King Kong Lives (John Scott)

John Scott ressuscite King Kong

Disques • Publié le 10/11/2012 par

King Kong LivesKING KONG LIVES (1986)
KING KONG 2
Compositeur :
John Scott
Durée : 47:13 | 17 pistes
Éditeur : Intrada

 

4.5 Stars

Après son premier contact avec les singes à l’occasion de Greystoke en 1984, John Scott revient au genre simiesque deux ans plus tard avec King Kong Lives, rien de moins qu’une suite du remake de 1976 altérant la fin de celui-ci, qui s’achevait sur la mort de Kong. Plongé dans le coma pour assurer sa survie, le grand singe attend une greffe d’un cœur artificiel. C’est alors que sur son île d’origine, à Bornéo, un second singe est découvert. La nécessaire transfusion sanguine qui doit sauver Kong peut enfin être envisagée. Et ce second singe s’avérant être une femelle, les réjouissances débutent !

 

À l’instar de Jerry Goldsmith, John Scott a toujours eu le don d’illustrer le scénario du film qu’il mettait en musique, bien au-delà du résultat final visible à l’écran. A revoir King Kong Lives, on se dit qu’il devrait exister un prix spécial pour récompenser le mérite du compositeur, qui livre ici une partition aussi réussie que le film est raté, surtout dès que les singes (et oui, ils sont trois) apparaissent à l’écran. Si l’on dénote bien quelques motifs, le score repose essentiellement sur deux thèmes principaux. Le premier est un très joli love theme doté d’une riche mélodie, associé à Kong et sa belle mais qui sert aussi à illustrer la romance du couple humain. Le second thème, majestueux et belliqueux, intervient chaque fois que Kong se fâche ou lorsqu’il est confronté à ses poursuivants.

 

Kong lui-même se demande s'il n'aurait pas mieux valu trépasser plutôt que de subir ce terrible nanar...

 

Fort de cette solide thématique, Scott enchaîne les tours de force orchestraux plus grands que nature. Ainsi, il ouvre Lady Kong Gets Gassed sur un thème martial cuivré qui va se développer pendant tout le morceau, porté par la rythmique sans faille du piano, avant d’insuffler des élans romantiques en citant la mélodie des deux singes pour mieux attendrir l’auditeur. L’interpolation des deux thèmes et la sensation d’inéluctabilité que procure ce morceau en font assurément un sommet de la carrière du vénérable compositeur. Plus tard, dans Kong Rescues His Lady, la partition accompagne l’évasion de Lady Kong avec son thème romantique, vite contrarié lorsque les portes se referment sur elle. Scott change alors de ton et passe en mode guerrier tandis que King Kong, arrivant soudain, retient les portes de ses mains. On retrouve cette déclinaison martiale dans le bref mais tragique Kong’s Final Battle. Scott achève son récit en revenant longuement sur sa mélodie romantique, dont l’aspect le plus luxuriant est enfin rendu à grand coup de cymbales dans Birth Of Baby Kong And Death Of Kong puis dans le final, Return To Borneo And End Credits.

 

A noter une interprétation sans faille de l’orchestre allemand Graunke Symphony, dirigé ici par le compositeur, qui parvient à tirer le meilleur de cette formation munichoise très utilisée dans les années 70 et 80. A l’image, le score de Scott est haché, souvent noyé sous un déluge d’illustrations sonores (c’est fou ce que ça peut faire comme bruit, des singes géants !). En évitant l’écueil des pistes trop courtes et en reconstituant une réelle narration, le compositeur avait préparé en 1986 un album d’une quarantaine de minutes présentant sa partition sous son plus beau jour et qui avait été ainsi éditée en LP (et, uniquement au Japon, en CD). Pour cette première édition occidentale, Intrada a remasterisé le contenu du 33 tours américain, en retirant les cris inutiles des singes qui intervenaient par deux fois sur le CD japonais. Dispensez-vous donc de revoir le film, glissez l’album dans la platine et laissez-vous conter en musique la légende du retour du Roi Kong !

 

Mais comment a-t-on pu accepter de jouer dans un nanar pareil ?

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude