Balada Triste de Trompeta (Roque Baños)

Passions destructrices

Disques • Publié le 29/06/2011 par

Balada Triste de TrompetaBALADA TRISTE DE TROMPETA (2010)
BALADA TRISTE
Compositeur :
Roque Baños
Durée : 61:57 | 18 pistes
Éditeur : Milan Music

 

4.5 Stars

Depuis 1999, Alex de la Iglesia et Roque Baños forment l’un des duos les plus pertinents du cinéma mondial et un des plus mythiques du cinéma ibérique. Avec Balada Triste de Trompeta, Baños nous livre une œuvre impressionnante qui restera longtemps dans les mémoires. L’un des talents du compositeur, et pas des moindres, est sa capacité à exprimer très précisément le propos du support filmique, et c’est cette propension à sublimer ce dernier par la musique qui éclate dans cette balade tragique.

 

Comme le suggère la musique du générique, c’est la souffrance causée par la guerre civile puis la dictature franquiste qui guidera les actes des personnages : les percussions acoustiques accablantes et la voix douloureuse de Manuel Tallafé installent d’abord un climat de défiance, propice à des ressentiments qui éclatent ensuite au grand jour sous la forme d’une furieuse chorégraphie. La valse mortelle aux cordes acérées et ultra rapides s’impose comme la bande originale d’un affrontement entre les frères ennemis. Alors que les percussions y insufflent leur brutalité, le détournement de la danse romantique par excellence se fait l’écho du dépit amoureux exacerbé en haine mutuelle. D’ailleurs, l’ambiance de cirque évoquant les clowns à la manière de Nino Rota laisse rapidement sa place à un thème romantique torturé à la Bernard Herrmann dont les cordes fébriles plient devant la persécution. On garde finalement du love theme de la partition le souvenir d’une musique suave et douloureuse qui suffoque dans une atmosphère tenace de paranoïa. Cette tension aboutit finalement à une poursuite implacable dont l’issue ne fait aucun doute : alors que l’orchestre se déchaîne et que le rythme oppressant s’accélère, le love theme finit par être contaminé par les saccades de la valse. Et une fois que les rancœurs mènent irrémédiablement aux actes, les protagonistes vivent leur destin jusqu’au bout : les cordes concluent la tragédie dans un déchirement bouleversant, avant que le piano ne reprenne le thème du cirque avec le sentiment d’un gros gâchis.

 

C’est à bout de souffle et complètement retourné que l’on arrive à la fin de cette partition admirable, tant du point de vue de la narration que du traitement résolument dramatique de l’histoire. Le sourire aura été fugace sur le visage des clowns mais la colère et le désespoir auront brillé dans leur yeux jusqu’à la mort…

 

Balada Triste de Trompeta

Sebastien Faelens

Sebastien Faelens

Rédacteur
Cinéphile depuis sa plus tendre enfance, ce n’est qu’à ses dix-huit ans que Sébastien commence réellement à écouter la musique de film en dehors de son support. Effectivement, il s'écoulera de nombreuses années d’errements dans les vidéo-clubs de Beauvais à la recherche de films bien trop violents pour son âge, avant sa rencontre pendant ses études avec Vivien Lejeune, qui deviendra rapidement un ami et un premier guide passionné dans l’univers de la B.O. Puis c’est l’escalade : la rencontre avec Olivier Soudé, puis la participation aux magazines Dreams to Dreams et Cinéfonia finiront de rendre le jeune métalleux complètement accroc aux trames sonores, ce qui a longtemps conforté ses parents dans l’idée qu’il avait probablement des fréquentations peu recommandables malgré son apparente tranquillité. Mais le célèbre magazine périclite en 2006 et c’est après trois ans d’une retraite bien méritée qu’il reprend du service comme rédacteur puis secrétaire de rédaction d’UnderScores : les années ont passé mais la passion est restée intacte !
Sebastien Faelens