Finding Nemo (Thomas Newman)

Comme un poisson dans l'eau...

Disques • Publié le 20/09/2011 par

Finding NemoFINDING NEMO (2003)
LE MONDE DE NEMO
Compositeur :
Thomas Newman
Durée : 60:01 | 40 pistes
Éditeur : Walt Disney Records

 

4.5 Stars

Qui eût cru qu’un jour Thomas Newman, compositeur hollywoodien ayant une nette préférence pour les films intimistes et introspectifs, éloigné de tous les genres trop codifiés et peu intéressé par les films d’action, s’attaquerait au cinéma d’animation ? C’est pourtant ce qui s’est passé quand le compositeur a rejoint son cousin Randy aux studios Pixar pour composer la musique de Finding Nemo (Le Monde de Nemo), le succès phénoménal remporté par le film confirmant que le choix de l’originalité et de la sophistication peut trouver un public. Car la musique, tout comme le film, est une perle d’humour et de tendresse, un divertissement de haute volée.

 

Tout en conservant son style, sa prédilection pour les instruments insolites et les originalités rythmiques, l’auteur de Angels In America s’adapte aux exigences du genre, faisant appel tantôt à l’orchestre traditionnel pour illustrer les passages d’émotion et d’émerveillement, tantôt à des percussions métalliques, du piano préparé, des bouteilles frappées, des xylophones, des guitares, des banjos, bref, tout un bestiaire instrumental hallucinant, aussi riche et varié que le sont la faune et la flore des fosses marines. L’instrumentation est non seulement le reflet du monde très coloré dans lequel évoluent les personnages, mais elle se fera également l’expression à la fois inventive et spontanée de leurs émotions. Dès les premières notes de Wow, les parents de Nemo sont présentés dans toute leur richesse : la flûte souligne la grâce de leurs déplacements, de délicates touches de piano évoquent un foyer paisible et un thème aux cordes très tendre s’inspire du bonheur parental.

 

A l’évidence, le compositeur se place véritablement au niveau des poissons, y compris lors de quelques scènes plus inquiétantes ou mouvementées. Ainsi, il accentue fortement la dramatisation en s’appuyant sur des orchestrations dissonantes, notamment pendant l’attaque de Barracuda où les synthétiseurs imitent des cuivres menaçants tout en gardant leur son artificiel caractéristique : le but n’est pas de remplacer simplement les instruments acoustiques mais d’en restituer une version déformée, un son qui ne cherche pas à effrayer l’auditeur mais serait plutôt l’écho d’une peur instinctive face aux prédateurs. Spécialiste des atmosphères denses et cérébrales, mais aussi doué d’un sens inné de la fantaisie, Newman a également adopté un ton léger et sautillant ainsi qu’un mickey mousing de bon aloi, notamment dans First Day pour décrire une ambiance récréative ou dans Field Trip pour évoquer l’immensité et la beauté du terrain de jeu qui s’offre à Nemo.

 

Pendant presque une heure, les multiples morceaux, très courts comme souvent chez Newman, s’enchaînent avec pertinence et vivacité comme autant de petits tableaux tous riches de nouvelles trouvailles, excluant tout ennui. Cet album, qui s’achève en douceur par la reprise de Beyond The Sea par Robbie Williams, est hautement recommandé à tous ceux qui voudraient s’initier à l’œuvre du compositeur, qui signe ici l’une de ses partitions les plus riantes, à la fois recherchée et accessible.

 

Finding Nemo

Gregory Bouak

Gregory Bouak

Contributeur (2010-2012)
Toujours un peu décalé, Grégory écoute de la musique classique à l’âge où les autres écoutent du rock, de la variété, ou rien, ce qui fait qu’à quinze ans, il pense avoir fait le tour de la question et se retrouve tout démuni. Il aime aussi depuis longtemps le cinéma et surtout les Star Wars, les Batman, les James Bond, dont il goûte les musiques avant tout parce qu’elles lui rappellent les films. Un jour, en voyant Stargate, il découvre que les musiques de films peuvent être d’une grande richesse et s’apprécier pour elles-mêmes en écoute isolée, se présentant comme les dignes héritières de son genre de prédilection, la grande musique symphonique telle qu’elle a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle. C’est le début d’une longue et belle amitié qui n’a jamais connu de rupture. A partir de 2000, il se met à écrire des articles et des critiques de musique de film pour le site internet TraxZone, puis pour LeFantastique.net et Khimaira Magazine, tous deux spécialisés dans le fantastique, la fantasy et la science-fiction. En parallèle, il publie des articles dans la version papier de Khimaira. En 2006, il crée Horreurs et Merveilles, un blog puis un site consacré aux musiques des films de l’imaginaire. En 2010, suite à un bug irrémédiable d’Horreurs et Merveilles, dont il soupçonne secrètement les membres d’UnderScores d’être les instigateurs afin de l’inciter à rejoindre leur équipe, il accepte avec joie de contribuer au nouveau magazine de référence de la musique de film en langue française, afin de continuer à promouvoir sa passion.
Gregory Bouak