World Trade Center (Craig Armstrong)

Ground Zero

Disques • Publié le 09/09/2016 par

World Trade CenterWORLD TRADE CENTER (2006)
WORLD TRADE CENTER
Compositeur :
Craig Armstrong
Durée : 57:14 | 18 pistes
Éditeur : Sony Classical

 

3 Stars

Qu’est-il arrivé à Oliver Stone ? Stone l’engagé, Stone l’enragé. Où est le Stone politisé et formaliste ? Autant de questions que l’on est en droit de se poser à la vision de ce World Trade Center bien sinistre. Le sujet pouvait cependant être – dans la limite d’une humilité nécessaire – source de scènes fortes. Certains plans urbains dans les premières minutes du film, ou ce Manhattan plongé dans une neige de papiers (rappelant le krach de 1929) sont des séquences qui pourraient prétendre à une certaine poésie. Mais un sujet aussi incroyable, connu de tous, ne peut trouver au cinéma qu’un palliatif désavantageux. Même s’il affirme ne pas avoir eu les coudées franches pour réaliser le film qu’il avait en tête, ce que Stone laisse entrevoir ne présage aucunement de ce que World Trade Center aurait pu être. Et le cinéaste d’accoucher d’un authentique nanar. Avec un scénario faiblard et des dialogues qui sonnent comme une parodie, les carences de la mise en scène ne semblent que plus flagrantes. Un film sans envergure, des champs-contrechamps insipides entre des personnages caricaturaux, en montage parallèle de l’attente et de la souffrance des familles. Sans parler de cet ancien marine à qui Dieu demande de revenir aider les siens, ou d’un Christ de Krypton avec une bouteille d’eau pour seul sceptre. Un volcan s’éteint, un être s’éveille…

 

Une histoire de courage et de survie, sous-titre l’affiche. La musique se veut donc élégiaque : longues nappes de cordes tenues, notes de piano égrénées, chœurs diffus. Le World Trade Center Theme d’Armstrong apparaît, dans sa version violoncelle, comme un hymne à ceux qui sont tombés, imposant par son rythme une indéniable solennité. Si la forme adagio fonctionne bien, on reste toutefois dans un Craig Armstrong attendu (Marine Arrives At Ground Zero), certes toujours excellent dans son pupitre de cordes (Elegy). La partition, répétitive mais cohérente, gagne à l’évidence en écoute isolée. La musique, épurée, y révèle ses détails, sa finesse d’orchestration, loin du maniérisme forcené et lourdement mélodramatique qu’elle applique à ce film déjà démonstratif. Elle y révèle aussi ses limites, comme son manque de progression dramatique, si bien que l’on peut difficilement identifier les pistes les unes des autres. La deuxième mélodie, basée sur un motif de trois notes, s’il elle parvient à dresser une intéressante continuité entre recueillement et héroïsation (John Rescued / Resolution), est néanmoins répétée à de multiples reprises, comme si le courage et la survie vendus sur l’affiche devaient être clamés encore plus fort.

 

Peut-être que le plus réussi dans World Trade Center est finalement son affiche, cousine du Grand Canyon de Lawrence Kasdan. Le visuel offre une grandeur, une relativité aux éléments, que le film d’Oliver Stone ne parvient jamais à atteindre. Les rivières de larmes n’éteignent pas les incendies, et trop de reniflement tue l’émotion. Un pathos si pataud que, de manière fort éhontée, on en vient à se moquer éperdument ce ce qui se déroule à l’écran. En derniers recours, écouter la partition de Craig Armstrong devant un écran noir, afin que chaque spectateur puisse y greffer ses propres images, dans la cristallisation comme dans le fantasme, reste l’alternative la plus judicieuse. Car ce 11 septembre-là, le réel a plongé le monde par-delà la fiction. Chacun a vu ces images, les fictionnaliser ne peut qu’en atténuer la force, voire l’horreur. Ce qui est arrivé à Oliver Stone, c’est d’avoir oublié qu’un autre film sur le World Trade Center avait déjà été réalisé. Plus intense. Plus dramatique. Plus inéluctablement mémorable. Clinique et visceral. Par un metteur en scène connu et reconnu de tous : CNN.

 

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