The Innocents Abroad & Other Mark Twain Films (William Perry)

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Disques • Publié le 25/05/2020 par

The Innocents Abroad And Other Mark Twain FilmsTHE INNOCENTS ABROAD AND OTHER MARK TWAIN FILMS (2008)
Compositeur : William Perry
Durée : 69:49 | 35 pistes
Éditeur : Naxos

 

 

4.5 Stars

 

Aux USA, s’il y a un écrivain qui met à peu près tout le monde d’accord, c’est Mark Twain. De ce fait, rapidement, les chaines de TV ont mis sur pied une série de films autour des livres de l’auteur, et pas toujours les plus connus. L’honneur de mettre en musique ces petites vignettes tendres et sucrées, saupoudrées d’aventure, revint souvent au compositeur William Perry. S’il ne jouit pas forcément d’une aura internationale et que son nom n’est somme toute pas très populaire dans le cercle des amateurs de musique de film, ce n’est pas du tout la faute à sa musique, colorée, entrainante et même lyrique, mais plutôt à une discographie rachitique. Heureusement, le label Naxos, qui se fait fort de faire découvrir aux mélomanes aventureux des trésors perdus ou oubliés, est passé par là. Il a ainsi produit en 2008 un disque de 70 minutes consacré aux téléfilms basés sur les récits de Mark Twain.

 

William P. Perry, né en 1930, élève doué de Paul Hindemith (rien que ça !) a étudié la composition à l’université d’Harvard. Ses œuvres de concert ont rapidement joui d’une certaine renommée et furent jouées, entre autres, par de prestigieux orchestres américains comme le Chicago Symphony Orchestra ou le Saint Louis Symphony Orchestra, et également au Canada et en Europe. Perry s’intéressa ensuite à la composition pour de vieux films du cinéma muet américain et ses travaux attirèrent alors l’attention de producteurs. C’est ainsi que parmi une centaine d’œuvres pour le cinéma et le petit écran, on dénombre, chez ce compositeur, beaucoup de musiques écrites pour les films dérivés de l’univers de Mark Twain. Le disque produit par Naxos présente six musiques qui s’inscrivent dans ce cadre, toutes produites, ou presque, par PBS (avec le soutien financier de pays européens comme l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et la France). Ces musiques sont un condensé de ce que la télévision a suscité de mieux au service de l’écriture americana. Si, bien sûr, l’héritage des Copland et autres Grofé est prégnant dans sa musique, on pourra aussi noter quelques similitudes avec nos chers compositeurs de musique de film comme John Scott, Bruce Broughton et, surtout, James Horner. Il y a pire référence !

 

Si le disque ne commence pas par le film dont il tient le titre, c’est celui-ci, The Innocents Abroad, qui retient sans doute le plus l’attention. Les différents lieux de l’action (la Californie, la France, l’Italie, la Grèce ou encore l’Egypte) permettent au compositeur de brosser un tableau extrêmement pittoresque, aux limites du cliché, bien entendu, des situations que traversent les héros. Le film raconte, sur le mode un peu satirique, l’une des premières croisières reliant l’Amérique à l’Europe et à bord de laquelle se trouvait Mark Twain, chroniquant pour le journal qui l’employait alors les réactions des voyageurs visitant quelques-uns des plus grands monuments d’Europe. Perry utilise un thème central qu’il modifie au gré des orchestrations nécessaires pour dépeindre les endroits traversés avec une fraicheur et un enthousiasme assez plaisants, et parfois sur un mode dansant. Là une tarentelle à Naples, ici une barcarolle à Venise, là encore un can-can à Paris, sans oublier toutes les effluves hollywoodiennes de la représentation égyptienne. Des clichés certes, mais ô combien admirables dans la finesse d’écriture !

 

Cette finesse d’écriture et d’orchestration, on la retrouve dans les 18 minutes consacrées au superbement americana Adventures Of Huckleberry Finn, plein de vitalité et de malice par le biais d’un thème alerte pour ce chenapan de Huck Finn. Ce thème, amorcé par un harmonica vif, est repris ensuite par tout l’orchestre. C’est sans doute pour ce téléfilm que l’écriture à la Horner (Starting Downstream vous y fera immanquablement penser) est la plus immédiatement identifiable. The Raftsmen et son mélange de banjo, d’harmonica et d’orchestre est, lui aussi, d’une fraicheur à toute épreuve. Quand aux longues lignes mélodiques de Life On The Mississippi, elles vous rappelleront les accents americana de Fievel Goes West (Fievel au Far West).

 

L’album se conclut par une suite orchestrale et chorale de 15 minutes pour le téléfilm intitulé The Mysterious Stranger. Il raconte les aventures d’un apprenti imprimeur qui, dans son rêve, se retrouve plongé au temps de Gutenberg. Doté de pouvoirs magiques, il déjoue les plans d’une bande de malfaisants. William Perry convoque ici un grand orchestre symphonique, augmenté de quelques instruments pour faire médiéval (mais dont la création est bien postérieure à cette époque) comme le hecklephone (un instrument de la famille des bois, avec une anche double, qui s’apparente au hautbois), et d’une superbe chorale qui donne tout son potentiel dans un final éblouissant où elle entonne un mirifique « Ave Atque Vale, Quatuor et Quadraginta » (salut à toi et adieu, 44) pour le départ du héros, surnommé 44. On pense encore une fois à James Horner lorsque le chœur délivre la mélodie, sans mots, de manière totalement éthérée, et que l’orchestre vient ensuite l’épauler dans un crescendo sonore éblouissant.

 

On pourrait penser que, puisqu’il s’agit de productions TV des années 80, le budget musique est sans doute le parent pauvre de ces productions. A l’écoute de ce réenregistrement, on peut rapidement dire qu’il n’en est rien, au contraire. L’orchestre est conséquent et même agrémenté, parfois, d’une chorale d’une cinquantaine de chanteurs qui donne encore plus de volume à l’écriture déjà très dense de Perry. Le petit écran a souvent permis à des compositeurs de se surpasser et de compenser le peu de moyens mis à leur disposition par des trésors d’invention (Herrmann et Goldsmith en particulier). Ici, ce n’est pas la même démarche car Perry a souvent bénéficié d’un orchestre symphonique imposant. En revanche, si le compositeur ne déploie pas des trésors d’invention, son écriture, solide et enthousiasmante vous ravira. On peut le parier.

 

The Innocents Abroad

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez

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