Forever Young (Jerry Goldsmith)

Youth Without Youth

Disques • Publié le 16/12/2011 par

Forever YoungFOREVER YOUNG (1992)
FOREVER YOUNG
Compositeur :
Jerry Goldsmith
Durée : 74:24 | 32 pistes
Éditeur : La-La Land Records

 

3.5 Stars

En 1992, Daniel McCormick (Mel Gibson), volontaire en 1939 pour une expérience de cryogénie qui doit durer un an, est réveillé accidentellement par deux enfants, Félix et Nat. Ils vont l’aider à comprendre ce qui s’est passé et à retrouver Helen, sa fiancée. Pour tourner le scénario de Forever Young signé et produit par J.J. Abrams, c’est le réalisateur Steve Miner qui est retenu et collabore ainsi à nouveau avec Jerry Goldsmith trois ans après Warlock, sympathique série B fantastico-horrifique. Le réalisateur bénéficie aussi d’un désir nouveau chez le compositeur : pendant la première partie des années 90, lassé d’écrire des scores d’action, Goldsmith cherchait à composer des partitions plus chaleureuses et romantiques comme en témoignent celles de The Russia House (La Maison Russie), Not Without My Daughter (Jamais sans ma Fille) et Medicine Man.

 

Et pourtant, Goldsmith n’a pas toujours fait preuve d’une fibre lyrique fédératrice, forçant parfois trop lourdement sur les cordes sirupeuses ou ruinant ses mélodies par des orchestrations atypiques (on se souvient des synthés et du saxo de Rent-A-Cop). Forever Young présente à l’inverse l’un de ses thèmes romantiques les plus mémorables, à la fois doux et plein de tendresse, souvent interprété par le piano, les cuivres et les bois. A son écoute, l’auditeur ressent à la fois la sincérité du sentiment amoureux et l’intemporalité de la relation entre Helen et Daniel : le compositeur fut très touché par le scénario, lui qui avait dix ans en 1939, et la force de son love theme est renforcée par un exact dosage de nostalgie qu’il avait pour cette époque. L’arrangement pour le concert de cette pièce repose sur les envolées d’un saxophone soprano desservant quelque peu ce thème qui n’avait pas besoin de ce cliché, mais c’était là le prix à payer pour le formater pour des passages radio, comme nous l’expliquent les notes du livret riches de témoignages.

 

Mel Gibson et Elijah Wood

 

Forever Young possède un second aspect qui ne pourra qu’enthousiasmer tant il est réussi : les séquences aériennes, pour lesquelles la musique évoque à la fois la majesté du vol et le suspens généré par le pilotage audacieux de Gibson. Test Flight, qui ouvre le film, relève du tour-de-force. Héroïque et aventureux, ce morceau est parfaitement charpenté grâce à la maîtrise typique des tempi dont le maître californien avait le secret. Les cors y sont mis en avant, soutenus par les cordes jouant une mélodie romantique pour un résultat de toute beauté. Un peu plus tard dans le film, The Air Show reprend cette thématique. Par ailleurs, Goldsmith réutilise très intelligemment sa composition de Test Flight dans The Tree House, dans une version plus légère, lorsque Daniel et Nat simulent dans la cabane perchée dans un arbre une situation de pilotage périlleuse. La musique de Goldsmith porte littéralement la scène, faisant ressentir aux spectateurs toute la joie et l’excitation du jeu. Pour le final du film, She’s Alive et Reunited, Goldsmith synthétise les deux thèmes principaux dans une combinaison de premier ordre, offrant un souffle approprié à la conclusion de son score. Bien que l’action fasse ici son grand retour, ce sont bien les bons sentiments qui sont mis en avant par Goldsmith, qui préfère briser son matériel d’action pour laisser place à son thème romantique dans une envolée finale spectaculaire.

 

La production de l’album s’avère idéale grâce au travail de restauration sonore de James Nelson et à la présentation exhaustive du score tel qu’entendu dans le film. On y trouve également tous les morceaux alternatifs de la version album auxquels Goldsmith avait ajouté une dimension électronique bien plus importante. Celle-ci ajoute une dose de fantastique qui renforce l’intensité de l’action, notamment pour Test Flight. Notons l’enchaînement remarquable entre les deux parties de l’album, séparées par la présentation concertante du Love Theme : le résultat créé un plaisir d’écoute assez rare lorsque les bonus s’enchaînent ainsi dans ce genre d’intégrale. Enfin, même la chanson de Billie Holiday, The Very Thought Of You, associée au personnage d’Helen et que l’on entend à quatre reprises dans le film, figure en dernière piste (la chanson couvre entièrement le générique de fin). Forever Young, partition issue d’une période du compositeur souvent méconnue ou négligée, profite aujourd’hui d’une nouvelle opportunité d’être (re)découverte.

 

Mel Gibson

Olivier Soude

Olivier Soude

Contributeur (2008-2018)
Jamais la conscience du rôle de la musique pour l’écran n’aurait jailli si tôt sans les repiquages (avec les bruits ambiants de la pièce !) de génériques de dessins animés et de génériques de fin de (télé)films dès le début des années 80. A force d’écouter en boucle, forcément, l’intérêt grandit. En 1984, quand sort Indiana Jones And The Temple Of Doom, c’est le choc musical! La K7 de la bande originale du film constitue la toute première pièce de sa collection. Ceci explique sans doute pourquoi pour lui, aujourd’hui encore, l’œuvre de John Williams reste inégalée. Au début des années 90, à la faculté d’Amiens, sa rencontre avec d’autres mordus de béos enracine définitivement sa passion et sa curiosité pour cet art particulier. En 1996, au Barbican Center de Londres, après un concert, il échange quelques mots avec John Williams. Peu de temps avant de débuter la carrière d’enseignant à laquelle il se destine, en 1998, il commence à participer au fanzine Dreams To Dreams. Il s’entretient alors avec certains des compositeurs anglo-saxons qui le fascinent. Sa rencontre à Lunéville en 1999 avec Michael Kamen restera le point culminant des années passées en tant que rédacteur de Dreams Magazine.
Olivier Soude