The Quiet Man (Victor Young)

Fils de Pub

Disques • Publié le 17/03/2020 par

The Quiet ManTHE QUIET MAN (1952)
L’HOMME TRANQUILLE
Compositeur :
Victor Young
Durée : 45:33 | 16 pistes
Éditeur :
Scannan Film Classics

 

4 Stars

 

John Wayne, Maureen O’Hara et John Ford. Pouvait-on imaginer meilleur trio que ces cœurs 50% irish 50% yankee pour adapter à Hollywood The Quiet Man, nouvelle de Maurice Walsh contant le retour d’un boxeur dans son Irlande natale à la suite du décès de son dernier adversaire, et la rencontre amoureuse compliquée qui va en découler? Sorti en 1952, le film, un des préférés du réalisateur, glanera deux Oscars sur sept nominations. Cette gentille histoire, pourtant, ne convainc au départ aucun studio. Lorsqu’au bout de quinze ans d’efforts, avec l’aide de John Wayne, Ford parvient enfin à la faire produire par la Republic Pictures (plus connue pour ses séries B et petits budgets), c’est au prix de la réalisation – et du succès – d’un projet plus sûr, le western Rio Grande. Ford réunit alors une équipe d’habitués, quand ce n’est pas sa famille, et met son classique en boîte dans son Irlande originelle, mais aussi dans les studios californiens. Le succès de ce film, sa longévité, tiennent beaucoup à ses extérieurs colorés et à son caractère authentique, en dépit des images d’Épinal qu’il véhicule inévitablement. Steven Spielberg rendra d’ailleurs hommage au film de Ford au moins par trois fois : musicalement dans 1941 (l’utilisation du thème populaire The Rakes Of Mallow), dans E.T., puis de manière centrale dans War Horse (Cheval de Guerre).

 

En complément des indispensables chants traditionnels, les compositions de Victor Young, pour orchestrales qu’elles soient, participent pleinement à ce lá fhéile Pádraig (Saint Patrick’s Day) en Technicolor. Et pour cause, bien dans les canons de son temps, fusionnant Irish whiskey et bourbon, il ne se prive d’aucun emprunt au répertoire populaire irlandais, et fait de The Isle Of Innisfree (un tube encore chaud composé en 1949 par Richard Farrelly) son thème principal, pour atteindre son but : le vrai plus grand que le vrai, plus beau, plus excitant, l’authenticité telle qu’Hollywood la conçoit. L’exercice est du reste habituel pour un habitué du western, ce folklore constituant une grande partie du terreau musical américain. Sans recul ni chichis, fière comme un cœur d’irlandais, la musique de Young bat la mesure et lève sa pinte comme un vrai dublinois, ou presque, sans oublier de nimber les paysages verdoyants d’un lyrisme orchestral nostalgique, qui pour le coup – dans l’esprit – relève autant de ses origines juives-polonaises que de la verte Erin.

 

John Wayne et Maureen O'Hara dans The Quiet Man

 

À la sortie du film, Young réenregistre six extraits majeurs de sa musique pour un LP promu par deux reprises vocales de l’infatigable Bing Crosby, volontiers porté sur le goulot mais pas vraiment dans le ton. Réédité en CD par Varèse Sarabande (associé à Sansom And Delilah, Bing passant à la trappe), cet enregistrement reste remarquable, très bien interprété, techniquement bon tout en étant représentatif du son de l’époque (à chacun de juger si ça limite son intérêt ou lui donne du charme). Son écoute peut suffire pour apprécier le travail du compositeur, mais pour qui voudrait retrouver à l’écoute la richesse du film, cette suite d’arrangements coupée de ses sources chantées irlandaises constitue un ensemble trop peu idiomatique.

 

C’est à l’évidence une véritable bande-originale a posteriori qu’ont cherché à créer les producteurs de Scannán Film Classics en 1995, en enregistrant une version intégrale, estampillée « trèfle vert », de The Quiet Man, susceptible de reproduire toute la palette du film. Le compositeur-arrangeur anglais Philip Lane s’étant chargé de reconstruire la partition orchestrée par Young et Leo Shuken, Kenneth Alwyn dirige avec évidence le tout neuf Dublin Screen Orchestra, auquel viennent s’adosser les Dublin Pub Singers et la chanteuse Anne Buckley. L’orchestre relève le défi avec succès. Il sonne moins large que celui de Young, du fait d’une captation un peu plus matte et rapprochée, mais sa relative modestie semble être la bonne mesure pour ce projet. Si le résultat ne fera pas accourir les amateurs de gros son, il a le mérite de la clarté, de s’associer naturellement aux parties chantées, tout en montrant l’expressivité et la vélocité nécessaire – des morceaux comme The Race, Prelude To The Big Fight ou The Fight en bénéficient pleinement. Les reprises vocales n’égalent peut-être pas les originales (par nature irremplaçables), mais ont le mérite d’être présentes et de bien restituer l’esprit de cette musique irlandaise qui continue de charmer les foules, de cinémas en festivals celtiques. Un redux à savourer avec une pinte de ce-que-vous-savez.

  Quiet Man Photo 02

David Lezeau

David Lezeau

Rédacteur
Prenez une grande marmite. Disposez au fond des vinyles du Petit Ménestrel puis de Williams, Goldsmith, Rózsa et Herrmann, alternez avec du Dvorak, Mendelssohn et Rimski-Korsakov, saupoudrez de Simon & Garfunkel, Pink Floyd et Jean-Michel Jarre. Ajoutez une pincée de disco, faites fondre à feu doux. Tapissez d’exemplaires de Télé Junior, Yoko Tsuno, Blake et Mortimer, Strange, L’Écran Fantastique et Cinefex, de tickets de cinéma et de cartes de vidéoclubs, remplissez d’un épais nuage de pellicules Super 8 et 24x36, saupoudrezde maquettisme, d’hitchcockisme et de spielberguite aiguë avant de faire réduire. Laissez reposer quelques années. Enrichissez de CD d’Horner, Mahler, Sarde, Delerue, Schifrin, Chostakovitch, Morricone et d’autres selon vos goûts. Poivrez, salez, ajoutez une pincée de jazz, des arômes de Miyazaki, un zeste de Druillet, quelques peanuts et deux pieds nickelés, arrosez d’une grosse louche d’écriture dans laquelle vous aurez dilué des épices d’Azimov, Lovecraft et Ogawa, avant de réchauffer à feu doux. Servez bien chaud.
David Lezeau

Derniers articles de David Lezeau (voir tous ses articles)