The Big Country (Jerome Moross)

L'Ultime Frontière

Disques • Publié le 29/11/2019 par

The Big CountryTHE BIG COUNTRY (1958)
LES GRANDS ESPACES
Compositeur :
Jerome Moross
Durée : 54:46 | 18 pistes
Éditeur : Silva Screen Records

 

5 Stars

 

Malgré son incroyable distribution technique et sa pléiade de stars, The Big Country n’a jamais été considéré comme un des westerns marquants de l’histoire du cinéma. A tort ou à raison. Car il faut bien dire, en effet, que le film fleuve de William Wyler souffre de plusieurs maux : une direction d’acteurs un tantinet molle, un scenario qui s’étire trop et un problème de rythme constant. En revanche, parmi les points de satisfaction, on peut mentionner, sans se tromper, la formidable musique de Jerome Moross ! En 1958, l’année où on lui confie The Big Country, il n’a alors que relativement peu d’expérience dans le domaine de la musique pour le grand écran. Comme Herrmann, avec qui il a lié une solide amitié, il a fait ses armes avec des pièces radiophoniques et quelques épisodes de séries TV. Mais son CV, si l’on peut dire, s’arrête là à cette époque. Et d’ailleurs, peu de films viendront l’enrichir par la suite. Jerome Moross est, aux USA, au moins aussi connu pour ses œuvres de concert que pour ses musiques de films.

 

Le petit Moross, né à Brooklyn en 1913, s’approprie rapidement le piano qui traine chez ses parents (qui n’ont par ailleurs aucune formation musicale). Ces derniers repèrent très vite le don de leur enfant pour la musique. Il poursuit alors des études musicales à la célèbre Juilliard School of Music. Sa première composition orchestrale, Paeans, est dirigée en 1929, année de la Grande Dépression, par son ami Bernard Herrmann. Elle est accueillie plutôt favorablement, et lui permet de faire quelques rencontres capitales dont l’une d’elles va le mener à être le pianiste de George Gershwin entre 1935 et 1938, notamment pendant les représentations de Porgy & Bess. En 1938, il monte son premier ballet et en 1943, alors qu’il fait quelques travaux d’orchestration de musiques de films pour Copland et Friedhofer notamment, sa première symphonie est donnée à Seattle et, là encore, elle remporte un beau succès. A partir de 1948, il enchaine plusieurs projets de cinéma, mais sa popularité grandira de manière spectaculaire avec sa musique pour The Big Country en 1958, qui lui vaut par ailleurs d’être nommé à l’Oscar de la meilleure musique de film. Mais Moross avoue rapidement qu’il a du mal à se faire à ce milieu hollywoodien où tout prend feu et s’éteint en quelques secondes, c’est pourquoi, une fois marié, il décide de s’établir à New York plutôt  qu’à Los Angeles. Il n’y retourne que lorsqu’on lui propose un film qui l’intéresse et qui lui permet également de vivre de son métier (jusqu’à sa mort en 1983, il n’eut de cesse de composer principalement de la musique en dehors du cinéma).

 

Gregory Peck dans The Big Country

 

Le score de The Big Country connut un grand nombre d’édition, principalement en LP, de 1958 à nos jours, mais c’est le label La-La Land Records qui, en 2007, éditera une version complète de l’enregistrement d’origine. Si la qualité sonore, pour des bandes de cette époque, est assez satisfaisante, elle ne peut cependant pas rivaliser, sur ce plan au moins, avec le réenregistrement du Philharmonia Orchestra dirigé par le controversé Tony Bremner (Maurice Jarre lui reprocha officiellement pendant longtemps une interprétation « infidèle » de Lawrence Of Arabia, alors qu’officieusement il s’agissait sans doute d’une divergence d’opinion sur les orchestrations de Christopher Palmer). Le chef d’orchestre y conduit l’oeuvre de Moross avec une grande fougue et une précision assez remarquable.

 

Comme beaucoup d’autres musiques de western, le score utilise la gamme pentatonique (5 notes au lieu de 7). Par exemple, habituellement, dans une gamme de Do pentatonique, on enlève le Fa et le Si. Moross préfère ôter le Si et le Mi dans la plupart des mélodies qu’il utilise dans le film. Voilà ici, grossièrement résumé, la première spécificité de cette musique (on en trouve un très bel exemple dans le bouillonnant et lyrique The Welcoming qui confine à la jubilation). L’autre caractéristique de ses compositions sur ce projet est la relative simplicité de ces harmonies, presque toujours a-chromatiques. A cela s’ajoute un élément peu noté par les observateurs: elle n’a pas de leitmotiv ! Chaque scène nécessitant de la musique a sa propre mélodie ou presque, qui n’est pas attachée à un personnage, quel qu’il soit. Ce qui en fait une musique de western très atypique. Bien entendu, cela n’empêche pas Moross de jouer de certaines variations sur les mélodies emblématiques de la partition, selon les besoins des différentes scènes.

 

Outre le Main Title et The Welcoming, plusieurs morceaux sont remplis d’adrénaline et parfois même d’une puissance assez déconcertante (surtout si on regarde les scènes pour lesquelles ces pièces ont été composées !). Par exemple, le rythme d’abord relativement lent mais implacable de The Raid & Capture explose dans un crescendo sonore assez sensationnel en fin de piste, merveilleusement rendu par Bremner avec l’aide de l’excellent Mike Ross-Trevor derrière la console. Alors certes, pour les complétistes, cet album ne peut pas, en soi, être satisfaisant car il laisse de côté environ 17 minutes par rapport à l’édition La-La Land. Mais, en termes de satisfaction d’écoute, ce réenregistrement va bien plus loin. Même à l’aune des standards sonores d’aujourd’hui, il brille encore par sa puissance, sa clarté et sa précision. Un indispensable !

 

The Big Country

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez