Lesbian Vampire Killers (Debbie Wiseman)

Debbie Wiseman, chasseuse de vampires

Disques • Publié le 16/11/2012 par

Lesbian Vampire KillersLESBIAN VAMPIRE KILLERS (2009)
LESBIAN VAMPIRE KILLERS
Compositeur :
Debbie Wiseman
Durée : 54:12 | 20 pistes
Éditeur : Silva Screen

 

3.5 Stars

Étant donné la nullité affligeante du film, dont la sortie cinéma a été maintes fois repoussée puis finalement annulée, on pouvait légitimement redouter pour Lesbian Vampire Killers une bande originale synthétique et kitsch digne des pires séries Z du genre. Contre toute attente, c’est le contraire qui se produit, comme si tout le budget du long-métrage était passé dans la musique ! L’équipe du film a en effet eu la bonne idée de confier le score à Debbie Wiseman, illustre sujet de Sa Majesté très célébrée dans son pays mais hélas trop peu employée à Hollywood – ou sur des projets pas vraiment porteurs – et de ce fait mal connue dans nos contrées… En effet, Wiseman fait partie des rares compositrices ayant prouvé à plusieurs reprises qu’elles ne devaient pas rester cantonnées au domaine sentimental mais s’attaquer à leur tour à l’action, à la fantasy et à l’horreur pour livrer des partitions non moins musclées que celles de leurs homologues masculins !

 

Après les essais plus ou moins réussis pour des films de genre tels Haunted, Lighthouse (Le Phare de l’Angoisse) ou encore Flood (La Grande Inondation), et après la tornade symphonique ébouriffante mais un peu vaine d’Arsène Lupin, dans laquelle on pouvait reconnaître les talents d’orchestratrice de la dame sans pour autant pouvoir saluer un style ni des thèmes mémorables, Wiseman semble avoir enfin trouvé le ton juste avec Lesbian Vampire Killers. À la tête du Royal Philharmonic Orchestra et du splendide Crouch End Festival Chorus, elle nous livre un score gothique flamboyant plongeant d’emblée le spectateur dans un univers intemporel peuplé de créatures fantastiques. Clochettes mystérieuses, voix féminine entêtante, mélodie accrocheuse interprétée par des dizaines de violons, des cuivres triomphaux, des percussions tonnantes et surtout des chœurs grandiloquents : la musique joue à fond la carte du premier degré et donne dans l’ultra-pompier avec un enthousiasme communicatif ! L’ennui, c’est que le thème principal, surtout lorsqu’il est interprété par la soprano Hayley Westenra, ressemble à s’y méprendre à celui composé par Danny Elfman pour Sleepy Hollow, autre grande partition gothique devenue une référence du genre…

 

Outre quelques reprises du répertoire classique (La Pie Voleuse de Rossini dans I Know Something Really Wrong Is Happening Here, But Is There Any Chance We Can Just Ignore It?, Orphée aux Enfers d’Offenbach dans My Axe Girlfriend), on reconnaît en effet ici et là l’influence du temp-track, qui n’aidera pas vraiment Wiseman à se forger un style personnel. L’atmosphère malsaine entretenue par la soliste et les chœurs féminins mais aussi par les cordes et les clochettes renvoie directement au Dracula de Wojciech Kilar – sans parler de la marche de Carmilla, The Vampire Queen, emprunt pur et simple. Dans Vampires? Lesbian Vampires!, c’est Van Helsing d’Alan Silvestri qui est ouvertement pillé. Et, pour finir, bon nombre de séquences d’action ténébreuses et tourmentées confèrent à l’ensemble une tonalité très proche de celle de From Hell et The League Of Extraordinary Gentlemen (La Ligue des Gentlemen Extraordinaires), les bijoux gothiques de Trevor Jones.

 

Sortez couverts !

 

Cela dit, il serait vraiment dommage de bouder son plaisir. En effet, l’amateur de scores symphoniques luxuriants trouvera absolument tout ce qu’il lui faut dans Lesbian Vampire Killers pour se satisfaire : des pistes sombres et mystérieuses emplies de violons gémissant à n’en plus pouvoir ; des passages champêtres et chatoyants chargés de détendre l’atmosphère et d’apporter la touche d’humour nécessaire via un mélange malicieux et sautillant de pizzicati de cordes, de clarinette, de piano et de flûte ; des morceaux d’action admirablement bien troussés, parfois longs de plus de cinq minutes (voir les impressionnants The Dawn Of The Red Moon et Lesbian Vampire Killers), ouragans musicaux regorgeant de timbales et de cuivres pompeux…

 

On pourra éventuellement déplorer l’absence de véritables séquences de terreur, ce que l’on aurait aimé entendre étant donné le parti pris très sérieux de la musicienne. Mais il faut se souvenir que Lesbian Vampire Killers, à l’instar de Fearless Vampire Killers (Le Bal des Vampires) de Roman Polanski, est avant tout une vaste pantalonnade dans laquelle les vampires sont effrayants… parce qu’ils sont gays ou lesbiennes et qu’ils en veulent à la vertu des héros ! Pour illustrer ce joyeux décalage, un morceau comme You’re A Virgin? peut évidemment faire sourire car la douceur élégiaque du début, prélude à la scène d’amour, y fait place à un crescendo triomphal complètement hors de propos… L’ensemble est à l’avenant, complètement over the top et de ce fait totalement jouissif ! Sans faire date dans l’histoire de la musique de film, la partition de Debbie Wiseman pour Lesbian Vampire Killers confirme tout le bien que l’on pense de la dame et s’avère donc hautement recommandable.

 

Lesbian Vampire Killers

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak
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