The Time Traveler’s Wife (Mychael Danna)

Le voyageur imprudent

Disques • Publié le 05/04/2012 par

The Time Traveler's WifeTHE TIME TRAVELER’S WIFE (2009)
HORS DU TEMPS
Compositeur :
Mychael Danna
Durée : 55:05 | 23 pistes
Éditeur : Decca Records

 

3.5 Stars

Après James Horner pour Flight Plan, le réalisateur Robert Schwentke se tourne vers Mychael Danna pour The Time Traveler’s Wife, compositeur canadien spécialiste des films intimistes et dramatiques. Très prolifique en 2008 et en 2009, il est tout de même parvenu à garantir une qualité satisfaisante dans la plupart de ses compositions et a trouvé le moyen de se diversifier en s’essayant au thriller (Lakeview Terrace) ou même à la science-fiction (Dollhouse). Pour The Time Traveler’s Wife, c’est de nouveau à sa fibre émotionnelle et minimaliste qu’il fait appel, œuvrant une fois encore dans un registre qui le rapproche de Thomas Newman, de Carter Burwell ou bien d’Alexandre Desplat, puisque le film ne s’intéresse pas au fantastique ou à la science-fiction pour eux-mêmes mais se préoccupe plutôt de la romance entre les héros.

 

Avec un piano, des cordes, des bois, des bols tibétains, des gongs, des percussions de verre et des synthétiseurs, Danna fait des merveilles. Sa partition s’ouvre sur des sonorités sombres et menaçantes liées à la condition tragique du héros mais va rapidement s’orienter vers des harmonies plus élégiaques : après une reprise de l’air populaire allemand Es Ist Ein Ros Entsprungen, associé à la mère de Henry et réemployé dans Five Years lorsque le père enseigne le violon à sa petite-fille, le thème principal de la composition, très poignant, est introduit au milieu d’un flot de nappes synthétiques rêveuses et quasiment irréelles (ce thème reviendra ensuite dans le très émouvant Train et dans le finale). La relation amoureuse tantôt idyllique tantôt contrariée prendra alors constamment le dessus. Tout au long du score, le compositeur parviendra à restituer avec brio la sensation d’évanescence, d’apparition/disparition perpétuelle du héros via des sonorités électroniques subtiles et entêtantes renvoyant clairement à sa nature fantastique, voire extraterrestre. On pense aux musiques de Thomas Newman mais également à K-Pax d’Edward Shearmur, dont The Time Traveler’s Wife pourrait être la petite sœur. Danna va sans cesse osciller entre passages atmosphériques hypnotiques et morceaux plus purement acoustiques et mélodiques, faisant souvent appel à un violoncelle solo du meilleur effet (I Don’t Feel Alone Anymore, Do You Know When?) et ne reculant pas devant quelques moments d’humour marqués par des clochettes et des pizzicati.

 

Un second thème majeur, encore plus lyrique et surtout plus lumineux que le premier, sera associé à l’amour de Clare et Henry à partir de Meadow et repris à chaque fois que Henry rencontre sa dulcinée petite fille, adolescente puis jeune adulte (I Don’t Feel Alone Anymore, Home, See You Again). Évoquant la séduction qu’il exerce immédiatement sur la jeune femme, puis l’humour et la tendresse dont il fait preuve à son encontre, ce thème s’accompagne de sonorités champêtres et chaleureuses qui renvoient à la très belle musique de Hearts In Atlantis (Cœurs Perdus en Atlantide), autre succès du compositeur : piano délicat, flûtes chatoyantes, violons caressants, tout est réuni pour faire fondre le cœur du spectateur/auditeur sans pour autant verser dans l’excès et la lourdeur, écueils que le musicien s’est toujours ingénié à éviter. Sur un mode calme et recueilli, la composition s’achemine avec détermination vers sa conclusion douce-amère et passe par des sommets d’émotion particulièrement efficaces : les superbes I Never Had a Choice, Who Would Want That et It’s A Girl vous bouleverseront sans doute plus que vous n’oserez l’avouer ! Sobre et relativement uniforme mais jamais ennuyeuse, la musique de The Time Traveler’s Wife dévoile ses nombreux charmes au fil des écoutes et constitue finalement une belle réussite de la part d’un compositeur qui, bien que rôdé au genre du mélodrame, parvient toujours à se renouveler et à se dépasser. Ce dernier score constitue sans doute, pour ceux qui ne le connaissent pas, une excellente introduction à son univers.

  The Time Traveler's Wife

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak