/06/2020 par

Adventures Of Don JuanADVENTURES OF DON JUAN / ARSENIC AND OLD LACE (1948 / 1944)
LES AVENTURES DE DON JUAN / ARSENIC ET VIEILLES DENTELLES
Compositeur :
Max Steiner
Durée : 111:09 | 45 pistes
Éditeur : Tribute Film Classics

 

4.5 Stars

 

Max Steiner et Errol Flynn, c’était une histoire d’amour. Le compositeur a eu son nom accroché au générique d’un film de Flynn pas moins de 17 fois ! Pourtant, à l’origine, ce n’était pas lui qui était prévu par le studio pour mettre en musique les Adventures Of Don Juan. La Warner avait examiné les plus gros succès des films de Flynn (The Adventures Of Robin Hood et The Sea Hawk) et en avait déduit que le compositeur à engager était Erich Wolfgang Korngold. Ce dernier avait donné son accord, mais le film ne put se faire dans les délais prévus et, lorsque sa star principale fut enfin disponible, Korngold, lui, avait décidé de se ranger des voitures et de ne plus composer pour le cinéma. Diable ! Qu’à cela ne tienne, le studio se tourna donc vers l’un des géants de la musique de film de l’époque, celui qui collabora le plus de fois aux films de la vedette de Captain Blood (Capitaine Blood). Steiner, c’est un peu le Bruckner de la musique de film, un compositeur survolté dans son écriture, élaborant de mirifiques orchestrations pour des formations souvent massives. Également capable de grands élans romantiques, voire épiques, et d’une certaine finesse, comme le prouvent Gone With The Wind (Autant en Emporte le Vent) ou encore Casablanca, le compositeur semblait donc tout trouvé pour conter les aventures amoureuses et pleine de panache d’un Don Juan revu à la sauce hollywoodienne.

 

Le Don Juan selon Steiner, c’est tout d’abord un thème fougueux, héroïque et alerte, qui marque l’auditeur en quelques secondes dès le Main Title. Développé tout au long de la partition, en ralentissant ou accélérant le tempo (Adopting A Royal Escort), sur un ton aventureux très premier degré, voire majestueux (Meeting With De Lorca) ou de manière ironique, presque comique, ce thème se prête à toutes les situations tant il est malléable. Et comme il faut planter le décor rapidement, Steiner suggère le lieu de l’action, l’Espagne, par une mélodie caractéristique accompagnée des orchestrations idoines (violon chantant et romantique, guitare, castagnettes…) qui fleure bon le folklore andalou, sans verser dans le flamenco (superbe développement dans The Impostor Is Arrested). Et que serait l’Espagne médiévale fantasmée par Hollywood sans une bonne vieille habanera (Juan Presents Himself To The Queen et Paragon Among Queens et son lyrisme admirable) ? Les morceaux d’action, nombreux et virevoltants, reprennent bien sûr le thème de Don Juan, dans des cavalcades échevelées (Battle With The Press Gang), ou des coups de boutoirs héroïques (Captured In The Palace ou le superbe Duel With De Lorca où les cuivres et les percussions ne s’échangent pas que des amabilités !).

 

Adventures Of Don Juan

 

Ce splendide double album offre aussi, dans un genre totalement différent, une autre musique de Steiner : Arsenic And Old Lace. Déjà, pour ceux qui ne possèderaient pas les quelques secondes du fameux logo de Steiner pour la Warner, cet album est une curiosité. Ensuite, le compositeur s’amuse à faire des citations tout au long de sa partition, en premier lieu une utilisation d’une mélodie traditionnelle au ton un peu enfantin, There’s A Happy Land, Far, Far Away, et ensuite la très célèbre marche nuptiale de Wagner, qu’il agrémente à toutes les sauces, et s’amuse à en reprendre les quatre premières notes pour en faire le Love Theme du film ! Il est intéressant de noter que le film de Capra, qui dure près de deux heures, ne fait appel qu’à environ trente minutes de musique. Malicieuse, sautillante, mais parfois aussi un peu mystérieuse, la musique de Steiner sert admirablement bien le film. Stromberg et Morgan ont même retrouvé, pour l’occasion, une version non retenue pour l’ouverture du film, qui emploie une chanson-valse très célèbre dans les stades de Baseball des Etats-Unis, Take Me Out To The Ball Game. Peut-être pas la meilleure musique de Steiner, mais une petite sucrerie agréable, qui ne peut certes pas rivaliser avec la richesse de Adventures Of Don Juan.

 

L’orchestre symphonique de Moscou, sous la houlette de l’inépuisable William Stromberg et la reconstruction méticuleuse de la partition de John Morgan, fait feu de tout bois. Performance encore rehaussée par la prise de son digne d’éloges d’Alexander Volkov avec des crescendos vibrants d’intensité et des explosions de timbales complètement galvanisantes. Les 80 minutes de Don Juan valaient bien cela. Enfin, on ne peut passer sous silence le luxueux livret de près de 70 pages, richement illustré et documenté, qui offre, de plus, une analyse piste par piste de ces deux bandes originales. Superbe !

 

Arsenic And Old Lace

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez