House Of Frankenstein (Hans J. Salter & Paul Dessau)

La Maison de Tous les Dangers

Disques • Publié le 06/01/2020 par

House Of FrankensteinHOUSE OF FRANKENSTEIN (1944)
LA MAISON DE FRANKENSTEIN
Compositeurs :
Hans J. Salter & Paul Dessau
Durée : 55:34 | 35 pistes
Éditeur : Naxos

 

4 Stars

 

1937 : le compositeur de musique de film Hans J. Salter perçoit le danger que représente le Führer Adolf Hitler et décide de fuir l’Allemagne nazie. Dès lors qu’il arrive aux Etats-Unis, on lui confie nombre de productions Universal à mettre en musique. Ironiquement, presque toutes ont un caractère fantastique, narrant des histoires de scientifiques un peu fous cherchant à créer un surhomme ou des monstres dont même le IIIème Reich n’ose rêver. Même si Salter sait que cela constitue du pur divertissement à l’américaine, il traite chacun des films qu’on lui donne avec le plus grand sérieux.

 

1944 : la seconde guerre mondiale connait son tournant majeur avec le débarquement des alliés en Normandie. A la fin de l’année, même si elle résiste encore, l’armée allemande est affaiblie, devant en même temps se battre sur les fronts Est et Ouest de l’Europe. Le 1er décembre de cette année-là sort sur les écrans américains House Of Frankenstein. Universal, qui enchaine les succès avec ses films de monstres depuis près de dix ans, décide de monter un film où un scientifique (dont le nom laisse supposer qu’il est allemand, le Docteur Niemann, interprété par Boris « Frankenstein » Karloff) emprisonné dans un asile de fous, avec son dévoué serviteur bossu (l’excellent J. Carrol Naish), rêve de s’échapper pour poursuivre les travaux du Docteur Frankenstein. Un violent orage éclate et la foudre s’abat sur l’asile, libérant le Docteur et son fidèle complice.

 

House Of Frankenstein

 

Par un concours de circonstances quelque peu abracadabrantesque, les deux compères croisent la route d’un forain qui dit s’être emparé de la dépouille du Comte Dracula qui repose sur un peu de sa terre natale dans un cercueil, et qu’il montre à toutes les personnes qu’il rencontre dans les villages où sa roulotte s’arrête. Ni une, ni deux, le Dr Niemann décide de supprimer le forain et prend possession de son identité. Les voici sillonnant l’Europe afin que Niemann assouvisse d’abord sa soif de vengeance (en supprimant ceux qui l’ont fait interner) avant de se rendre au château de Frankenstein. Niemann, entretemps, libère Dracula du pieu qu’il avait dans la poitrine, mais l’infortuné ne fera qu’une courte apparition, le scenario décidant qu’après quelques gouleyantes gorgées de sang ce dernier se fera anéantir par les rayons du soleil matinal. Qu’à cela ne tienne, le Docteur Niemann poursuit sa quête et le voilà bientôt au pied du château de Frankenstein où sont emprisonnés dans la glace le monstre construit à partir de bouts de corps humains et… un loup-garou (incarné par le fascinant Lon Chaney Jr). Rapidement libéré, ce dernier prétend connaitre où sont cachés les manuscrits scientifiques du Docteur Frankenstein. Niemann voit le destin qui lui sourit enfin…

 

Si, on s’en rend aisément compte, le scenario du film n’est qu’un prétexte à réunir les plus beaux monstres d’Universal, le film est, quant à lui, tout à fait divertissant (si on laisse de côté certaines incohérences). Lorsque Salter débarque pour faire la musique du film, il rencontre le réalisateur et les producteurs qui tombent tous d’accord pour dire que le film doit être porté par le score et qu’il doit être quasiment omniprésent. La partition fera donc son office sur quelques 55 minutes des 70 que dure le film.

 

L’énergique Main Title rend un hommage un peu décalé à la cinquième symphonie de Beethoven, tout en donnant à entendre, rien que sur une vingtaine de mesures (!), trois thèmes distincts : celui de Dracula (quatre notes, clairement exposé dans Rendez-Vous With Dracula), celui du loup-garou (trois notes, entendu très clairement par la suite dans Wolf Man Revived) et un thème, plus élaboré, pour Daniel (le bossu, dont le spectateur se rendra compte qu’il est la véritable âme du film, ce que Salter avait bien compris) qui prend toute sa dimension dans Dan’s Love.

 

House Of Frankenstein

 

Dès cet instant les bases sont posées pour que la musique se développe sur ces trois thèmes principaux : la musique pour Dracula (menaçante et vaporeuse), celle pour le loup-garou (inquiétante, désespérée et agressive) et celle pour le bossu (à la fois paisible et furieuse dès que cela est nécessaire). Il existe également dans la partition un motif de trois notes pour le monstre de Frankenstein, mais il est souvent caché au sein de l’orchestre. On peut toutefois l’entendre distinctement à la fin du morceau The Monstruosities ou encore dans le surnaturel Death Of The Unholy Two, où le monstre s’échappe en portant un Docteur Niemann inconscient. Superbe scène, pleine de sens !

 

D’autres mélodies n’apparaitront qu’une seule fois dans la partition et sont plus illustratives de situations précises que centrées sur les personnages (comme par exemple dans l’invitation au voyage de Off To Vasaria). L’agressivité orchestrale de The World Beyond et Dracula Pursued est en partie due à la participation de Paul Dessau, venu épauler son collègue Salter, et n’est pas sans rappeler la rage de certains morceaux de Max Steiner dont, d’ailleurs, James Bernard s’inspirera quelque peu pour les films de la Hammer, et notamment Horror Of Dracula.

 

Il faut sans aucun doute saluer l’effort du label Naxos dans l’édition de petites pépites de ce genre et noter ici la redoutable précision de la direction d’orchestre de William Stromberg, aidée par une prise de son claire et enveloppante. Cette précision met en lumière l’incroyable travail de reconstruction de John Morgan sur certaines séquences, et la performance de l’orchestre symphonique de Moscou, passionnée et souvent pleine de fougue et de fureur.

 

House Of Frankenstein

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez