Early Works (Abel Korzeniowski)

De la scène à l'écran

Disques • Publié le 19/02/2016 par

Early WorksEARLY WORKS (1996-2005)
Compositeur : Abel Korzeniowski
Durée : 107:07 | 32 pistes
Éditeur : Caldera Records

 

 

5 Stars

Abel Korzeniowski est sans conteste l’un des compositeurs les plus populaires à avoir émergé au cours des dernières années. Le grand public le découvre en 2009 avec son score intime, poétique et passionné pour A Single Man, mais c’est la célèbre série TV Penny Dreadful, amorcée en 2014, qui vient assoir sa réputation de compositeur minimaliste, soucieux des mélodies et des contrepoints. Né en Pologne en 1972, Korzeniowski y apprend dès l’enfance le violoncelle et suit plus tard les cours de composition de Krzysztof Penderecki. Avant de se consacrer pleinement au cinéma et à la télévision, d’abord dans son pays puis aux Etats-Unis à partir de 2006, il fait ses premières armes en mettant en musique des courts-métrages polonais, puis trouve dans le théâtre matière à expérimenter et parfaire son art. Ce sont quelques exemples de ces œuvres pour la scène, composées entre 1996 et 2005 et enregistrées professionnellement en studio, que Caldera Records propose de faire découvrir dans ce double album.

 

Témoins d’une grande fibre créatrice et d’une volonté de renouvellement, ces scores peuvent se classer en deux catégories : l’une plutôt avant-gardiste, et l’autre plus proche des scores récents qui ont fait le succès du compositeur. Le premier disque s’amorce avec ses musiques pour I Served The King Of England (2003). Marqué par la dominance de l’accordéon et du cymbalum, ce score tantôt entrainant tantôt mélancolique témoigne des racines du compositeur, notamment la musique populaire de Dvorak et Smetana. Le second score, The Odyssey (2005), ode à l’œuvre mythique d’Homer, alterne des pistes hypnotiques, notamment The Cows Of Helios, et des morceaux plus calmes comme son Theme et The Trojans. Cette partition utilise le cymbalum, les cordes et le cornet à bouquin. Ce dernier instrument, atypique, restitue un aspect archaïque fort à propos, bien mis en valeur dans Penelope’s Theme. Le compositeur intègre également des sons pour accompagner Ulysse dans Odyssey : ceux du vent, des vagues et le chant des oiseaux.

 

Abel Korzeniowski

 

Pour ouvrir le second disque, place à l’univers décalé de Kafka (2001). Passée l’exposition du Theme pour piano, guitare, cordes et accordéon, d’abord mélancolique puis de plus en plus inquiétant, on plonge dans une musique absurde et surréaliste à laquelle se mêlent saxophones et guitare. Une réussite ! Voulu comme un écho au chœur antique du théâtre grec, le formidable score d’Antigone (1996) s’appuie sur le seul chant de voix adultes mixtes, sans autre accompagnement. Les deux premiers extraits sont assez calmes tandis que les deux derniers illustrent l’angoisse puis la mort d’Antigone. Enfin, ce double album s’achève avec le score presque baroque de The Tempest (2003) d’après Shakespeare. Œuvre la plus longue de cette sélection, elle est composée pour cordes, chœur et soprano. Des cinq compositions représentées, c’est sans doute celle qui est esthétiquement la plus proche des travaux actuels du compositeur.

 

Quand le silence revient, il y a urgence à recommencer la lecture de cet album indispensable. Au-delà du canevas varié dessiné par ces cinq partitions, ce sont les concepts de beauté, d’énergie, de liberté et de créativité qui jaillissent. La preuve qu’Abel Korzenowski n’est pas seulement un grand compositeur de musique de film, mais aussi un grand compositeur tout court. Il ne reste plus qu’à souhaiter que cet album, superbement produit, soit suivi par d’autres.

 

Abel Korzeniowski

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude