Jurassic World (Michael Giacchino)

Le petit Giacchino et la vallée des merveilles

Disques • Publié le 16/10/2015 par

Jurassic WorldJURASSIC WORLD (2015)
JURASSIC WORLD
Compositeur :
Michael Giacchino
Durée : 76:50 | 24 pistes
Éditeur : Back Lot Music

 

4 Stars

Il y a tant à dire sur Jurassic Park et si peu de lignes quand l’on souhaite se consacrer à la musique de film… Comment faire abstraction du célèbre film de 1993 réalisé par Steven Spielberg, une réussite critique, publique, technique et musicale (merci John Williams) ? Il nous faut malheureusement prendre quelques raccourcis et faire un bond de plus de vingt ans dans le futur pour nous transporter à Jurassic World, gros blockbuster du début d’été 2015 mis en scène par un inconnu, mais dont la musique est signée par quelqu’un qui l’est bien moins : Michael Giacchino. L’héritier spirituel de John Williams, et un des meilleurs jeunes compositeurs du moment qui, depuis le début des années 2000, enchante les béophiles avec son écriture thématique, que cela soit pour le jeu vidéo (Medal Of Honor), la TV (Alias, Lost), quelques-uns des meilleurs Pixar (The Incredibles, Up, Ratatouille, Inside Out) ou encore sa fructueuse collaboration avec le réalisateur J.J. Abrams (Super 8, Star Trek Into Darkness).

 

Mais Michael Giacchino n’est pas un nouveau venu dans l’univers du parc jurassique puisqu’il était à l’origine de la musique du jeu vidéo The Lost World sorti sur PlayStation, première du nom, en l’an de grâce 1997 pour accompagner le film éponyme. Il débutait mais faisait déjà montre d’un talent certain qu’il convenait de suivre de près. 2015 aura d’ailleurs été l’année Giacchino : entre le grandiose double album de Jupiter Ascending, le délicieusement rétro Tomorrowland et le dernier Pixar en date, Inside Out (une petite merveille musicale à la fois jazzy, émouvante et complètement folle), nous avons été gâtés.

 

Jurassic World

 

La musique de Jurassic World s’inscrit dans l’esprit de ce que le compositeur a livré pour Dawn Of The Planet Of The Apes : une œuvre assez viscérale par moments (l’introduction de l’album, la première partie du générique de fin) pour ne pas dire tribale, mais qui réserve aussi de jolis instants de naïveté et d’émerveillement, ce qui sied à merveille au film : plus de vingt ans après les incidents du premier film, le parc d’attraction consacré aux dinosaures a ouvert ses portes et est dorénavant accessible aux visiteurs. Difficile de ne pas ressentir une certaine nostalgie dès les premières minutes du film quand les deux plus jeunes héros approchent de l’île. Certes, les thèmes de Williams se font entendre. Mais ils sont étonnamment peu présents, tant durant le métrage que sur le disque, à peine plus d’une apparition.

 

Outre le thème de Jurassic Park (incontournable, évidemment), il est aussi possible d’entendre, au détour d’une piste, celui de The Lost World (Our Rex Is Bigger Than Yours à 1:51) ou encore celui du jeu éponyme (Raptor Your Heart Out à 1:42), ce qui, au passage, illustre parfaitement l’état d’esprit dans lequel s’inscrit ce Jurassic World : une suite-hommage honnête qui n’a absolument pas la prétention d’égaler l’inégalable. Il sera toujours possible de discuter sur les intentions mercantiles des producteurs, mais l’affrontement final digne d’un film de monstres du genre King Kong vs. Godzilla est lourd d’une symbolique qui confine à la déférence.

 

Jurassic World

 

Alors que de nombreux compositeurs auraient cédé à la facilité en réarrangeant la musique du premier film sans trop d’effforts, Giacchino opte pour une thématique nouvelle, et c’est surtout là que réside la qualité de la partition. Pour commencer, il y a le thème du parc, qui se fait entendre dès la première piste (Bury The Hatchling à 1:01) et qui prend toute son ampleur et son capital épique à 1:40 de Nine To Survival Job, sans parler de The Park Is Closed qui opère une savante transition entre le thème de Williams et celui de Giacchino (à la manière des End Credits des deux derniers Star Trek), ou encore la présentation du parc aux visiteurs dans ce qui est une des meilleures pistes de l’album : As The Jurassic World Turns. On le sait, l’écriture de Giacchino est avant tout thématique, et il va décliner ce thème en d’infinies variations disséminées dans tout l’album. Un véritable « Où est Charlie? » musical attend les plus chevronnés grâce à un motif tout à tour puissant, triste, mystérieux ou inquiétant.

 

Le second thème est quant à lui propre à la petite famille des deux jeunes héros, dont on devine que le divorce entre les parents est imminent. La notion de famille a toujours été centrale dans les précédents épisodes et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Pas franchement mémorable mais appréciable, comme le reste de l’album où l’action se taille bien évidemment la part du lion, le tout dans le style traditionnel d’un Giacchino toujours inspiré. Mention spéciale à Our Rex Is Bigger Than Yours, qui n’est pas sans rappeler la première minute du puissant Kronos Wartet de Star Trek Into Darkness, avec son rythme effréné et ses chœurs belliqueux et menaçants. Et, bien sûr, on ne tarira pas d’éloges sur la Jurassic World Suite, une pièce de douze minutes qui résume tout ce qui fait le sel de cette partition réussie rappelant, s’il en était besoin, que Michael Giacchino est la nouvelle référence de la musique de film hollywoodienne !

 

Jurassic World

Vincent Delhomme

Vincent Delhomme

Contributeur
Tout petit déjà, Vincent regardait en boucle certaines scènes de films sur VHS car il appréciait les passages musicaux qui les accompagnaient. C'est à la fin de l'année 2001, avec la sortie du premier film adapté de la saga littéraire Harry Potter, qu'il s'éprend du célèbre « Hedwig's Theme ». Quelques mois plus tard, sa mère lui offre le CD de la musique du film, qu'il écoutera un nombre incalculable de fois sur sa première chaîne hi-fi. Au fil des années, il découvre d'autres compositeurs, en ayant une préférence toute particulière pour ceux dont l'écriture est thématique. A partir des années 2010, il commence à écrire des petits articles sur la musique de film avant de rejoindre, en 2015, les rangs d’UnderScores.
Vincent Delhomme
  • The Vikings