The Captive Heart (Alan Rawsthorne)

En plein cœur

Disques • Publié le 25/10/2019 par

The Film Music Of Alan RawsthorneTHE CAPTIVE HEART (1946)
J’ÉTAIS UN PRISONNIER
Compositeur :
Alan Rawsthorne
Durée : 72:27 | 24 pistes
Éditeur : Chandos

 

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Réalisé au sortir de la seconde guerre mondiale, The Captive Heart narre l’histoire (basée sur des éléments avérés) d’un capitaine de l’armée tchécoslovaque qui, pour échapper aux nazis et rester en vie, prend l’identité d’un officier britannique mort au combat. Pour assurer son imposture, il entame une relation épistolaire avec la veuve de celui-ci en se faisant passer pour son mari. Après une tentative d’évasion ratée, à la fin de la guerre, alors que le camp est libéré, il entreprend de rencontrer la veuve et de lui avouer la supercherie. Dévastée à l’annonce de la mort de son mari, la veuve congédie l’imposteur qui lui avoue cependant être tombé amoureux d’elle. Quelques temps plus tard, alors qu’elle lit à nouveau les lettres de l’officier tchèque, elle se rend compte qu’elle aussi est tombée amoureuse de cet homme. Voilà le tableau, sommairement brossé, d’un de ces nombreux drames qui furent tournés par les alliés au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ces petites productions, faites en grande partie pour divertir et redonner le moral aux anglais, certes victorieux, mais qui ont beaucoup souffert de cette guerre, font appel au patriotisme et aux bons sentiments. The Captive Heart, film qui aurait pu paraitre un peu mièvre, est en réalité une œuvre, certes mineure, qui oscille avec un certain bonheur entre film de guerre, drame et romance.

 

La musique du film est confiée à un certain Alan Rawsthorne. Né en 1905, en Angleterre, il se passionne tôt pour la musique et s’inscrit au Royal Manchester College of Music où il a l’occasion d’étudier le piano et le violoncelle jusqu’en 1930. Puis, il continue sa formation quelque temps à l’étranger et revient ensuite en Angleterre où il devient enseignant. Sa première œuvre symphonique connait, en 1939, un beau succès au festival de Varsovie. Mais la seconde guerre mondiale éclate et il est obligé de servir dans l’armée de Sa Majesté. A la fin des hostilités, Rawsthorne se consacre entièrement à la composition, sous diverses formes et en particulier à la musique de film (au total 27 long-métrages). Les critiques et contemporains du compositeur louèrent tous la qualité de ses compositions, quel que soit le support (musique de commande ou non), en mettant en exergue la finesse de son écriture et la clarté de ses compositions orchestrales.

 

Le label anglais Chandos Movies s’est fait une spécialité de sortir de l’ombre des musiques de compositeurs (souvent, pour la plupart, britanniques) injustement oubliés par les maisons de disques. Alan Rawsthorne ne déroge pas à cette règle et The Film Music Of Alan Rawsthorne est une vraie aubaine pour tous ceux qui ne seraient pas familier avec l’œuvre de ce compositeur aussi modeste que lucide et exigeant. Le disque met en lumière quelques œuvres importantes et représentatives du style de Rawsthorne avec notamment 18 minutes tirées de la partition pour The Captive Heart, arrangées par son orchestrateur attitré Gerard Schurmann. Si la tonalité globale de la partition est clairement celle d’une musique d’époque pour un drame de guerre, il y a aussi quelques morceaux mélancoliques et d’une grande finesse comme Poignant Memories, où des prisonniers se remémorent leur vie d’avant-guerre auprès de leur famille et amis. Letters From Home et Emotional Meeting sont également deux parfaits exemples du lyrisme dont pouvait être capable Rawsthorne. Les morceaux plus robustes, un brin patriotiques parfois, Introduction, Escape Attempt ou le vigoureux VE Day, démontrent une belle maîtrise de l’orchestre et un certain sens de ce que l’image a besoin pour transcender les émotions. Le réenregistrement par le BBC Philharmonic sous la direction de Rumon Gamba est d’une grande précision. Mais il faut noter ici que le rendu sonore fait toujours, dans cette collection, la part belle à une expression de concert avec une prise de son un brin distante parfois, qui oblige l’auditeur à pousser un peu le volume pour bien bénéficier de l’ensemble des détails et de la dynamique. Néanmoins, le disque, très bien produit, est tout de même fort digne d’intérêt.

 

The Captive Heart

 

Christophe Maniez

Christophe Maniez

Rédacteur
Alors à l'orée de l'adolescence, au début des années 80, le jeune Christophe découvre à la télévision, coup sur coup, deux chefs d'œuvre qui marqueront son esprit à jamais. Le premier, Rocky, fait naitre en lui la jubilation par les mélodies riches en émotion de Bill Conti, devenu maintenant un de ses compositeurs fétiches. Le second, Vertigo d'Alfred Hitchcock, le plonge dans la musique du géant Bernard Herrmann, par le biais d'une partition pleine de mystère et de romance. Puis c'est l'escalade : il est tellement absorbé par la puissance des plus belles pages de la musique de film qu'il en vient à étudier de plus près le solfège et la composition (en quasi autodidacte, d'où son niveau plutôt moyen). Durant les mois suivants, il découvre John Williams et son Return Of The Jedi au cinéma. Transporté par la musique, il devient rapidement fan de ce compositeur. Son cercle de connaissances s'élargit et il en vient, plus tard, à admirer James Horner (un autre de ses compositeurs préférés) et Franz Waxman, notamment. Et puis, en 1989, c'est la claque : alors que tout le monde s'éclate sur la Bat Dance de Prince, il n'a d'oreille que pour les notes du Batman de Danny Elfman (par ailleurs, un des premiers CDs qu'il achète). Depuis lors, son amour pour la musique du compositeur attitré de Tim Burton ne s'est jamais démenti. Aujourd'hui, Christophe erre dans les couloirs obscurs d'UnderScores où il peut disputer le bout de gras avec d'autres êtres atteints du même syndrome que lui. Et l'aventure continue...
Christophe Maniez