The Plow That Broke The Plains / The River (Virgil Thomson)

Americana Way Of Life

Disques • Publié le 22/11/2019 par

The Plow That Broke The Plains / The RiverTHE PLOW THAT BROKE THE PLAINS / THE RIVER (1936 / 1938)
THE PLOW THAT BROKE THE PLAINS / THE RIVER
Compositeur :
Virgil Thomson
Durée : 55:31 | 21 pistes
Éditeur : Naxos

 

4.5 Stars

 

1929 : le grand krach boursier du tristement célèbre Jeudi Noir plonge les USA dans un marasme économique sans précédent. Pendant cette Grande Dépression, le chômage et la pauvreté explosent. Roosevelt, fraichement élu en 1933, décide de mettre en œuvre un grand plan de remise à flot de l’économie américaine, baptisé New Deal. C’est dans ce contexte que naissent les deux documentaires de Pare Lorentz, jusqu’ici critique de cinéma, qui sont, en quelque sorte, des œuvres de propagande pour vanter les mérites du New Deal. Ces films ne comportent aucun bruitage et le son n’est constitué que d’un commentaire vocal (souvent poétique) et d’une musique orchestrale de Virgil Thomson.

 

Pour The Plow That Broke The Plains, exercice éducatif lyrique, à la fois pratique et esthétique, incorporant une histoire des grandes plaines des premières campagnes de bétail et de transhumance à la sécheresse qui sévissait alors depuis plus de six années, le réalisateur convainquit l’administration américaine de financer son documentaire. C’était, selon lui, un bon moyen de justifier le programme d’aide américain en faveur des familles victimes à la fois de la Grande Dépression et des désastres naturels qui s’abattaient alors sur le pays. Mais le budget était limité et, quand fut venu le temps de chercher un compositeur pour le film, on recommanda au réalisateur de contacter Virgil Thomson. Ce dernier, pragmatique, lui demanda : « Quel budget avez-vous pour la musique ? » Lorentz lui répondit : « Si on met de côté les coûts inhérents des musiciens, du chef d’orchestre et de l’enregistrement, au mieux, il me reste 500 dollars… » Et Thomson de répondre : « Bien. Je n’ai jamais eu pour habitude de prendre plus que ce que les gens pouvaient me donner. » La réponse amusa et enchanta le réalisateur et Thomson fut engagé. Le compositeur livra alors une musique dans le plus pur style americana et Aaron Copland, d’ailleurs passé maître en la matière, en dira le plus grand bien. Il faut noter ici que, dès cet instant, d’un point de vue purement historique, Copland fut assez influencé par Thomson jusque dans les années quarante. 

 

The Plow That Broke The Plains

 

La musique composée pour The Plow That Broke The Plains est conçue pour un orchestre d’environ 40 musiciens auxquels s’ajoutent, pour les besoins de certaines scènes, un saxophone, une guitare, un banjo et un harmonium. Très illustrative mais ne versant jamais dans le mickey mousing, la partition débute par un Prelude de quatre minutes, avec une citation des quatre premières notes de La Marseillaise sans que l’on sache si cela a été sciemment voulu par le compositeur. Peut-être était-ce là un clin d’œil de Thomson à l’arrivée au pouvoir du Front Populaire en France, qui faisait comme un écho au New Deal de Roosevelt ?  Le reste de la partition oscille entre envolées bucoliques et un sens de la dramaturgie soulignant la dure vie des fermiers de l’Ouest. Une suite orchestrale avait été repensée par le compositeur en 1946 pour un enregistrement chez RCA, mais il aura fallu attendre Naxos en 2005 pour avoir un réenregistrement de la partition complète.

 

Pour le second documentaire de Lorentz, sobrement intitulée The River, le réalisateur fit encore appel à Virgil Thomson. Cette fois, il s’agissait de démontrer au peuple américain la nécessité de contrôler les crues et inondations qui sont la cause de divers ravages et famines, notamment autour du Mississipi, et de créer un système de barrages pour capter l’eau. Thomson écrivit une œuvre encore une fois empreinte d’americana en ajoutant de-ci de-là quelques touches de blues et de jazz symphonique. On y trouve également quelques citations d’airs folkloriques américains comme le célèbre There’ll Be A Hot Time In The Old Town Tonight. Après un très court Prelude, le compositeur développe ses idées notamment dans les très harmonieux First Forest et dans A Big River avant de laisser parler toute l’élégance et la puissance évocatrice de sa musique dans un superbe Floods de plus de sept minutes.

 

La qualité de la direction d’orchestre d’Angel Gil-Ordonez permet aux deux scores de Thomson de briller encore un peu plus. La musique, de prime abord, n’est pas d’un accès facile mais fourmille souvent de petits détails d’orchestration qui en font tout le sel. C’est une partition, certes proposant des plages plus accessibles, souvent à caractère bucolique, qui demande un effort de concentration à l’auditeur. Mais une fois accepté ce postulat, vous pourrez goûter aux charmes tour à tour discrets et lyriques de cette musique aux multiples parfums évocateurs de l’Ouest américain des années 30.

 

The Plow That Broke The Plains

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez