Hook (John Williams)

Retour à Neverland

Disques • Publié le 02/04/2012 par

HookHOOK (1991)
HOOK OU LA REVANCHE DU CAPITAINE CROCHET
Compositeur :
John Williams
Durée : 140:35 | 37 pistes
Éditeur : La-La Land Records

 

5 Stars

Dès 1982, à la fin du tournage d’E.T., Spielberg s’ouvre à John Williams de son projet de comédie musicale adaptée du célèbre conte Peter Pan de J.M. Barrie. Il en acquiert enfin les droits en 1984. Aussitôt, Williams se met à l’ouvrage en compagnie du parolier Leslie Bricusse, fidèle collaborateur du compositeur depuis Goodbye Mr. Chips. Mais le projet n’aboutira jamais… Lorsque l’envie de s’attaquer à Peter Pan reprend Spielberg, il jette son dévolu sur le script de Hook, qui imagine ce qui s’est passé une fois que Peter a accepté de grandir… Dans la traditionnelle note de Spielberg du livret du CD original, celui-ci vante les mérites de Williams qui, en quelques semaines et alors que le montage est en évolution constante, accouche d’une partition gigantesque. Et elle l’est ! Pour Hook, Williams offre une vingtaine de thèmes et motifs, pratiquement du jamais vu pour un seul film, y compris pour un compositeur pourtant célébré pour avoir fait resurgir le leitmotiv dans la musique hollywoodienne. Ce qui frappe au-delà de cette profusion, c’est la profondeur et l’extrême mélodicité de ce matériel thématique. La raison ne tient pas dans les délais urgents évoqués par Spielberg : s’il réussit la tâche dantesque de composer plus de deux heures de musique en si peu de temps, c’est que Williams s’est passionné pour le projet au point d’y travailler régulièrement depuis 1982, peaufinant la composition d’un score qui n’a aucun support scénaristique et filmique. Ainsi, lorsque Hook se concrétise, Williams réutilise les mélodies des neuf chansons que Leslie Bricusse et lui ont préparées et il ressort également des tiroirs toutes ses préparations liées à Peter Pan. Hook bénéficie donc d’une partition que Williams a mûrie pendant dix ans.

  Bob Hoskins, Dustin Hoffman & Robin Williams

 

A la sortie du film, un album long de 73 minutes est édité par Epic Soundtrax, filiale de Sony. Lorsqu’en 2009, La-La Land Records et Sony signent un accord de partenariat pour coproduire des rééditions, Hook est l’un des premiers titres à être cités. Trois ans plus tard, le double album enfin édité par La-La Land propose 65 minutes de musique supplémentaire qui font la part belle aux pistes dédiées aux pirates et à Hook lui-même. Le thème de Rufio, court mais très intense et qui n’apparaît même pas dans le film, est enfin présenté dans Lost Boy Chase. Mais surtout, la pièce de résistance du score, The Ultimate War, est ici restaurée dans son intégralité. Pendant dix-huit minutes, Williams y croise l’ensemble des thèmes majeurs du score pour un résultat qui dépasse le simple scoring : c’est un véritable ballet que le compositeur nous offre en écho aux combats chorégraphiés du film. En bonus, deux morceaux retiennent particulièrement l’attention : Wendy Tells Peter The Truth qui, avec son chœur psalmodiant la mélodie du thème des pirates, n’est pas sans rappeler les voix lugubres de The Emperor dans Return Of The Jedi (Le Retour du Jedi), et la somptueuse reprise du thème de Peter Pan dans Exit Music, portion coupée du générique de fin superbement introduite par le violoncelle que l’on découvre ici pour la première fois.

 

La sortie de ce double album est un évènement à plus d’un titre. L’intégralité des sessions d’enregistrement avait été sécurisée numériquement il y a plusieurs années par le producteur Didier C. Deutsch qui avait exhumé et identifié toutes les bandes issues des coffres des locaux new-yorkais de Sony Music, soit dix heures de musique. Saluons d’ailleurs au passage l’excellence de la restauration sonore effectuée par le producteur et son ingénieur Mark Wilder. Cette réédition est à mettre au crédit de La-La Land dont les producteurs ont sué sang et eau pour aboutir à ce résultat, fruit d’intenses négociations entre les représentants des différentes parties. Pas sûr que Hook ressemblerait à ce qui nous est offert aujourd’hui sans les relances incessantes de Michael V. Gerhard et Matt Verboys, qui ont défendu bec et ongles leur vision du projet. Officiellement approuvée par Williams et Spielberg, cette réédition très attendue vient à point nommé pour célébrer comme il se doit les 80 ans de John Williams. Assurément Indispensable !

 

Hook

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude