Christopher Columbus (Arthur Bliss)

Les Gars de la Marine

Disques • Publié le 27/01/2020 par

Christopher ColumbusCHRISTOPHER COLUMBUS (1949)
CHRISTOPHE COLOMB
Compositeur :
Arthur Bliss
Durée : 49:19 | 18 pistes
Éditeur : Naxos

 

4.5 Stars

 

En 1949, dans une interview datant de la sortie du film Christopher Columbus, Sir Arthur Bliss rapporta qu’il avait trouvé le projet intéressant (officieusement, bon nombre de scènes lui parurent involontairement comiques) mais qu’il était difficile de rendre une atmosphère ibérique avec des acteurs anglais et américains et que « c’est ce que la musique devait s’employer à restituer. » À l’écoute de ces 24 minutes réenregistrées par le Slovak Radio Symphony Orchestra, il est aisé d’affirmer que le pari est réussi. Bliss, par l’entremise d’harmonies faisant penser à l’Espagne de De Falla et d’une orchestration ad-hoc (tambourin, castagnette, cuivres altiers et cordes chaleureuses…), parvient en quelques mesures à plonger l’auditeur dans une Espagne telle que fantasmée outre-manche. Pour preuve, son Overture de presque cinq minutes qui présente le thème principal avec un certain panache sur un mode ternaire très entrainant. La deuxième partie du morceau est dédiée à une mélodie poignante pour hautbois, flûte et cordes, écrite dans le plus grand raffinement et avec beaucoup de sensibilité. The Commission, dans son utilisation des violoncelles, fait un peu penser à ce qu’un Michael Kamen aurait pu faire d’un tel sujet. Dona Beatriz donne l’occasion au compositeur de s’amuser avec quelques caractéristiques de la musique (à l’influence folklorique) espagnole de la fin du XIXème siècle, avec des trilles et autres cadences spécifiques, le tout présenté avec une certaine dose de noblesse.

 

Mais qui dit Christophe Colomb dit voyage épique en bateau, et c’est aussi là l’occasion pour Bliss de composer un morceau comme The Voyage Begins, superbement évocateur d’un bateau quittant le port de Palos, ou d’écrire une pièce d’action et de tension dans Mutiny avant que Land At Last ne fasse arriver les navires de Colomb dans les Bahamas. Rapidement, la tragédie reprend ses droits dans l’improbable Columbus Put Into Chains marqué d’un lento très solennel. Solennel, le Return To Spain l’est encore plus, avec cette fois des cuivres glorieux et des cordes enjouées. L’œuvre originale fut enregistrée sous la direction de Muir Mathieson en 1949, mais ne connut jamais les honneurs d’une édition discographique jusqu’à ce que le label Naxos et le chef d’orchestre Adriano ne s’y attèlent.

 

Fredric March dans Christopher Columbus

 

Le CD edité par Naxos en 2009 comprend également une suite pour orchestre tirée du film Seven Waves Away (alias Abandon Ship aux USA et Pour que les Autres Vivent en France), produit en 1956 avec Tyrone Power et qui est, à raison, tombé dans l’oubli aujourd’hui. Il dépeint la survie d’un groupe de personnes dans un canot après le naufrage de leur bateau. La musique, très expressive et empreinte d’un certain classicisme, n’a apparemment pas survécu dans son intégralité et on ne trouve aujourd’hui que trois morceaux de la partition (ici rassemblés sous forme de suite orchestrale vigoureuse et très évocatrice du drame subi par les personnages).

 

Le disque se termine par cinq morceaux issus du film Men Of Two Worlds de 1945. Le premier est une pièce de concert (qui ne figure pas dans le film sous cette forme) de sept minutes pour piano, chœurs et orchestre, solidement composée et qui présente un thème qui sera repris, avec quelques variations, dans les morceaux suivants. En dehors de ces pages de partition, la musique du film, comme beaucoup d’autres à cette époque, demeure introuvable et a peut-être définitivement disparu, ce qui fait de ce réenregistrement un petit trésor en soi. Kisenga’s Family conserve une nature anglaise un brin aristocratique et fait parfois penser, dans le traitement des cordes, à ce que pouvait écrire Bernard Herrmann pour ce genre de drame, tandis que Village Fire évoque une variation lente du motif de la cinquième symphonie de Beethoven et que le Finale, avec son chœur masculin, conclut avec brio un CD au contenu riche, dynamique et superbement orchestré.

 

Fredric March dans Christopher Columbus

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez

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