Le Mariage Collectif (Jean-Pierre Mirouze)

L'amour c'est mieux à plusieurs

La décade prodigieuse • Publié le 07/03/2019 par

Le Mariage CollectifLE MARIAGE COLLECTIF (1971)
Compositeur : Jean-Pierre Mirouze
Durée : 29:15 | 9 pistes
Éditeur : Born Bad Records (2012)

 

 

4 Stars

 

Aurait-elle ressuscité dans le giron d’Universal Music, l’œuvre miraculée de Jean-Pierre Mirouze eût sans doute poussé Stéphane Lerouge, éternel cicérone des âges enfuis de la musique de film, à traduire sa stupeur par le biais d’épithètes inédites. Quarante ans après avoir disparu des écrans radars, cette partition oubliée même de son géniteur réapparaissait devant les portes grises d’une décharge, enfouie dans un carton que seul un chineur providentiel sauva de la destruction totale. Prétendre d’une telle perte qu’elle eût été effroyable serait taquiner l’escobarderie. Ce n’est en rien une raison pour bouder les charmes opiacés d’une partition aussi peu orthodoxe que ne le fut l’itinéraire de Mirouze, baroudeur de l’Afrique profonde et, chuchote-t-on, musicien pour un film bidon censé dissiper tous les mystères de la mort de Kennedy. Un franc-tireur dans l’âme, capable de mettre devant derrière un nudie hippie comme il en existe mille pour en faire un vrai exercice de style, à peu près impossible à labelliser. Le tube tardif Sexopolis, tombé de nulle part sur les tables de mixage des disc-jokeys au début des années 2000, n’était que la remuante antichambre d’un trip envapé qui brasse de lourdes volutes psychédéliques, pousse un féroce free jazz dans ses plus tumultueux retranchements et, avec une grâce infinie, s’adonne même à de lancinants élans du cœur. Et la tendresse ? Bordel !

  Le Mariage Collectif

Benjamin Josse

Benjamin Josse

Rédacteur
Les temps changent. A l'heure de la communication instantanée et du joug de la téléphonie mobile, on ne trouvera plus grand-monde pour s'étonner d'entendre quelque quidam dégingandé soliloquer à haute voix. Aussi incroyable que cela paraisse, il fut une époque où ces effusions publiques aimantaient moult moues désapprobatrices et sourcils orageusement froncés, à plus forte raison quand l'objet de tous ces regards courroucés fredonnait (mal) le thème de The 7th Voyage Of Sinbad et s'essayait (pour un déplorable résultat) à imiter les glouglous burlesques de La Soupe aux Choux. C'est ainsi que de fil cassé en aiguille tordue, le mal-aimé Benjamin trouva refuge dans le giron d'UnderScores, merveilleuse terre d'asile où, depuis lors, il se consacre à l'égoïste satisfaction des vices précités, et d'autres plus condamnables encore. Le moindre, assurément, n'étant pas de larder d'aiguilles trempées dans du curare une poupée grossièrement faite à l'effigie de Hans Zimmer, sa Némésis de toujours (« Si j'arrivais seulement à lui flanquer des cors aux pieds, je serais le plus heureux des hommes », confesse-t-il, l'oeil torve). Parce qu'il lui faut bien gagner sa croûte, ou plus exactement les quignons de pain moisis que le maître des lieux condescend à lui jeter pour tout salaire, il rédige de loin en loin d'étranges amphigouris dédiés à des scores d'exotique provenance. Ses collègues sont incrédules et les lecteurs baillent d'ennui, mais aux dernières nouvelles, il n'a pas l'intention de fermer boutique...
Benjamin Josse
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